DON GARCIA
{Primaveray Flor de romances^ 1. 11, p. 43.)
DON Garcia s avance dans une salle. Dans une main il tient des flèches d'or, dans l'autre uû arc ; maudissant la fortune, il pousse de grandes plaintes. — Dieu m'a fait robuste, le roi m'a élevé depuis mon enfance ; il m'a donné des armes, un cheval; ce qui donne plus de prix à un homme, il m'a donné dona Maria pour femme et pour compagne, il m'a donné cent damoiselles pour la servir, il m'a donné le château d'Umena pour que je l'habite avec elle; il m'a donné cent chevaliers pour garder le château ; il m'a fourni de vin, il m'a fourni de pain, il m'a fourni d'eau douce, parce qu^il n'y en a pas dans la forteresse. Les Mores m'ont assiégé le matin de la Saint- Jean. Sept ans se sont passés, ils ne renoncent pas au siège. Je vois mourir les miens, n'ayant plus rien à leur donner; je place leurs corps aui
(i) Ce romance semble traditionnel. II a de la ressemblance avec un passage du roman d'O^/er le Danois qai, assiégé aussi depuis sept ans, décourage Charlemagne par un stratagème pareil. On pourrait citer bien d'autres analogies : Adelheld, .femme de Lothaire, assiégée dans Canusium, fit manger toot ce qui lui restait de blé à un porc qu'elle ordonna de lâcher, ce qui, éventé par les assiégeanis, leur ôta l'envie de continuer le siège. Des ruses analogues furent employées par le portugais Kuiz Pacheco, la reine Carcase, les Stackeaberg, etc* y. Vieux Auteur* castillanSy t. II, p. 383.
créneaux comme s'ils étaient vivants, pour que les Mores les croient prêts à combattre. Dans le château d'Umena, il n'y a plus qu'un seul pain ; si je le donne à mes enfants, ma femme qu'aura-t-elle? si je le mange, malheureux! mes compagnons se plaindront. — Il fit du pain quatre morceaux *et les jeta dans le camp. Un des morceaux tomba aux pieds du roi : — « Allah I cela est triste pour mes Mores et doit les décourager, le château envoie ses restes au camp, b — Il ordonna de sonner les clairons et fit lever le siège.
DON BERNALDINO «
{PrimQvera y Flor de romances, t. II, p. 71.)
DON Bernaldino pense à rendre visite à soi amie, il appelle ses pages pour qu'ils vie nent le vêtir. Ils lui donnent des chausses écaf' lates, des bottines de maroquin, un pourpo brodé richement, tel qu'à la cour il [n'y en a pi un pareil; ils lui donnent un bonnet qu'on m pouvait estimer, avec une devise qui disait : Ma gloire est de bien aimer ; la richesse de son manteau, je ne saurais vous la peindre. Sa casaque était d'or battu qu'on n'en pouvait avoir une autre semblable. Il ordonne de harnacher une blanche haquenée, et prend quinze valets de pied qui l'accompagnent. Huit pages vont avec lui, il renvoie les autres; de couleur de mûre et de couleur jaune ils sont vêtus et chaussés. Ils sont arrivés aux portes de la maison où l'amie a coutume d'être. Ils trouvent les portes closes, ils commencent à interroger : — Où est dona Leonor ; qui demeurait ici? — Un maudit vieillard, que
(i) Suivant A. Duran, ce romance aurait pour héros Bemardino de Ribeira, auteur de Menina e Moça ; suivant Wolf, il . paraît être tiré d'un roman de chevalerie. N'y aurait-il pas , identité entre ce Bernaldino et ce Bernardo, qui dans la Cela- Une est cité parmi les amants célèbres : mira a Bernardo. Ce dernier Bernardo est aussi probablement celui dont il est parié avec détail dans le Corbacho de Tarchiprètre de Talavera, parte prima^ cap. XVJII, fol. IX.
CHEVALERESQUES DÉTACH ÉS.
emaldino ordonna aussitôt de tuer, répondit : ■ Son père l'a emmenée habiter de lointains lys.
Bernaldino déchira ses habits avec désespoir et )lère, et retourna vers le palais qu'il habitait 'ordinaire. Il traversa sa poitrine d'une épée wir achever ses jours. Un ami, qui avait tout ^pris, était venu pour le consoler; en ouvrant la brte, il le vit étendu. Il commença à pousser de As cris, qu'ils montèrent jusqu'au ciel ; tous ses Itesaux accourent et s'occupent de Tensevelir bis un riche monument tout fait de cristal, sur fequel on plaça cette inscription remarquable : ' Ici gît don Bernaldino, qui mourut pour bien îmer. »