SCÈNE V LISBETH
Clière Beriha ! Quel excellent cœur I... Comme elle est toujours bonne pour moi... Ah! que ne lui dois-je pas pour m'avoir prise avec elle!... Oui, il y aura bientôt trois ans que je vins louer dans l'autre escalier de celte maison, la petite chambre qu'occupe maintenant cet inconnu... je venais de perdre mon pauvre père... j'étais seule au monde!... j'avais beau travailler, impossible de parvenir à payer mon loyer... On me menaçait de me renvoyer... le chagrin s'empara de moi... je tombai malade !... C'est alors qne ma voisine, ma bonne Bertha, apprenant ma triste position, m'offrit de demeurer avec elle; et depuis ce jour, je suis si contente, si heureuse, que je ne désire plus rien. Plus rien!... Oh!... si!...
Je sais bien ce que je désire encore! (Allant vers la porte condamnée). C'est de le voir, lui !... Depuis quinze grands jours qu'il est venu demeurer ici, je ne dors plus, je ne vis plus, je ne pense qu'à lui!,.. Oh! que je voudrais donc le voir!... mais là, rien qu'un petit inslani... On dit qu'il est si pâle, si pâle!... J'ai beau guetter... impossible de savoir quand il rentre ou quand il sort... Il faut qu'il passe parla fenêtre:.. C'est le diable en personnel... Et dire que... là... dans cette commode est la clef de la porte condamnée de mon ancienne
chambre, et que si je voulais!... (On entend dans le lointain la
musique de la fête jouer une valse.) Comment, déjà une heure ! Je n'ai que le temps de tresser mes cheveux... Faisons-nous belle, bien belle !.,. Peut-être sera-l-il à la fête, et puis, quand on est gentille, c'est à qui vous invitera à valser... (Tout en faisant sa toilette.) « — Mademoiselle veut-elle me faire le plaisir » de m'accepter pour cavalier? — Impossible, mon cher, ma- » demoiselle valse avec moi I — Vous voulez dire avec moi, » répond un troisième, mademoiselle en a pris l'engagement B à la fête dernière. —Eh quoi ? serait-il vrai? » On rougit, on baisse les yeux, on semble embarrassée, mais au fond on est enchantée.