DON JUAN
BOMÂNCE CATALAN [Camons de la terra^ 1. 111, p. 171.)
JE sors pour me promener un dimanche matin, je vois venir mon fils par utî^champ qui verdoie : — Ah I mon fils, d'où viens-tu à présent? — De la guerre du roi, de laquelle ceux qui y vont
(i) 11 y a une belle ballade française sur un personnage appdé Renaud et qui, 'suivant les versions, est taptôt un roi, tantôt a seigneur, d'autres fois un simple soldat. Renaud revient chez lui, blessé à mort dans.certains chants, triste et chagrin dans d'autres. Sa mère lui annonce qu'il est père d'un fils, mais cette heureuse nouvelle ne le réjouit pas et il demande qu'on lui prépare nn lit. La scène change et nous assistons à un douloureux eIltr^ tien entre la mère de Renaud et sa bru. Celle-ci s'inquiète des bruits insolites qu'elle entend et que sa belle-mère cherche à lui expliquer d'une manière rassurante : enfin, pressée de questions, celle-ci finit par avouer que Renaud est décédé. Suivant un grand nombre de versions, la jeune veuve déclare qu'elle ti entrer dans un couvent ; d'autres fois, la complainte finit par ces quatre vers si touchants :
Ma mère, dites au fossoyeux Qu'il fasse la fosse pour deux, '^ Et que l'espace y soit si grand,
Qu'on y renferme aussi l'enfant.
Cest évidemment de cette belle ballade que proviennent ces deux romances catalans. De los Rios, Historia critica de la literatura espanola, t. VI, p. 446, analyse un romance asturien sur le même sujet, mais sans paraître savoir qa'il a été traité dans bien des pays. On peut encore consulter sur c« chant : Chants populaires du pays messin^ p. i, iîo-
ne reviennent guère. Ah ! ma mère, si je suis revenu, je Tai demandé à la Vierge; entre moi et mon cheval nous avons trente-neuf coups de lance, le cheval qii porte neuf et mon corps porte les autres. Ah ! ma mère, faites-moi un lit, là où il était auparavant. — Ah ! mon fils, mon cher fils, va à la chambre la plus haute, tu trouveras* là ta femme et les damoiselles ; elle a mis au monde Tin fils qui est comme l'étoile de l'aube. — Je ne songe ni à ma femme, ni à dames, ni à damoiselles, encore moins à des enfants, ni aux étoiles de l'aube. Ah ! mère, faites-moi un lit, là où on le faisait auparavant; ne me le faites guère bien, car mon corps ne vivra guère. Aussitôt ^ue je serai mort ; faites-moi sonner les cloches, les cloches de ' la cathédrale, celles de Saint-Michel archange, celles du monastère le plus haut, qui est le couvent des Carmes. Le monde qui les entendra dira : Pourquoi sonne-t-on à présent? — On sonne pour don Juan, qui est mort à la guerre.
mancero de Champagne, t. II, p. n5. Bardas Brei^, 1. 1, p. 45, Gwer\iou brei^ i^el, p. 4, Almanach de Boulognetur-Mer pour i863, p. 1 10, Noeh ti chants populaires de la Franche-Comté, p. 85, n» 20. Canti Monferrini, n° 26. Volkslieder au& Venetien, p. 61, n« 82. Bulletin du comité de la langue^ t. I, p. 253, Revue critique, t. I, p. 3o2, t. II,
Dans un saggio di canti popolari raccolti a Pontelagoscuro et publié dans la Rivista di Filologia roman\a, p. 196, Tol. 11, M. Ferrari a publié une curieuse yariante, dont le débat rappelle le commencement de notre fabliau du Court Mantel et du conte de la Coupe enchantée.