‹ Petit romanceroChapitre 9 sur 55 · PLAINTES DE DON BERNARDO AU ROI · texte numérisé non relu

PLAINTES DE DON BERNARDO AU ROI

iPrimavera y Flor de romances, t, I, p, 32.)

N grande peine et tristesse était le vaillant Bernaldo, parce qu*il voyait son père prisonnier et ne le pouvait délivrer. S'étant revêtu d'habits de deuil et pleurant de ses yeux, il demanda sa grâce au roi don Alfonso le Chaste,mais le roi ne la voulut accorder et lui donna cette réponse : de dire telles choses une autre fois qu'il n'eut jamais la hardiesse, car s'il l'osait faire, avec son père, il serait enfermé. Bernaldo, quand il vit cela, au roi parla ainsi : — Seigneur, pour les services que je vous ai rendus, vous devriez déjà l'avoir mis en liberté, à moins que vous n'ayez oublié comment je vous ai secouru, quand les Mores vous tenaient assiégé dans Benavente ; vous savez comme j e combatis dans ce combat, où vous avez été mis en si grand péril par les gens du roi Orez, qui étaient entrés dans vos terres. Vous me dites alors que je pouvais vous demander à mon gré un don quelconque et que vous me le donneriez. Je vous demandai la grâce de mon père, et vous me l'avez octroyée. Une autre fois,quand vous combattiez contre le païen Alzamaa qui campait autour de Zamora vous tenant assiégé, vous savez bien ce que je fis pour vous sauver. Quand le combat fut fini, vous m'engageâtes votre foi de me donner mon père le comte, libre, sain et sauf. Çt de même, quand les Mores vous entou

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raient sur les bords de la rivière qui a nom Orbi, vous faisant courir un si grand danger que ce fut un miracle d'en échapper. Quand vous étiez en péril de mort, j'arrivai bien à propos, et vous savez ce que je fis et comment je vous ai sauvé. Maintenant que je me vois si mal payé, puisque vous ne voulez me rendre mon père, après me l'avoir promis, je me sépare de vous et ne veux plus être désormais votre vassal, et je défie tous ceux tant qu'ils soient qui vous obéissent, afin qu'en quelque Heu que je les trouve, je les puisse traiter en ennemis. — De cela fut le roi très- furieux et il dit ainsi à don Bernardo : — Bernardo, puisqu*il en est de la sorte, je vous ordonne d'avoir, d'aujourd'hui en neuf jours, quitté ma terre et mon royaume. Faites qu'on ne vous y retrouve; car certes si Ton vous rencontre quand le délai sera expiré, je vous ferai mettre où Ton a conduit votre père. — Bernardo très-triste partit pour Saldana, et aussitôt Vasco Melendez, qui lui était uni par le sang et aussi Suero Velasquez qui était également son proche parent, et don Nuno de Iwéon, aussi parent de Bernardo, voyant qu'il parlait de cette manière et qu'il était irrité contre le roi, prirent congé du roi et lui baisèrent la main. Ils s'en furent à Saldana et se joignirent à Bernardo. Bernardo commença alors à faire grand tort et dommage, il parcourut les terres de Léon et y fit beaucoup de mal. Ces guerres qui eurent lieu entre le roi et Bernardo durèrent longtemps, jusqu'à ce que mourût ce roi Alfonso le Chaste.

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