ROMANCE DU COMTE ALARCOS
ET Dfi t'iNÏ'ANTB SOLISA * {Primavera y Flor de romances, 1. 11, p. m.)
f 'infante se tenait à l'écart, comme el
avait coutume de le faire, vivant tri
affligée de la vie qu'elle menait, voyi
que la fleur de ses jours se passait
que le roi ne la mariait pas, ni ne semblait y
(i) Je demande la permission de répéter sur ce petit poème une partie de ce que j'en ai dit dans les Vieux Auteurs castU» lans (t. II, p. 414). « Ce romance est, dit-on, de Pedro de Biano. S'il en est ainsi, ce nom inconnu est le nom d'un vér^ table poëte. Ce comte, qui se croit obligé d'accorder à son m la cruelle satisfaction qu'on lui demande, qui sacrifie ont; femme qu'il aime à un faux point d'honneur, peut nous sem« blermonstrueux,impossible; mais, comme l'a remarqué Boatsrwek, il n'est pas invraisemblable d'après les mœurs et M opinions du siècle où l'action se passe. Cette légende, suivant Ticknor, est une des compositions les plus pathétiques, les plus belles qu'il y ait dans aucune langue. Cet éloge n'est pas exagéré; rien de plus émouvant que le retour du comte, que son attitude à table, que le soin qu'il prend de fermer, contre son habitude, la chambre où il se retire avec sa femme* Comme dans la dernière scène de ce drame horrible, la pii* sence du petit enfant à qui sa mère veut donner le sein encore une fois, comme cette présence augmente l'intérêt qui s'attacha à la victime! Et avec quel art... non, car il n'y a point d'ut dans ce récit, avec quel génie le poète a déjà préparé cette situation navrante, en appelant précédemment l'attention sar ce dernier-né qui repousse toutes les nourrices, et qui connaît d bien sa mère I Que de naturel dans les paroles de la comtesse
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penser. Elle songeait en elle-même à qui elle se confierait; elle se décida à appeler son père, ainsi qu'elle avait l'habitude de le faire autrefois, pour lui dire son secret et lui confier son désir. Etant appelé, le roi vint aussitôt. Il trouva sa fille à l'écart et sans compagnie. Son beau visage indiquait qu'elle était plus triste qu'à l'ordinaire. Le roi s'aperçut sur-le-champ de la douleur qu'avait sa.fille. — Qu'est-ce là, infante, qu'est-ce là, ma fille? Dites-moi vos chagrins; ne prenez point de mélancolie, faites-moi savoir la vérité et Ton re-
demandant à se retirer chez son père pour y élever ses enfants mieux que celle qui Tiendrai
Mejor que la que vemia.
Tous ces détails, qui contribuent si bien à l'effet de tout le ta- I bleau, sont d'une vérité admirable et n'ont pu être trouvés que I par un po€te. Cela est beau, cela est réellement beau et poi- I gnant... Desdemona, au moment où Othello lui demande si ^ elle a fait sa prière, est moins touchante que la comtesse priant son mari de lui laisser dire une petite oraison qu'elle sait et qui ne durera pas plus de temps qu'un Ave Maria, • Ce sujet a ité plusieurs fois mis en théâtre. 11 l'a été par Lope de Vega dans sa pièce intitulée La fuer\a lastimosay par Guillen de Gtstro et par José Milanes. 11 l'a été, en Allemagne, par Schlegel. Ces quatre derniers drames portent ce titre : Le comte Alarcos. Le romance espagnol a été imité en catalan sous le nom du comte Floris et en portugais sous celui du comte Yaono, du comte Alberto et du comte Arves. L'imitation catalane est fort courte. L'imitation portugaise est abrégée tussi. Almeida Garrett la trouve supérieure à la leçon espagnole; je ne saurais être de cet avis. Quant au dénoûment du romance que nous venons de traduire, on se rappellera qu'on attribuait aux victimes innocentes le pouvoir de citer leurs per- «^teurs devant Dieu. Filipo IV, roi de Caçtille, fut ajourné i trente jours par deux chevaliers condamnés injustement. JaC' 4ues de Molay cita, dit-on, le pape et Philip pe le Bel à compa- '^tre devant la justice divine dans un certain délai.
