‹ Petit théatre de salon; proverbesChapitre 48 sur 99 · SCENE XIÏI · texte numérisé non relu

SCENE XIÏI

BAYARD, puis BAPTISTE.

BAYARD, seul, regardant sa montre. Il est onze heures, le

train passe à onze heures trente-sept, je n'ai que le temps de me rendre à la gare... Allons prendre ma valise... J'en ai assez comme cela. Quel voyage! (Remontant la scène.) Eh bien, non, morbleu, je ne partirai pas! Une sera pas dit que ce diable d'homme m'aura fait venir tout exprès de Paris pour me faire admirer ses melons... Au surplus, pourquoi partirais-je? Rien, n'est perdu. Mademoiselle Filoche semble me voir ici avec plaisir, du moins, elle me l'a donné à entendre... Tout à l'heure encore, ce geste^ ce regard! Décidément je reste, et je veux aujourd'hui même amener le capitaine Filoche à m'accorder la main de sa fille. Mais comment?... Au fait, quelle idée!... Oai, c'est cela même!... Ah 1 l'on croit que parce que je suis greffier, je ne suis pas brave. (A Baptiste, qui dessert la table ) Dites-moi donc, mon ami, n'est-ce pas vous qui vous appelez Baptiste?

BAPTISTE. Oui, Monsieur.

BAYARD. C'est vous qui avez porté ma valise dans ma chambre?

BAPTISTE. Oui;, monsieur... Si je puis être utile à monsieur...

BAYARD. Très-Utile, Baptiste.

BAPTISTE. Monsieur a un service à me demander ?

BAYARD. Oui, certes, et pour vous prouver rimporlance que j'y attache, prenez ceci.

(Il lui donne de l'argent.)

BAPTISTE. Monsieur n'avait pas besoin...

BAYARD. Répondez-moi franchement. Monsieur Filoche , votre maître, vous fait-il lever quelquefois la nuit pour faire des rondes dans son parc?

BAPTISTE. S'il nous fait lever! On voit bien que monsieur ne connaît pas monsieur. C'est comme à la caserne, ici. Jamais on ne dort tranquillement, et pas plus tard que cette nuit...

BAYARD, à part. Je sais ce qu'il en est. (Haut.) Alors vous devez avoir, pour faire patrouille, des sabres, des pistolets...

BAPTISTE. Nous avous tout un arsenal dans le corps-degarde. C'est la maison du jardinier qui est le corps-degarde. Ça vous fait rire, mais c'est comme ça.

BAYARD. Très-bien. Voici ce dont il s'agit : Vous allez avoir l'obligeance d'ouvrir ma valise avec cette clef, vous prendrez une paire de pistolets et deux sabres, vous y mettrez ces armes, vous la fermerez, el me l'apporterez ici. Est-ce bien compris ?

BAPTISTE. Deux sabres et deux pistolets I Ohl monsieur! il vous passe de bien mauvaises idées dans la tête...

lia ' L'HABIT

BAYARD. Faites vile, et surtout que personne ne se doute!...

BAPTISTE. Oui, monsieur ! (A part, en s'en allant.) Bien sûr qu'il va se passer ici des choses !. . .

BAYARD. Ah ! je ne suis pas brave ! — C'est ce que nous allons voir.

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