‹ Petit romanceroChapitre 31 sur 55 · ROMANCE DE DON BELTRAN · texte numérisé non relu

ROMANCE DE DON BELTRAN

[Primavera y Flor de romancet^ t. II, p. 3i8.)

ANS les champs d'Alventosa on a tué don Beltran ; on ne s'est aperçu qu'il manquait qu'au moment de passer les ports (2). Sept fois on tire au sort à qui se rendra à sa recherche, sept fois le sort désigne le bon vieillard son père. Trois fois ce fut par malice, quatre fois par méchanceté. Il tourne bride et part pour le chercher, de nuit par les chemins, de jour par les halliers. A travers le carnage va le vieillard, à travers le carnage en avant. Il a les bras fatigués de retourner les morts. Il ne trouve pas ce qu'il cherche ni même aucune trace, il voit tous les Français, il ne voit pas don Beltran. Il s'en atlait maudissant le vin, il s'en allait maudissant le pain, celui que mangent les Mores et non celui de la chrétienté. Il s'en allait maudissant l'arbre qui

(i) C'est encore nn épisode de la bataille de Roncevaux. Notre ancien poème pafle de trois Beltran. L'un fi^re dans Girard de Vienne^ Vautre était neveu de Guillaume d'Orange, . le troistème fils de Naime. Aucun ne figure à Roncevaux. Le Beltran inventé par les poôtes espagnols parait dans plusieurs romances, notamment dans le romance de d'Irlos, dont il était l'oncle. (V. Milâ, Poesia heroico popular^ p. 352.) Ce romance existe en portugais. Bellermann, PortugieUsche Volkslieder p. 56. Braga, Romance irq.ger al ^ p. 89.

(2) Puertos, gorges de montagne ; le mot port a conservé son acception espagnole dans Saint-Jean Pied de Port,

naît seul dans un champ, parce que tous les oiseaux du ciel vont s'y poser et ne le laissent jouir ni d'une branche ni d'une feuille. Il allait maudissant le chevalier qui chevauche sans page ; si sa lance tombe, il n'a personne pour la lui ramasser ; si son éperon se détache, personne pour le lui chausser. Il s'en allait maudissant la femme qui enfante seulement un fils ; si des ennemis le tuent, il n'a personne pour le venger ; à l'entrée d'un défilé, sortant d'un terrain sablonneux, il aperçut un More qui veillait derrière des créneaux ; il lui parla en algarabia, comme quelqu'un qui savait cette langue. — Pour Dieu, je te prie, More, de me dire la vérité. Dis-moi si tu as vu passer par ici un chevalier à l'armure blanche ; si tu le tiens prisonnier, on te le payera s^u. poids de l'or, et s'il est mort, donne-le-moi, pour que je l'enterre, car un corps sans âme ne vaut pas ua denier. — Ce chevalier, ami, donne son signalement. — Ses armes sont blanches, son cheval est alezan. Sur sa joue droite il a une cicatrice que, lorsqu'il était petit enfant, lui fit un épervier. — Ce chevalier, ami, est là mort dans ce pré, ses jambes sont dans l'eau et son corps sur le sable. 11 a sept coups de lance de Tépaule au talon; autant en a son cheval du poitrail à la sangle. N'accuse pas son cheval, il ne le mérite pas; sept fois il le tira de la mêlée sans blessure et sans mal, et autant de fois le chevalier l'y ramena dans le désir de combattre.

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