BERNARDO DEL CARPIO
^e personnage est imaginaire; il fut crééy comme nous lavons ditj à Vimitation de nos chevaliers carlovingiens. U invention de Bernardo del Carpio doit, du reste^ remonter loin y puisque dans /a Chronique générale il est parlé de chansons de geste composées sur ce chevalier, dont nous rappellerons V histoire briève^ ment et d'après cette chronique même. Bernaldo ou Bernardo naquit dumariage secret de Sandias, comte de Saldana, et d'une sœur J'Alfonso le Chaste qualifié de roi de Léon^ mais qui en réalité régna dans les Asturies et seulement à partir de 791, d est-à-dire à une époque un peu postérieure à celle où Von place les aventures de Bernardo, D'après quelques anciennes chansons qui prouvent l'intensité de l'influence carlovigienne, Bernardo aurait été fils d'une sœur de Charlemagne, enlevée par le comte de Saldana. « Mais cela ne peut être^ ajoute l auteur de la Chronique générale, et Ion ne doit pas croire toutes les choses que Ion dit dans les chansons. La vérité est telle que nous lavons contée y d'après ce que nous trouvons dans les histoires véridiques que les savants onf faites, » Ces prétendues histoires véridiques contiennent de bien singulier es assertions, comim on le voit. Suivant elleSy Alfonso condamna
Sandias à une captivité perpétuelle et fit enfermer sa sœur dans un couvent. Quant à Bernardo, le roi, tout en lui cachant son origine^ le fit élever comme s'il eût été son fils. Ce n'était pas à lui pourtant qu'Al/onso comptait laisser la couronne; il la'fit offrir à Charlemagne, à la condition que t empereur V aiderait à chasser les Sarrasins, Charlemagne accepte l* offre, mais le secret de la négociation est divulgué. Les grands et Bernardo à leur tête adressent au roi les plus vives remontrances. Le roi effrayé retire sa parole. Charles courroucé le somme de se reconnaître son vassal et vient assiéger Tudela, dont il se serait emparé sans la trahison de Ganelon, U empereur quitte V Espagne ; Al/onsOj le roi Marsil et Bernardo attaquent dans les Pyrénées V arrière-garde de V armée française et la défont dans un combat auquel la poésie a donné plus de célébrité que Vhistoire,
Bernardo finit ^ grâce à une indiscrétion , par connaître le secret de sa naissance et réclama vivement du roi la liberté de son père. Repoussé par de rudes refus, il fit de cette délivrance le but de tous ses exploits. A If onso lui faisait espérer que Sandias sortirait de sa prison et trouvait sans cesse des moyens d'éluder sa promesse, Bernardo, exaspéré par tant de mauvaise foi, finit par se révolter et commença contre son oncle une terrible lutte. Le successeur d'Alfonso lui promit enfin, s'il voulait céder le château del Carpio dont la possession le rendait formidable, démettre le comte en liberté, mais on ne lui rendit qu'un cadavre.
Il est facile de reconnaître que les épopées françaises ont donné le type de Bernardo, Les détails
relatifs à sa naissance sont évidemment calqués sur Vhistoire de Milon et de Berthe, Mais cette histoire n'est racontée que dans des romans francoitaliens du XII* siècle, c*est'à-dire postérieurs à la création de Bernando, M. Mild pense qu'il a existé sur ce sujet de plus anciens poèmes français^ aujourd'hui perdus. Tout en admettant pour Bernardoy dont le nom nest d'ailleurs pas espagnol^ une origine française et romanesque, M, Milâ a recherché si un personnage réel n'avait pas pu attirer à lui un certain nombre de fictions chevaleresques, et s'est demandé si le souvenir altéré de Bernard de Ribagon^a, qui fut, du reste, un seigneur franc et caHovingien, mais dont la famille eut de fréquents rapports avec la Castille et la Navarre , ne put pas aidera Vinvention de Bernardo.
On ne connaît plus aucune des chansons de geste dont la Chronique générale a parlé à propos de ce personnage. Mais Bernardo figure dans une cwquantaine de romances, dont huit seulement ont été admis comme anciens dans le recueil de Wolf: Primavera y Flor de romances. Aucun d'eux malheureusement nest relatif à la bataille de Roncevaux. Ces chants ont V inconvénient de rouler presque %u jours sur la même situation, mais cette situation^ on ne peut le nier, offre de l'intérêt ; aussi Lope de Vega a-t-il placé Bernardo parmi les nombreux héros de ses œuvres dramatiques. Un poème de Bernardo del Carpio faisait partie de la bibliothèque de don Quichotte ( i ), et fut condamné
( i) Voir un article que sous ce titre nous a^ons donné dans \t Correspondant de novembre 1873.
mfeu par V impitoyable curé. Ce livre, imprimé à Tolède en 1 587, avait pour auteur Agostin Alonso. Le curé eût été peut-être moins sévère pour un autre poème composé sur le même personnage par Balbuena,