‹ Petit romanceroChapitre 5 sur 55 · COMMENT BODRIGO PÉNÉTRA DANS LA MAISON · texte numérisé non relu

COMMENT BODRIGO PÉNÉTRA DANS LA MAISON

^ . * w . ^ d'hercule (i).

ÇPrintav&fHi y Jlor de romances^ t. 1, p. 6.)

ÔN-lfedrigo*, joi d'Espagne, pour honorer sa couronne, fit annoncer à son de trompe qu'uh tournoi aurait lieu à Tolède^ Soixante mille chevaliers se sont

(i) Ce romance est^ tijé^" de la Chronique générale

(ch. zxviii-XLiv.) 11 un'^^à' guère entre les deux récits qao

deux différences dans^ ^^''C^conique, l'édifice où pénètre Ro«

drigo est appelé tour/ ^et le comte Julian part, non pour con-

V», "quérir l'Afrique, màU pctir-défendre l'Espagne. La découverte

\y^>d^cequ&renfernaàitîft^'ip&ison d'Hercule a été racontée par

SUR L HISTOIRE DESPAGNE. I9

~^^~—-r u -.11 - j. I II I I i

réunis dans cette ville. Tout était prêt pour la joute, on allait la commencer, quand les habitants de Tolède vinrent demander au roi qu'à l'antique maison d'Hercule il fît mettre ua cadenas, comme ses prédécesseurs avaient eu coutume de le faire. Le roi ne posa pas un cadenas, mais il brisa ceux qui y étaient, pensant qu'Hercule avait dû laisser là on grand trésor. Entré dans la maison, il ne trouva pas autre chose qu'une inscription qui disait : « Tu as été roi pour ton malheur, car le roi qui ouvrira cet édifice doit mettre TEspagne en feu. » On trouva dans un pilier un coffre d'une grande richesse et dans ce coffre étaient des bannières représentant des figures faites pour épouvanter, des cavaliers arabes assis de manière à ne pouvoir bouger (i), avec des épées au cou et des arbalètes propres à bien tirer. Don Rodrigo efïrayé n'en voulut pas voir davantage. Un aigle vint du ciel, la maison fut brûlée. Aussitôt Rodrigo envoya une grande armée pour conquérir l'Afrique. Il donna au comte Julian vingt-cinq mille' dà'^aliér^, mais le comte en les conduisant eut^mâyVaise for- ; tune sur mer, il perdit deux'.pbjitJ^oêfalèrçs de y rameurs. ' ''-'/^'••"'. ' ' ^ ^

de8 chroniqueurs arabes et espagnols. Pafmi ces derniers on doit placer Dias de Games. (\Ç 1^ ^y^dùction que le comte Albert de Circourt et moi avons' clonilée tlu Victorial^ p. 41.) î^après M. de los Rios, « l'édificç q'>', à Tolède, portait le nom ^ grotte d'Hercule, est, ainsi q^aj, î'oht fait connaître les <fermères fouilles, la crypte d'un tsmple- ifoftiain peut-être dédié i Jnpiter, puisqu'il était situé au zé^tt^. de i'Arx. » (i) Sans doute à cause de la profondoar 4e i^urs selles.

COMMENT LE COMÎ'E JULIAN VENDIT l'eSPAGNE (i),

{Primavera y flor de romances^ t. I, p. i3.)

Ceuta est don Julian, à Ceuta la bien renommée. Pour le pays qui est de Tautre côté, il veut envoyer un message. Un vieux More l'écrivait et le comte le dictait, et quand ce fut écrit, le comte tua le More (2). C'est un message de douleur, de douleur pour toute TEspagne. Il jure au roi more dans les dépêches qu'il lui envoie que, si le roi le veut aider^ il lui donnera toute l'Espagne. Mère Espagne, malheur à toi, dans le monde si renommée, la meilleure des contrées, la meilleure et la plus fière,'où naît l'or fin, où l'argent ne manque pas, douée de beauté, si estimée par tes prouesses, par un mauvais traître tu es tout en ^ . fetf; toutes ^es riches cités avec leur population si - */ ; brillaiitej Rouf^ notre châtiment, sont soumises aux ^ :^-\ < Mores,'^oiites£x,(8epté les Asturies, parce que c'estun i^'O/.-' 'i-âpre^pàys *(3);i^' malheureux roi Rodrigo, celui

*. w (i) Ce romance ^est tiré ^e la Chronique généraley il

est semi-artistique etcomposé^par un poète lettré. (2) Dans la Chroni<f^,.^nérale ce détail est rapporté au « sujet de Rodrigo de l!airà, qui livre ses neveux les infants de

' '■ Lara aux Mores, coi^ime bh- le verra plus loin.

