‹ Petit théatre de salon; proverbesChapitre 55 sur 99 · SCÈNE XIX Les Mêmes, FILOCHE · texte numérisé non relu

SCÈNE XIX Les Mêmes, FILOCHE

FILOCHE, arrivant avec deux sabres d'abordage sous le bras. Des excuses !.. .Qui parle ici de faire des excuses I (A Bajard.) Ce

n'est pas vous, je suppose. (Se frouaat les mains.) J'ai renvoyé mes domestiques; la grille est fermée... Personne ne peut nous déranger. . . Vous allez pouvoir tricoter tranquillement avec ces aiguilles-là,

BAVARD, à part en prenant le sabre que lui présente Filoche. Il

appelle cela une aiguille!

FILOCHE, bas à Bayard. Dites-moi, IIK';;. i; 7,.lc un peU.

DE MERCY. Allons, Monsieur, en garde !

FILOCHE, à Bayard. Mais qu'avez-vous donc ? On dirait que vous tremblez...

BATARD, s'asseyant sur un banc. Je ne sais pas ce que j'ai, mais je ne me sens pas bien. .. J'aurai mangé trop de ptâté de foie gras. . . le fait est, qu'il était exquis. . . Où vous fournissez-vous?

FILOCHE, Chez Ctievet.

BAYARD. C'est bien le marchand de comestibles le mieux approvisionné de tout Paris... Dernièrement il avait à sa devanture un brochet long comme cela ; il pesait quarante livres. Cela a éié mis dans les journaux.

DE MERCY. Monsieur, quand il vous plaira, je vous attends.

FILOCHE. Oui, oui, il faut en finir.

BAYARD, à part. Je voudrais bien m'en aller ! (Haut.) Quelles sont les conditions du duel ?

DE MERCY. Mais c'cst à mort, je présume !

BAYARD. A mort !.. Je le suis déjà !

(Il retombe sur le banc. De Mercy se met à rire.)

FILOCHE, à Baptiste qui entre. Que viens-tu faire ici ?

BAPTISTE. C'est une lettre qui vient d'arriver pour monsieur Bayard... Il y avait dessus très-pressée, alors je me suis dit...

FiLOCHE. C'est bien, va-t-en.

BAPTISTE, à part, en s'en allant. Je savais bien qu'il allait se passer des choses ! . . quelle maison ! . . .

BAYARD, ouvrant la lettre. C'est de mou père ! . . Messieurs

^OUS permettez. (Lisant à part.)

a Mon cher ami,

» Romps vite avec les Filoche, ta cousine Marie vien* i d'hériter de cent mille francs de son vieil oncle Mathieu. » Tout le monde est dans la joie. Viens vite, on t'attend. »

(A part.) L'oncle Mathieu qui est mort ! Quelle chance!. . . O ma chère Marie ! (Haut.) Messieurs, une affaire imprévue m'appelle immédiatement à Paris, si vous le voulez bien, nous remettrons la partie à une autre fois.

DE MERCY. C'est impossiblc.

FiLocHE. Vous ne pouvez pas vous en aller maintenant. Attendez donc.

BAYARD, à Filoche. Est-ce que cela vous regarde?. . . De quoi diable vous mêlez-vous? Vous voulez qu'on se batte... (Lui remettant son sabre.) Tenez, amusez-vous avec monsieur.

FILOCHE. Monsieur, vous êtes un insolent.

BAYARD. Monsieur, j'ai l'honneur de vous saluer. . . (A part en s'en allant.) AUons reprendre ma chère guitare.

FILOCHE, à Bayard qui s'en va. VouS êtes un làclie et je VOUS refuse ma fille !

BAYARD, de loin. Gardez -la pour vous. (Filoche veut se préipiter sur lui.)

Page 1