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LE COMTE SOL

{Primavera y Flor de romances^ t. II, p. 48.)

N publia de grandes guerres entre l'Espagne et le Portugal. Qui ne veut pas s'enrôler est menacé de perdre la vie.

On a nommé le comte Sol comme capitaine généra). 11 alla prendre congé du roi et prendre congé de sa femme. La comtesse, qui était toute jeune, se mit à pleurer : — Dis-moi, comte, combien d'années penses-tu rester là- bas?

— Si je ne reviens pas dans dix ans, comtesse, vous pourrez vous remarier. — Six ans se passent, puis huit, puis dix et plus encore, et le comte ne revenait pas et ne donnait pas de ses nouvelles. Sa femme étant seule, son père alla la trouver :

— Qu'as-tu, fille chérie, que tu ne cesses de pleurer? — Père de mon âme, je vous prie, au nom de la sainte Trinité, de me permettre d'aller à la recherche du comte. — Vous avez ma permission, ma fille, faites à votre volonté. — La comtesse partit le jour suivant et se mit à rechercher

(i) On rencontre une situation semblable dans les chants populaires de divers pays : Chants populaires du Pays messin^ p. 33, Revue littéraire de Franche-Comté^ novembre i863, P» 32, Jahrbuch 1861 ; Gerinaldo; Can\oni popolari del Piemonte, fasc. VI, p. 186, C hants populaires des provinces de l'Ouest, t. 1, p. 293, Cantt Monferrini, n» 42, Portugiesische Volkslieder, p. 140, Cantos populares de Archipelago Açofiano, rom. i3 et 14.

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le comte en Italie et en France, par terre et par mer. Elle était désespérée et songeait à revenir, quand un jour elle vit un grand troupeau de vaches dans un bois de pins. — Berger, berger, je te prie, au nom de la sainte Trinité, de ne pas mentir et de me dire la vérité. A qui sont les vaches qui sont dans ce bois ? — Au comte Sol, madame, qui commande en ce lieu. — Elt à qui sont ces blés qui sont prêts à être coupés? — Madame, au même comte, puisqu*il les a semés. — Et à qui sont ces brebis qui donnent à teter à leurs agneaux ? — Madame, au comte Sol, puisqu'il les a fait élever. — A qui, dis-moi, tous ces jardins et ce palais superbe? A qui, à qui ces chevaux que l'on entend hennir? — Au comte Sol, qui s'en sert pour aller à la chasse. — Et quelle est cette dame qu'un homme embrasse? — C'est la fiancée que le comte va épouser (i). — Berger, berger, par la sainte solitude, prends mon habit de soie et revêts-moi de ta casaque; puisque j'ai trouvé ce que je cherchais, je ne veux pas l'abandonner. Prendsmoi par la main, conduis- moi à sa porte, je veux lui demander l'aumône au nom de Dieu. — Dès que la comtesse fut sur le seuil du palais, elle demanda que par charité on lui fît l'aumône, et son bonheur fut plus grand qu'elle ne pouvait l'espérer, car le comte vint lui-même lui porter l'aumône qu'elle sollicitait. — D'où êtes-vous, pèlerine? — Je suis d'Espagne. —Pourquoi êtes-vous venue

(i) Toutes ces questions rappellent un peu un passage de notre conte du Chat botté.

CHEVALERESQUES DÉTACHÉS. l3l

ici ? — Je suis venue chercher mon mari, meurtrissant mes pieds, courant des dangefS sur mer, et quand je Tai trouvé, seigneur, j'ai su qu'il allait se marier, qu'il oubliait sa femme, sa femme qui fut fidèle, sa femme qui pour le chercher a risqué son corps et son âme. — Pèlerine, taisez- vous, ne dites pas de telles choses, vous êtes le diable sans doute qui venez me tenter. — Je ne suis pas le diable, bon comte, et ne veux pas vous irriter ; je suis votre vraie femme, et suis venue pour votis chercher. — Quand le comte entendit cela, il fit sur-le-champ harnacher un cheval avec de petites sonnettes d'argent sur le poitrail, avec des étriers et des éperons de même métal ; il s'élança dessus d'un bond et prit avec lui sa femme, qui, de joie et de contentement, ne cessait de pleurer. Il va courant sans s'arrêter jusqu'au château dont il est le seigneur naturel. La fiancée est restée toute seule sans se marier. Qui veut s'habiller avec les vêtements d'autrui reste souvent tout nu (i).

{I) Que quien de \o ajeno viste Desnudo suele quedar.

Cette moralité rappelle la manière dont Dante finit sa fable de la Corneille :

SimUmente addivien tutto giorno

D'oomo che si fa adorno

Di fama di yirtù ch'altrui dischiude,

Che spesse volte suda

DeU'altrui caldo talchè poi a^ghiacia.

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