DON MANUEL DE LÉON
[Primavera y Flor de romances^ t. II, p. ^5],
E comte don Manuel que Ton appelle de Léon fit à la cour un trait qui ne sera ja^ mais oublié, avec dona Ana de Mendoça. Allant après le dîner se promener dans le palais du roi, ayant lui d'autres dames à ses côtés et elle des chevaliers qui lui faisaient k cour, ils s'arrêtèrent pour se reposer dans une haute galerie. Dona Ana montée, comme presque toutes les autres, au-dessus de l'endroit où l'on
fi) Dans le discours X des Darnes^ Brantôme a raconté une anecdote semblable, mais il attribue le rôle de don Manuel à M. de Lorge, Vun des vaillants et renommés capitaines des gens de pied de son temps. Schiller a écrit une ballade sur U même donnée, der Handschuh^ dont on retrouve quelque chose dans une tradition de la Bohême recueillie par M. Marmier, l'Héritière du château de Kynast. En Espagne les princes et les grands se plaisaient à entretenir dans leur demeure des espèces de ménagerie. On voit dans le poème du Cid et dans un romance donné dans ce recueil, la terreur qu'un lion qui s'était lâché, causa aux infants de Carrion. Dans les Siete partidas, loi XXIII, titre XV, des recommandations sont adressées aux personnes qui gardent chez elles des lions, des ours, des léopards et autres bêtes féroces. Dans la Cronica de don Juan Ily p. 345, un lion figure dans la réception que le roi fait aux ambassadeurs de France. — L'anecdote du gant n'est pas sans quelque ressemblance avec un autre épisode que j'ai rapporté dans la Cour littéraire de don Juan 11^ 1. 1, p. 5o.
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gardait des lions, dont les têtes et les gueules rusaient la terreur, pour éprouver quel était le >lus brave chevalier, jeta, comme par mégarde, on gant parmi les lions et dit qu'elle l'avait laisré choir contre son gré. Avec une voix flatteuse, le cette sorte elle parla : — Quel est le chevalier |ui aura assez de courage pour retirer d'entre les ions un gant aussi précieux? Je lui donne ma paoie que je le distinguerai entre tous, qu'entre pus il sera aimé. — Don Manuel, chevalier trèslonoré, Ta entendu et a pris sa part de Tafifront (ui est fait à tous. Il tire son épée de sa ceindre, s'entoure le bras de son manteau et, le vi- ^ge tfj^éré, entre au milieu des lions. Ils le regardent, aucuovne bouge. Il sortit sain et sauf par la porte par laquelle il était entré. Il monta l'escalier, tenant le gant de la main gauche, et, avant de le rendre à la dame, il donna à celle-ci un soufdet et luidit^ en montrant la preuve de sa valeur : — Prenez, prenez, et une autre fois pour un mauvais gant, n'aventurez pas l'honneur d'un bon gentilhooune. S'il est quelqu'un qui n'approuve pas ce que je viens de faire, que, suivant la loi d'un bon chevalier, il s'avance et demande le champ clos. — La dame lui répondit sans montrer un visage irrité : — Je ne veux pas que nul le fasse; il me suffit d'avoir éprouvé que vous êtes, don Manuel, le plus brave de tous, et si vous y consentez, je vous prends pour mari. Je veux un mari vaillant qui ose châtier le mal. Faites voir que vous avez pratiqué à mon égard le proverbe qui dit : qui aime bien, châtie bien. — En voyant que le soufflet a servi a montré tant de vertu et d'honnenr, en en-
tendant avec quelle douceur et de quelle manière ingénieuse on lui a répondu, satisfait et heureux, don Manuel a consenti, et là, en présence de tous, tous deux se sont donné la main.
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