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médiera à tout. — Il faudrait, bon roi, porter remède à ma vie qui vous a été recommandée par ma mère. ;Donnez-moi un mari, bon roi, mon âge Texige. Je vous le demande avec honte plutôt que de bon gré, carde tels soins, roi, vous appartiennent. — Après avoir écouté ces paroles, le roi lui répondit : — C'est votre faute et non lia mienne, infante, si vous n*êtes pas mariée avec le prince de Hongrie. Vous n'avez pas vouln écouter l'ambassadeur qu'il vous a envoyé. Et ici, à ma cour, ma fille, nous avons peu de ressources. Dans tout mon royaume^ un seul époux pouvait vous convenir : c'était le comte Alarcos, qui a une femme et des enfants. — Roi, invitez un jour le comte Alarcos; et quand vous aurez dîné, dites-lai de ma part qu'il se rappelle la foi qu'il m'avait donnée, le serment qu'il m*a fait, sans que je l'aie exigé, qu'il serait mon mari^ que je serais sa femme. Je fus heureuse de cette promesse et je ne m'en repens pas. Il a épousé la comtesse, sans penser à ce que je faisais, moi qui pour lui nç me voulus point. marier au prince de Hongrie, il a épousé la comtesse, ce fut sa faute et non la mienne. — Le roi, en entendant cela, perdit le sentiment, puis, revenu à lui, il répondit avec colère : — Ce ne sont pas là las conseils que votre mère vous donnait! Infonte^lrous avez pris bien peu garde à mon honneur .fSi tout cela est vrai, votre honneur est perdu; vbus ne pouv vous marier tant que la comtesse sera vivante! Si vous vous mariez, avec raison et justice vo userez regardée comme une mauvaise femme Donnez-moi un conseil, ma fille, je ne vois
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quel parti prendre, car votre mère est morte, à qui je demandais des avis. — Je vous donnerai un conseil, bon roi, avec le peu d'esprit que j'ai. Que le comte tue la comtesse, sans que personne ne le sache, qu'il fasse courir le bruit qu'elle est morte d'une maladie qu'elle avait, et mon mariage se fera sans qu'on ait soupçon de rien. De cette façon, bon roi, mon honneur sera sauvé. — Le roi sortit ensuite avec tristesse : il était plein de douleur de ce qu'il avait appris. Il vit le comte Alarcos quittait avec beaucoup de gentilshommes et qui disait : — Que sert-il, chevaliers, d'aimer et de servir une amie? Les services sont perdus où il n'y avait pas de constance. De ma part^ il B^en était pas ainsi, car dans le temps j'ai servi une femme que j'aimais bien, et si je l'aimais bien alors, je l'aime plus encore aujourd'hui ; pour moi donc on peut dire :qui bien aime, tard oublie (i). — Il prononçait ces paroles quand il vit le bon roi qui venait, et, en parlant avec lui, il se sépara des seigneurs. Le bon roi dit au comte, s'exprimant avec courtoisie : — Je vous invite, comte, pour demain; je veux que vous veniez manger avec moi, pour me tenir compagnie. — Que se fasse de bon gré ce que Votre Altesse décide, je baise ses mains royales pour sa bonne courtoisie. Je resterai ici demain, pourtant je devais partir, car d'après une lettre que j'ai reçue d'elle, la comtesse m'attend. — Le lendemain matin, au sortir de la messe, le roi s'assit pour dîner, non qu'il en
(i) Ce passage, qui semble indiquer qu'Alarcot aimait encore l'tBfanle, est une maladresse du {râete.
