SCENE X LUCIEN, DUREMÈRE, M. ei MADAME DURAND, LOUISE
UURAND, à Duremère. VouS VOilà donc, enfin ! (A madame Duidiid,) Comme il ressemble à son père ! (A Lucien.) Bonjour,
Lucien. (H lui stn-e lii mail).)
MADAME DURAND, à Duiemère. PourqUOl MODsiCUr VOtre
père ne vous a-t-il pas accompagné? Nous compUons sur lui...
DUREMÈRE. Mon père est désolé^ Madame, de n'avoir pu répondre à votre aimable invitation, mais avec une clientèle aussi nombreuse que la nôtre^ il nous est impossible de nous absenter tous les deux en même temps.
MADAME DURAND. Combien je regrette. . .
DL'RAXD. Il se porte toujours bien ?
DUREMÈRE. Il va assez bien^ Dieu merci... Mais vous, Monsieur? (A p-irt.) C'est incroyable! le faciès n>st pas mauvais.
MADAME DURAND. Eu effet, et lou indlgestiou?
DURAND. Il Y a longtemps qu'il n'en est plus question. (Se
frappant l'estomac.) AveC un COffre COmme celui-là ! (Basa Du-
remère.) Oh! Monsieur^ comme cela baisse aujourd'hui !
MADAME DURAND, à Louise qui cause avec Lucien. Louise ! (Présentant Louise à Duremère.) Ma fille, Monsieur. (Elle tousse.)
DUREMÈRE, saluant. Mademoiselle. (Louise lousse, — à part.)
Elle a en effet, comme sa mère, une petite toux sèche -qui
n'annonce rien de bon.
(On s'assied.)
MADAME DURAND, bas à Louise. Parle-lui donc , OU dirait qu'il te fait peur.
Louisï, de même. C'est un peu vrai. (A part.) Quelle figure !
DURAND, il a pris un carnet et fait des comptes. — A part. Vendu cent Mobil... acheté cinquante Espagnol, dont dix. LOUISE, à Duremère. Vous habitez Tours, Monsieur ? DUREMÈRE. Oui, Mademoiselle. C'est une ville agréable.
DURAND, sortant de ses comptes. Mais monotone. . . c'est toujours la même chose. Parlez-moi de Paris, voilà une ville
pour les surprises et les changements à vue. . . On habite la rive gauche, un mois aprè?, on ne sait pas comment cela s'est fait, — mais un beau matin on se réveille sur la rive droite... Oh! mais i^ce n'est rien; nous en verrons bien d'autres dans quarante ans d'ici.
LUCIEN, bas à Duremère. Je VOUS disais bien qu'il ne se voyait pas s'en aller.
DUREMÈRE, de même â Lucien. Le fait est. . .
LOUISE, à Durand. Que Dous apportes-tu donc là, père?
DURAND. C'est un pâté de foie de canards que j'ai acheté
chez mon ami Corselet. (Il met le pâté sous le nez de Duremère. ) Sentez-moi cela, Monsieur... Hein! quel parfum!
DUREMÈRE, avec étonnement. Et VOUS comptez en manger aujourd'hui?
DURAND. Je le crois parbleu bien. (A madame Durand.) A.
propos. Corselet m'a donné la recette de la sauce indienne qu'on nous a servie hier avec le homard.
MADAME DURAND. Elle était cxquiso.
(Elle tousse ainsi que Louise.)
DURAND. Il y entre du kari, du gingembre, de la moutarde et un verre de vinaigre.
LOUISE, toussant. Elle était peut-être un peu épicée.
DUREMÈRE, à madîime Durand. Pardon, Madame... une simple question... Avez-vous un médecin?
MADAME DURAND. Oui et nou... Nous avons un vieux médecin de famille, mais c'est comme si nous n'en avions pas... On ne le voit jamais...
DURAND. Quand on le fait demander, il ne veut seule-
ment passe déranger; il nous fait répondre qu'avec des santés comme les nôtres, il n'y arien à faire.
LUCIEN', bas à Duremère. Yous Comprenez.
DUREMÈRE, de même. Les malheureux 1
MADAME DURAKD;, regardant la pendule. Déjà deux heures! et Alexandrine qui nous attend depuis midi pour essayer nos chapeaux; ils ne seront jamais prêts pour demain... (A Duremère.) Monsieur, vous permettez?
DUREMÈRE. Madame, je vous en prie.
LOUISE. Viens avec nous, tu me donneras ton goût.
MADAME DURAMD. Ton cousin uc pcut pas nous accompagner... il faut qu'il rentre à son ministère.
LuciEis. Je n'y retournerai pas aujourd'hui; je suis tout à vous.
MADAME DURAND, saluant Duremère. Monsieur...
DUREMÈRE. Madame... Mademoiselle!
LUCIEN, Las à Durand. Monsieur va avoir avec vous un entretien sérieux... Du courage, mon oncle, du courage!
DURAND, de même. Que veux-tu dire?
LUCIEN, basa Duremère. Mon oncle désirerait VOUS consulter. Devant ces dames, vous comprenez, il n'a pas voulu...
DDREMÈRE. Très-voloutiers.
LUCIEXj bas à Durund, eu lui serrant la main. Du COUrage... mon oncle... du courage. (Haut, en sorlunl, à la cantonade.) Pardon, ma tante, me voici.