CHRONIQUE DU TEMPS DE CHARLES IX
A ma grande surprise, cette voix impérieuse et fière devint tout à coup douce et polie. « Je suis le moyen âge, me dit mon fantôme, et je viens de te guider à travers le règne de Charles IX; j'espère que tu es content de ton voyage?
— Si tu es le moyen âge, lui répondis-je, hi as terriblement oublié ton caractère , ton vieux et naïf langage, tes mouvements brusques et heurtés, tes formes bizarres et gigantesques; tu me donnes plutôt ridée de quelque homme de goût qui, par fantaisie, se serait déguisé en ancien preux, que d'un être véritablement existant. De nos jours, on ^arle beaucoup du moyen âge, mais je ne Tai encore rencontré nulle, part. »
Et, désirant connaître le visage de mon inconnu, je levai respectueusement sa visière. Je le reconnus tout d'abord pour un franc et spirituel narrateur, qui nous avait déjà tous mystifiés une fois sous les habits d'une comédienne espagnole.
« C'est donc vous, Monsieur Mérimée? lui dis-je en reculant de deux pas : vous venez de me faire une terrible peur; heureusement que vous voilà à découvert; je vous reconnais, beau masque, on ne nous trompe pas deux fois. Consolez-vous ; si vous n'êtes pas encore le moyen âge; si, par exemple, vous n'êtes pas plus le moyen âge que M. Victor Hugo n'est TOrient, du moins est-il
CRITIQUE LITTÉKAIRE
vrai de dire que vous savez quelquefois en prendre les formes ; et si, malgré vous, vous retombez souvent dans votre bonne et élégante nature, c'est encore tant mieux pour vos lecteurs. »