‹ Petite critique. Avec une eau-forteChapitre 26 sur 50 · ETUDES HISTORIQUES IO · texte numérisé non relu

ETUDES HISTORIQUES IO

xo'ir Q fataliste. Le fatalisme historique raconte les laits généraux, supprime les détails, substitue l'histoire de l'espèce à celle de l'individu, reste impassible devant le vice et la vertu comme devant les catastrophes les plus tragiques; ce système est plus favorable au talent, au misanthrope, comme l'est d'ordinaire tout historien; il donne de Ténergie à l'esprit, il laisse une grande liberté à l'écrivain, il se couvre d'un masque sous lequel il peut rougir impunément; ces deux systèmes, M. de Chateaubriand les a parfaitement distingués et analysés, indiquant le fort et le faible.

D'une part, l'histoire descriptive, à force d'être simple et nue, peut finir par ressembler à de simples mémoires privés, sans mouvement et sans couleur. La vérité et la philosophie y perdent toutes deux; il est impossible de se contenter de quelques tableaux de mœurs quand il s'agit de l'histoire entière et de l'humanité.

D'autre part, l'école fataliste flétrit l'individu en lui donnant la place d'un chitfre, en le dépouillande toute consistance, de toute valeur morale. Sout mis à ce système, les hommes n'ont plus de noms à eux, plus de vertus à eux, ils agissent poussés par une idée dominante qu'ils ne comprennent pas, ils sont guidés par des révolutions qui triomphent avec leur secours, et qui ne leur font pas

Petite Critique. lo

IIO CRITIQUE HISTORIQUE

même Thonneur de les consulter; ils agissent comme ces comparses de tragédie, qui n^entendent rien à Paction du drame qu'ils jouent^ et qui pleurent, rient ou se battent ^un signe convenu. Entre ces deux systèmes il est difficile de choisir, aussi M, de Chateaubriand ne choisit pas; M. de Chateaubriand n'est pas l'homme d'un système unique; au contraire, il les accepte tous: heureux l'historien qui saurait unir la gravité de l'histoire à l'intérêt du roman, qui pourrait être à la fois Thucydide et Plutarque, Tacite et Suétone, Bossuet et Froissart, et fonder son livre sur les principes généraux de l'école moderne. Le mieux est, quand on écrit l'histoire, de se livrer à son génie, si on a du génie; or, pour écrire l'histoire, aujourd'hui que nous n'avons plus de chroniques, il me semble indispensable d'en avoir!

Je parlerai très peu du système historique de l'Allemagne, bien que M. de Chateaubriand en ait parlé. C'est de la philosophie à propos d'histoire. Certainement c'est la plus belle application que la philosophie puisse faire de ses travaux sur le cœur humain. Ces divers systèmes, à l'homme qui a loisir et intelligence, sont plus amusants et plus récréatifs que les meilleurs romans de Walter Scott. Chaque philosophe, de temps à autre, dans cette Allemagne composée de tant de capitales,

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