‹ Petit théatre de salon; proverbesChapitre 47 sur 99 · BAYARD, DE MERCY · texte numérisé non relu

BAYARD, DE MERCY

Allons, mettons-nous à table, Il faut, en convive aimable.

Pendant ce joyeux festin, Faire honneur à son bon vin. Qu'on nous verse du Laffitte, Du Pomard, du Chambertin ; Les heures passent si vite Quand on a le verre en main !

LOCisE. rt part.

Ce capitaine semble aimable, Sa figure est très-agréable.

Mais il est soldat. — C'est certain Qu'il doit aimer beaucoup le vin.

Qu'on lui verse du Laffitte, Du Pomard, du Chambertin ; Les heures lui passent vite Quand il a le verre en main.

Du brave capitaine, ici, voilà la place, C'est la place d'honneur.

DE MERCY

Monsieur, je vous rends grâce.

FILOCHE

Ma fille auprès de lui. Le greflSer se mettra Où bon lui semblera.

REPRISE DE l'ensemble FILOCHE, BAYARD, DE MERCY.

Allons, mettons-nous à table, etc.

LOCISE.

Ce capitaine semble aimable, etc.

DE MERCY. Quel charmant pays que le vôtre. Monsieur...

des coteaux chargés de vigne, des bois, des prairies... J'ai fait ce matin une route délicieuse,

FILOCHE. Oui, le pays est agréable.. . Vous offrirai-je encore de ce pâté ?

DE MERCY. Non^ jc VOUS remercie... Et quelle charmante habitation que la vôtre ! . . Quel calme ! quel silence I . . Que VOUS devez vivre heureux ici, et que j'envie votre sort!...

FILOCHE. C'est plutôt le voire qu'il faut envier, capitaine. C'est si beau de faire marcher à son commandement toute

une compagnie. (Prenant le lou du commandement,) PelotOH, Halle! Front!... A droite alignement. Fixe!... Eh puis, il y a la gloire, on marche à travers la mitraille, on plante le premier le drapeau sur la brèche et l'on rentre dans sa patrie avec un bras ou une jambe de moins, mais couvert de lauriers !.. Voilà des émotions... On se sent vivre!

BAVARD, à part. Quel homme!..,

DE MERCY, à Louise. Monsieur votre père y met un feu...

LOUISE, à deMercy. Il est toujours ainsi.

BAYARD, à Filoche. Je ne suis pas de votre avis, capitaine. Je préfère me passer de lauriers, dont je n'ai que faire, et conserver mes bras et mes jambes, dont je me sers tous les jours.

nLOCHE. Est-ce que vous pouvez avoir une opinion làdessus, vous, un greffier.

DE MERCY. Eh! monsieur, la vie militaire n'est pas toujours aussi plaisante qu'on se Timagine... On s'en lasse quelquefois bien vite.

FiLOCHE. Sans doute, il va des garnisons qui sont monotones ; mais en guerre. . . quelle vie ! . . . En Italie, par exemple... Voilà une campagne !

INDUISE. Que mon père a suivie avec atiention ! Il avait acheté une carte de la Lombardie et des petits drapeaux montés sur des épingles qu'il plaçait ici et là, selon les nouvelles que lui apportait son Mointeur de l'Armée.

FILOCHE. C'est vrai, et j'ose dire, capitaine, que nous avons assisté à de grandes journées... A Magenta, "par exemple, Quelle bataille!

Air.

Au son des tambours, des clairons,

Voyez, dans cette plaine immense,

Défiler tous ces escadrons. . .

Le général en chef s'avance :

« — Soldats il faut vaincre ou mourir ! ->

— C'est le signal ! — Le canon tonne ;

On voit les rangs se dégarnir!...

[Imitant le canon et la fusillade.)

Boum, boum! — Pif, paf... Chaque colonne Vomit la flamme et les éclairs !

Ecoutez ces cris de carnage !

L'obus éclate dans les airs.

Jamais, morbleu, pareil tapage Ne s'est fait au fond des enfers •'

(Imitant le tambour et la trompette.)

Ran plan plan, ran plan — quelle gloire!

Ta, tra, ta ta — sur ce nlateau, Voyez flotter notre drapeau !

Victoire !

{Élevant son verre. )

A l'armée française, qui porte partout dans les plis de son drapeau la civili^ation et le progrès!!!... A l'itivincible 70» de ligne ! A noire immortelle garde nationale;, gardienne incorruptible des destinées de la patrie!

(Tous se lèvent pour boire.)

DE MERCY. iJravo, bravo !

BAYARD. Parblc-u, mon capitaine, il n'y a que vous pour raconter une bataille, vous en parlez comme si vous y aviez pris part... Je croyais tout à Fheure entendre les balles siffler à mes oreilles. . Brrr !... Comme je n'aimerais pas faire la gnerre.

FILOCHE. Parbleu, vous!... un greffier! (Tous se lèvent. A de Mer. } ) Si \ous voulez venir, capitaine, nous prendrons le café au billard. J'ai certain cognac... du 1820! Voulezvous un londrèsl

É)E MERCY. Non, merci. J"ai là ma pipe.

LOUISE, à j an. Quels goûts!... El j'aurais épousé un miliiaire !

FILOCHE, à Bavard, remettant dans sa jioche son porle-ci^ures.

Vous ne fumez pa>j vous?

BATARD. Je vous fcuds gracc.

FILOCHE. Et sans doute vous ne prenez pas de café ?

BAYARD. Excusez-moi, capitaine, je n'en prends jamais... il me fait mal.

F-iLOCHE. Comment savez-vous (lu'il vous fait mal, si vous n'en prenez jamais? Vous ne savez pas non plus jouer au billard; c'est convenu. Vous n'avez que faire de venir avec

nous. Promenez- vous dans le potager. Vous verrez mes melons^ ils sont magnifiques.

BAYARD, à part. C'est toi qui es magnifique.

FiLOCHE, à de Mercy. Capitaine, ofïfez donc le bras à ma fille.

DE MERCY, offrant son bras à Louise. Mademoiselle!

LOUISE. Monsieur! (A Bayard. ) A bientôt ;, monsieur

Bayard. (A part.) Pauvre garçon I

(Ils sorlent.)

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