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eût envie, mais pour apprendre au comte ce qu'il avait à lui dire. Ils furent bien servis, comme il convenait à un roi. Après qu'ils eurent mangé et que les gens furent sortis, le roi resta avec le comte devant la table où il avait dîné. Le roi commença à remplir l'ambassade dont il était chargé. — J'ai appris, comte, des choses qui me peinent et pour lesquelles j'ai à me plaindre de votre déloyauté. Vous avez promis à l'infante, sans qu'elle vous le demandât, que vous seriez son mari, et elle en fut contente; s'il s'est passé ati^re chose, je n'ai pas à le savoir. Ce que j'ai encore à vous dire, comte, va vous causer plus de douleur. Il faut que vous tuiez la comtesse, cela importe à mon honneur. Vous ferez courir le bruit qu'elle est morte d'une maladie qu'elle avait, et le mariage se fera sans qu'on ait soupçon de rien, pour que ne soit pas déshonorée une nlleque j'aime tant. — En entendant ces mots, le bon comte répondit: — Je ne puis nier, roi, ce que l'infante a dit, je reconnais que ce qu'elle vous a rapporté est la vérité, je reconnais la justesse de ce qu'elle demande. Par crainte de vous, je n'épousais pas celle que je devais épouser. Je ne pensais pas que Votre Altesse l'eût permis. J'épouserais bien l'infante, mais quant à tuer la comtesse, seigneur roi, point né le ferai. Celle qui ne le mérite point ne doit pas mourir. — Il faut qu'elle meure, bon comte, pour sauver mon honneur, puisque vous n'avez pas considéré d'abord ce que vous auriez dû considérer. Si la comtesse ne meurt pas, il vous en coûtera la vie. Pour l'honneur des rois, beaucoup meurent qui ne sont pas coupables; que la comtesse meure
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aussi, ce ne sera grande merveille. — Je la tuerai, bon roi, mais ce sera contre mon gré. Vous en rendrez compte à Dieu à la fin de vos jours. Je le promets à Votre Altesse, foi de chevalier, qu'on me tienne pour traître si je ne tiens pas mon serment de tuer la comtesse, quoiqu'elle ne le mérite pas. Bon roi, si vous m'en donnez la permission, je partirai tout de suite. — -Allez avec Dieu, bon comte, préparer tout pour votre départ.
En pleurant partit le comte, en pleurant sur la comtesse qu'il aimait plus que lui-même. Le comte pleurait aussi sur trois enfants qu'il avait; Tun était encore à la mamelle, la comtesse le nourrissait. Il ne voulait pas prendre le sein de trois nourrices qu'il avait, il ne voulait que le lait de sa mère, car il la connaissait bien. Les autres étaient encore petits et avaient peu de raison. Avant d'arriver le comte se disait : — Qui pourrait croire, comtesse, avec votre visage plein de joie, quand vous viendrez pour me recevoir, que vous êtes à la fin de votre vie ? Je suis le coupable, toute la faute m'appartient. — Il disait ses paroles quand la comtesse parut ; un page lui avait annoncé que son mari arrivait. Elle vit la tristesse du comte, elle vit ses yeux humides et gonflés par les larmes qu'il avait répandues en chemin en pensant au bien qu'il perdait : — Soyez, le bien venu, bonheur de ma vie !.. Qu'avez- vous, comte Alarcos? Pourquoi pleurez- vous, ma vie? Vous êtes changé tellement qu'à peine on vous reconnaît. Vous n'avez ni votce visage, ni votre physionomie ordinaires : donnez-moi part à vos chagrins, comme vous me donnez part à votre joie... Qu'avez-vous,
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comte? vous me tuex! — Je vous le dirai, com* tesse, quand L'heure sera venue. •— Si vous ne la^ le dites y comte, certes je ne vivrai pas» — Ne me fatiguez pas« madame, le moment n*est pas venu. Soupons tout de suite, comtesse, de ce qu'il y a dans la maison. — J''ai fait préparer votre repas, comme )'ai coutume de ie faire tons les jours.
Le comte s*assit à table, mais ne mangeait pas; il ne le pouvait avec ses fils à ses côtés, car il les aimait beaucoup. Il abaissa sa tête sur sa poitrine' ,et fît comme s'il dormait. Des larmes de ses yeux il couvrait toute la table. La comtesse le regardait, ignorant la cause de cette douleur, et elle n'osait ni ne pouvait la lui demander. Le comte se leva bientôt et dit qu'il voulait dormir ; la comtesse dit de même qu'elle dormirait aussi; mais pour dire la vérité, ils n'avaient pas sommeil. Le comte et la comtesse vont où ils avaient coutume de dormir ; ils laissent les enfanjts dehors : le comte ne voulait pas les laisser entrer. Ils ne prirent que le plus petit, celui que la mère nourrissait. Le comte ferma la porte, ce qu'il ne faisait pas d'habitude : puis il commença à parler avec une douleur poignante : — O malheureuse comtesse ! grande fut ton infortune ! — — Je ne suis pas malheureuse, comte, et pour heureuse je me tiens, puisque je suis votre femme. Vous épouser fut pour moi une grande joie. — Comtesse, sachez-le, ce fut votre malheur. Apprene* qu'autrefois j'ai aimé une femme que point n'aurais dû aimer, c'était l'infante. Pour votre mal et le mien, je promis de l'épouser et elle y consentit. Elle me demande pour mari par la foi que je lui
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ai donnée. Elle le peut faire avec raison et justice. Voilà ce que m*a dit le roi son père, qui d'ellemême a tout appris. Le roi ordonne une autre chose qui me navre Tâme : il ordonne que vous mourriez, comtesse, que l'on vous ôte la vie parce qu'il ne peut avoir son honneur, vous vivante.