^ ' (3) Ce passage rappejflé Uti* endroit de la Chronique générale

Loi bienes que ti^n^^spar^. Dans le vieux Poème de Fer* \ , . . nan Gon^alès^ oh VÏÏt^tàireÀQ Rodrigo est rappelée, on trouve '• ^^' . ^ ' également un* desCriptijmKie l'heureuse situation de l'Espagne '^ /^.^\' <t jdefs taîamitée aqpenëe^ par les victoires ()es Sarrasins.

SUR l'histoire d'eSPAGNE. 21

qui alors régnait sur toi, voyant ses royaumes perdus, livre une bataille rangée, où, dans sa grande douleur, il montre son courage ; mais si nombreux étaient les Mores qu'ils ont gagné la bataille. Plus ne reparut Don Rodrigo, et personne ne sait ce qu'il devint (i). Maudit soit Don Orpaz (2), méchant évêque ; dans ce noir complot l'un aide l'autre. O douleur surhumaine^ ô cLose qu'on n'aurait jamais crue I Que pour une jeune fille qui se nommait la Gava ces deux traîtres avaient feit que l'Espagne fut subjuguée, qu'elle perdait le roi son seigneur, sans que de lui Ton sache rien!

. COMMENT LE ROI RODRIGO PERDIT l'eSPAGNE (3) {Primavera y fior de romances^ t I, p. i5.)

LES troupes du roi Rodrigo se découragèrent et prirent la fuite quand les ennemis les vainquirent dans une huitième bataille. Rodrigo quitte

(i) La fin de don Rodrigo est restée mystérieuse. Les Goths doutèrent de sa mort, comme les Bourguignons de celle de Charles le Téméraire, les Portugais de celle de don Sébastien. Saivant une tradition, Rodrigo se retira dans une solitude ou dans l'île de Saint-Brandaine, cette île imaginaire qui préoccupa tant de navigateurs.

(2) Don Orpas ou Opas était évêque de Consuegra et beaufrère du comte Julian.

(3) Don Agostin Duran considère ce romance comme l'œuvre d'un jongleur lettré auquel la Chronique générale Kmble avoir servi de thème. Le poète a toutefois remplacé le

ses tentes et fuit de *son camp. Le malheureux est seul. Son cheval harassé peut à peine se soutenir, il marche au hasard et n'est plus dirigé. Le roi est si abattu qu'il perd quasi le sentiment ; il meurt de soif et de faim, et c'est une douleur de le voir, il est si rouge de sang qu'il semble un charbon ardent. Ses armes d'un grand prix sont bossuéeSj les coups qu'il a portés ont rendu son épée comme une scie, son casque déformé est enfoncé dans sa tête, son visage est enflé par la souffrance. Il monte au sommet d'une colline, la plus haute qu'il aperçoit. De là il contemple la défaite de son armée, il voit ses bannières et ses étendards, ils ont été tellement foulés aux pieds que la boue les recouvre; en vain il cherche ses capitaines, aucun n'apparaît ; son camp est plein de sang, le sang y coule comme des ruisseaux. A cette vue Rodrigo éprouve une grande douleur et, pleurant de ses yeux, il dit ainsi : — Hier j'étais roi d'Espagne, aujourd'hui je ne le suis pas d'un bourg ; hier j'avais des cités et des châteaux, aujourd'hui je ne possède plus rien j hier j'avais des serviteurs, des gens prêts à m'obéir aujourd'hui, il n'y a pas un créneau que je puisse dire à moi. Malheureuse fut l'heure, malheureux

pédantesque discours que' dans ce livre on prête au roi par un passage animé et que M. Y. Hugo a imité dans les Orieif taies :

Hier j'avais des châteaux, j'avais de belles villes, Des Grecques par milliers à vendre aux Juifs servîtes, J'avais de grands harems et de grands arsenaux : ' Aujourd'hui dépouillé, vaincu, proscrit, funeste, Je fuis ; de mon empire, hélas! rien ne me reste Allah ! je n'ai pas même une tour à créneaux.

SUR l'histoire d^espagne. 33

fut le jour où je naquis (i), où j'héritai de cette grande seigneurie, puisque je devais la perdre tout entière en un instant, O mort, pourquoi ne vienstu pas enlever mon âme à ce triste corps, je te recevrais avec tant de joie !

(ij On reconnaît ici une imitation du Livre de Job ; Pereat dies in qua natus sum,

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