‹ Petit romanceroChapitre 33 sur 55 · ROMANCE DE LA REINE HÉLÈNE · texte numérisé non relu

ROMANCE DE LA REINE HÉLÈNE

{Primaveray Flor de romances, t. 11, p. 3.)

REINE Hélène, reine Hélène, que Dieu garde ton état ! Si tu as quelque chose à ordonner, tu me vois ici prêt à obéir.

— Soyez le bien venu, Paris, Paris l'énamouré. Paris, quel chemin prenez- vous ? où vous rendez-vous .? — Je vais sur la mer. Madame, je suis un terrible corsaire. Je conduis un vaisseau très-riche, chargé d'or et d'argent. Je m'en vais le présenter au bon roi castillan. — La reine lui répondit et de cette sorte lui parla : — Un

(i) On ne retrouve rien de Ylliade ni de VEnêide dans ce romance, où les Grecs et les Troyens sont si complètement déguisés en; hommes du moyen âge. Ce manque du costume de l'antiquité dans les œuvres du moyen âge, il ne faut pas trop le déplorer ; souvent en peignant les anciens comme leurs contemporains; tes poètes de cette époque ont donné à leurs livres plus de vie que s'ils eussent essayé de décrire des mœurs étrangè/es et mal connue».

vaisseau pareil, il est raison que je le voie. — Parés répliqua très-courtois et poli : — Le navire et moi, Madame, nous sommes à vos ordes. — Cela me fait grand plaisir^ Paris; comme vous êtes bien élevé! — Venez le voir, Madame, vous verrez comme il est chargé. — Cela me plaît, dit la reine, et j'accepte votre^oflfre (i).

Avec trois cents de ses dames, à la mer elle esc arrivée. Paris tint la porte ouverte jusqu'à ce qu'elles fussent entrées. Quand tous furent dedans, écoutez bien ce qu'il ordonna : — Levez les ancres, déployez les voiles. — Et il a emmené la reine. C'étaitun lundi, chevaliers, un lundi jour de malheur, quand entra dans la salle le roi Ménélas, s'arrachant la barbe, soupirant fortement, les yeux changés en fontaine et parlant ainsi de sa bouche : — Reine Hélène, reine Hélène, il vous a emmenée loin de moi, le traître Paris, le seigneur des Troyens, avec ses paroles fausses il vous a méchamment trompée I

Comme bien le consolait, don Agamemnon son frère : — Ne pleurez pas, vous le roi, ne poussez pas de tels gémissements, car pleurer et sangloter est bon pour des femmes. A un roi tel que vous, il convient d'avoir Tépée à la main. Je vous aiderai, seigneur, avec trente mille hommes de cheval, je serai leur capitaine et je les commanderai. Je m'en irai frappant et tuant; la ville qui se rendra, je la ferai démolir; celle que je prendrai par les

(i) Très-Dombreases sont les héroïnes de la poésie populaire qui se laissent aller par curiosité à monter sur un vaisseau et qu'un hardi aventurier Anmène. J'en rappellerai des«xemples à propos d'uD chant catalan, le Marinier,

armes, je la sèmerai de sel. Je tuerai les femmes et les enfants qu'elles portent, et de cette façon nous irons jusqu'à Troye. — C'est là un bon conseil, mon frère, et je veux le suivre.

Déjà le bon roi sort pour parcourir la ville; avec des trompettes et des clairons on commence à publier qu'à celui qui voudra gagner solde on la paiera volontiers. 11 vint tant de monde que c'était à effrayer. On arme des vaisseaux et des galères et l'on commence à s'embarquer. Agamemnon conduisait l'armée, tous suivaient ses ordres. Par les terres où ils passent, ils font beaucoup de mal. Marchant nuit et jour, ils arrivent devant Troye. Les Troyens qui le savent ordonnent de fermer les portes. Agamemnon qui voit cela commence à camper, il place ses gens dans l'ordre où ils doivent être. Les Troyens étaient nombreux ; ils mettent leur ville en état. Le matin on commence à escalader, on gravit le premier mur et l'on serait entré dans la cité si don Hector ne se fût trouvé là. Avec lui étaient Troïlus et le courageux Picar. Paris encourage ses gens, qui déjà s" effrayaient ; les cris étaient si grands qu'ils allaient jusqu'au ciel. On tua tant de Grecs qu'on n'aurait pu les compter. Ils vinrent par un autre côté qui n'était pas bien gardé. Ils sont entrés dans Troye et se mettent à piller. Ils prennent le roi et la reine et le courageux Picar ; ils tuent Troïlus et Hector sansaucune pitié et conduisent en captivité le grand duc de Troye. Ils reprennent la reine Hélène et la mettent en liberté. Tous lui baisent la main, comme à leur reine légitime. Ils traitent Paris avec beaucoup de rigueur.

Les trois Pâques qu'il y a dans Tan, ils les prennent pour le justicier. Ils lui arrachent les deux yeux, les yeux de sa face ; ils lui coupent le pied de rétrier et la main du faucon, ils font attacher à ses pieds trente quintaux et le mettent dans l'eau jusqu'à ce qu'il perde pied (i).

(i) Ce passage rappelle on endroit du romance de Guarinos. Autrefois on donnait le nom de pâques à toutes les fêtes solennelles. On en a déjà va un exemple dans le romance de Gua rinos.

CHEVALERESQUES DÉTACHÉS. lîS

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