Quand elle entendit cela, la comtesse comme morte tomba à terre. Revenue ensuite à elle, elle dit ces paroles : — Ce sont là les récompenses, comte, des services que je vous ai rendus! Ne me tuez pas, comte, je vous donnerai un bon conseil. Envoyez-moi dans mes terres, et mon père m'accueillera; j'élèverai vos enfants mieux que celle qui viendra et je vous garderai ma chasteté comme je l'ai toujours conservée. — Il faut mourir, comtesse, avant que vienne le jour. — On voit bien, comte Âlarcos, que je suis seule dans la vie^ que mon père est vieux, que ma mère est morte, qu'on a tué mon frère, le brave comte don Garcia: le roi le fit assassiner parce qu'il en avait peur. Ce n'est pas la mort qui m'afflige, puisqu'il faut toujours mourir; mais je m'afflige en pensant que mes enfants vont perdre mes soins : faites-les venir, comte, qu'ils reçoivent mes adieux. — Vous ne les verrez plus jamais, comtesse. Embrassez ce petit enfant, c'est lui qui perd le plus. Je souffre pour vous, comtesse, tout ce que je peux soujSrir, et je ne puis vous défendre, car il s'agit de plus que la viel Reconunandez-vous à Dieu, il faut que cela se fasse. — Laissez-moi dire« comte, une prière que je sais. — Dites-la vite, madam|, avant que le jour paraisse. — Je l'au-
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rai bien vite dite, comte, ce ne sera pas plus long qu'un Ave Maria, ♦
Elle s'agenouilla par terre et dit cette oraison : — En tes mains, seigneur, je remets mon âme. Ne juge pas mes péchés suivant que je le mérite, mais d'après ta grande bonté et ta miséricorde.... Elle est achevée, bon comte, la prière que je sais^ Je vous recommande ces enfants que j'ai eus de vous. Priez Dieu pour moi pendant toute votre vie; vous y êtes obligé, puisque je meurs innocente. Laissez ce petit enfant teter pour la dernière fois. — Ne le réveillez pas, comtesse, laissez-le, il dort. Je vous demande pardon, car voici le jour qui vient. — Je vous pardonne à vous, comte, par l'amour que je vous portais. Mais je ne pardonne pas au roi, ni à Tinfante sa fille. Je les cite devant la justice suprême, qu'avant trente jours ils aient à comparaître au jugement.
Pendant qu'elle disait ces mots, .le comte se préparait: il lui entoiua le cou d'une coiffure qu'elle portait ; il la serra de ses deux mains avec autant de force qu'il pouvait; il ne lâcha pas la gorge tant que la vie dura. Quand le comte vit que sa femme était morte et inanimée, il lui ôta les vêtements dont elle était couverte, la mit. sur le lit et la couvrit comme elle avait coutume de l'être. Il se dépouilla à côté d'elle en aussi peu de temps qu'il faut pour dire un Ave, puis il se leva en appelant les gens qui le servaient : — A l'aide mes écuyers, la comtesse se meurt I — Ceux qui arrivèrent trouvèrent la cotfttiÈfsse sans vie. Ainsi mourut- elle, sans raison, sans justi^, mais
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les autres moururent aussi dans les trente jours : au bout de douze jours l'infante, le roi au bout de vingt- cinq, le comte le trentième' jour. Ils allèrent rendre leur compte à la justice divine. Dieu nous donne ici sa grâce et là-haut une gloire complète.
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ROMANCES DE MORIANA
(Primavera y Flor de romanceSf t. II, p. 23 et suiv.)
ORiANA, dans un château, joue avec le More Gai van. Ils jouent tous deux aux tables pour prendre plus de plaisir.
