ROMANCE DU ROI DE GRENADE
{Primaveray Flor de romancez^ t. Il, p. 247.)
L soupire à cause d'Antequera, le roi more de Grenade, non pas à cause de la ville^ car une meilleure lui restait, mais à cause d'une Moresque qui dans cette ville était. Rose, blanche émerveille, plus que tout autre elle plaisait ; elle avait seize ans et entrait dans sa dix-septième année. Le roi l'avait élevée toute petite et Taimait plus que ses yeux. En la voyant* au pouvoir d'un autre sans moyen d'y remédier, il poussait des soupirs désolés et qui lui arrachaient Tâme, et, versant des larmes de ses yeux, il parlait ainsi : — Ah ! Narcisa de ma vie, ah ! Narcisa de mon âme, je t'ai envoyé une lettre par Talcaïde de l'Alhambra avec des paroles amoureuses sorties de mes entrailles. On y voyait mon cœur blessé par une flèche d'or, et la réponse que tu donnas fut que d'écrire point n'importait. Je donnerais pour ta rançon Àlmeria la renommée. Que me font les biens, puisque ma raison est prise? Et si cela ne suffit pas, je sortirai de Grenade et m'en irai à Antequera où tu es prisonnière et je servirai comme captif rien que pour voir ton visage.
DON BUESO *
ROMANCE ASTURIEN.
(Jahrbuch fur romanische und engiische litteratur, t. III,
DON Bueso se leva de bonne heure un matin pour aller dans le pays des Mores chercher une amie. Il rencontra une jeune fille qui lavait dans une fraîche fontaine. •— Ecoute, dit-il, Moresque, fille de juive, laisse mon cheval boire de Teau fraîche. — Que crève le cheval et celui qui le conduit ; je ne suis ni Moresque ni fille de juive ; je suis chrétienne, captive des Mores. — Si tu es chrétienne, tu viendras avec moi dans le pays des Mores ; je ne veux pas te laisser ici. — Les linges que je lave, que deviendrontils? — Les étoffes de soie, prends-les, ma vie;
(i) Ce romance existe aussi en catalan, mais dans une rédaction assez différente pour que nous le donnions tout à rhenre. Les rencontres du genre de celle-ci ne sont pas rares dans la poésie populaire. Un chant allemand {Volkslieder^ p. 186) Annelein rappelle beaucoup don Bueso. Dans un romance portugais A infeitiçada {Romanceiro d'Almeida Garrett, t. II, p. '3o), un frère retrouve aussi sa sœur. D'autres fois ce sont deux sœurs qui se retrouyent comme dans un romance castillan, le$ deux Sœurs. [Primavera y Flor de romances^ t. II, p. 58), comme aussi en Portugal,/^ofRâncefro de Almeida Garrett, p. 181. M. Milâ a publié [Observ, sobre la poesiapopu^ lar, p. 1 17J un romance catalan qui se rapproche de ces deux derniers morceaux. •
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celles de toiles, l'eau les emportera. — Je vois Grenade, je vois Séville, je vois la contrée où je suis née. Quand le roi mon père planta cet olivier, quand il le plantait, c'est moi qui le tenais. — Don Bueso se retourna. — Ah! ma sœur!
A ces signes tu es Rosalinda Ouvrez- moi la
porte, ouvrez, ma mère ; j'étais allé vous chercher une bru et je vous ramène une fille. — Mère, ma mère ! — Je ne te reconnais pas, car tu es, ma petite, bien changée. — Mère, ma mère, je ne buvaispas de vin, je mangeais du cresson d'une fraîche fontaine où les coleuvres chantent, où les chevaux boivent.
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