Chaque fois que le More perd, il perd une ville ; chaque fois que Moriana perd, elle donne sa main à baiser. Du plaisir qu'il prend, le More tombe endormi. Dans leis hautes montagnes N Moriana vit venir un chevalier. Il vient pleurant et gémissant et les pieds ensanglantés, plein d'amour pour Moriana, fille du roi Morian, Les Mores l'avaient prise le matin de la Saint-Jean, comme elle cueillait des roses et des fleurs dans le jardin de son père. Moriana leva les yeux et le reconnut en le regardant. Les larmes de ses yeux coulèrent sur le visage du More. Celui-ci se réveille avec épouvante et commence à parler. — Qu'est-ce, madame.? Qui vous a fait de la peine. Si mes Mores vous ont irritée, je les ferai tuer tout de suite ; si vous avez à vous plaindre de vos damoiselles, je les ferai bien châtier. Si c'est aux chrétiens qu'il faut s'en prendre, j'irai les conquérir. Les armes sont ma parure, mon repos les combats, mon lit les dures roches^ mon sommeil la veille. — Non, les Mores ne m*ont pas irritée, n'ordonnez pas de les tuer ; je n'ai pas à me
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plaindre de mes damoiselles» qu'elles ne soient pas punies pour moi; quant aux chrétiens, point n'est besoin que vous alliez les conquérir. Je veux cependant vous dire la vérité sur ce que j'éprouve: j'ai vu dans ces montagnes paraître un chevalier, je crois que c'est mon époux, mon bien-aimé, mon amour. — Le More leva la main et lui donna un grand soufflet, teignant les dents blanches de Moriana du sang qu'il faisait jaillir. Il ordonna à ses portiers (i) de la décapiter dans l'endroit même où elle avait vu son mari. Se voyant près de la mort, elle dit ces paroles : — Je meurs comme chrétienne et aussi pour confesser le loyal amour que je porte à mon époux.
{Primavera y Flor de romances^ t. II, p. 25.)
ORiANA est agenouillée ; on va lui trancher la tête. Elle ne cesse de pleurer. Ses pieds et ses mains sont liés que c'est pitié de la voir. Ses che« veux d'or pur descendent jusqu'à terre; sa poitrine découverte est plus blanche que le cristal. Le bourreau more, la Voyant si belle, se sentit pris d'un amour qu'il ne put cacher et lui parla en arabe, comme à quelqu'un qui entendait cette langue : — Pardonnez-moi, Moriana, veuillez me
(i) ^rterou Leurs fonctions étaient importantes, comme on peut le voir par un passage des Siete partiras. Le portero n'a pas été oublié dans le petit poème espagnol : la Dante de la Mort.
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pardonner ; j'ai reçu, madame, les ordres du roi Galvan. Plût à Dieu que je pusse trouver un moyen de vous délivrer, de sauver deux vies que je vois ici en danger. — Moriana lui dit : — • More, ce que j'ai à te demander, c'est que tu î fasses ton métier, sans tarder plus longtemps. Ils en étaient là tous deux ; l'époux vint à paraître, frap- pant et tuant les Mores que personne [ne l'osait attendre. Monté sur son cheval, il arrive jusqu'à Moriana. Le bourreau la délivre et l'aide à sauter en selle. Tous trois s'en vont ensemble sans rencontrer d'obstacles. Au château de Brena ils allèrent loger.
{Pritnavera y Flor de romances, t. II, p. 39.)
AU pied d'un hêtre vert était le More Galvan. Il regarde le château de Brena où demeure Moriana. Il tient son cheval par les rênes, il ne veut pas le laisser en liberté. Il a ôté son casque pour mieux voir. D'une voix triste, mêlée de pleurs et de soupirs^ le malheureux More parle de cette manière : — Moriana, Moriana, cause et fin de mes tourments! Comment est-il possible, ma dame, que tu n'aies pas pitié de mes maux, voyant que par amour pour toi je meurs sans refpaède? Tu devrais te souvenir de ce bon temps passée quand dans mon château tu te réjouissais avec moi, quand je jjouais avec toi. Mon âme^ tu devrais te
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rappeler quand je gagnais en perdant, car perdre c'était gagner, et lorsqu'en gagnant je méritais de baiser tes belles mains. Tu devrais te rappeler quand j'inclinais la tête et quand parlant avec toi je m'endormais. Si tout cela n'était pas de l'amour, madame, comment cela doit-il s'appeler? Si ce fut de l'amour, Moriana, comment as-tu pu l'oublier? — Au faîte d'une tour, Moriana vint à paraître et à T amoureux More elle dit ceci : ^— Va-t'en d'ici, chien de More, toi qui voulus me tuer, tSij^ me pris de force pour me faire ta femme. Kés caresses que je te fis furent pour me moquer de toi et attendre que mon noble époux vînt pour me délivrer. — Le chrétien sortit de Brena et attaqua Galvan, il lui passa sa lance dans la poitrine.
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