‹ Petite critique. Avec une eau-forteChapitre 34 sur 50 · TROISIEME JOURNEE · texte numérisé non relu

TROISIEME JOURNEE

Il nous semble que nous n'avons pas besoin d'avertir le lecteur que tout ceci n'est que le squelette informe et décoloré du plus bel ouvrage de M. de Chateaubriand. Ce que nous racontons, nous ne le racontons que par ouï-dire ; toute cette grande histoire d'un grand homme, qui est venue à d'autres toute vivante, toute colorée, n'est venue à nous que par reflet dans un récit secondaire, et par conséquent fort tronquée et fort inexacte. Toujours est-il cependant que l'intérêt qui s'attache aux Mémoires de M. de Chateaubriand est si vif, qu'on nous saura gré, en tout état de cause, d'en avoir reproduit si fort à l'avance quelques détails pleins de charme et de naïveté, tout dépouillés qu'ils sont de leur enveloppe primitive, et, pour ainsi dire, de leur robe virginale. Reprenons donc notre héros où nous l'avons laissé.

Nous l'avons laissé dans une voiture de voyage, tête à tête avec une belle dame, allant à Paris pour la première fois, innocent et timide jeune homme

qui ne se doutait guère des mœurs qu'il allait voir; si timide^ en effet, que, dans toute cette longue route, sa compagne de voyage, qui croyait voyager avec un militaire, ne trouva pas même ■un écolier. Aussi à peine fut-elle arrivée qu'elle fit au jeune sous-lieutenant une très froide et très moqueuse révérence, qui avait Tair de dire : Laisse les dames et étudie les mathématiques!

Mais quel est le beau et timide et honnête jeune homme qui, au moins une fois dans sa vie, n'a pas été salué ainsi !

Paris, sur les jeunes gens qui y entrent pour la première fois, produit ordinairement deux effets tout contraires. Le jeune officier, timide et rêveur qu'il était, avait été obligé, lui aussi, en .entrant dans la grande ville, de dire adieu à ses plus beaux rêves. Adieu ma poésie! Songez donc qu'il était logé rue du Mail, à V Hôtel de l'Europe, dans une petite chambre, au troisième étage, tout seul au milieu de ce bruit, tout seul dans cette foule! Heureusement, au moment de son plus grand isolement, il vit entrer son frère aîné qu'" l'embrassa tendrement, et qui le présenta sur-lechamp à sa famille et à ses amis, à M. de Malesherbes et aux gens de lettres, à Paris et à Versailles, à la ville et à la cour. M. de Malesherbes est le premier qui ait accueilli, qui

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ait compris le jeune François de Chateaubriand. Depuis ce temps, M. de Chateaubriand a voué à M. de Malesherbes une reconnaissance égale au respect qu'il avait pour ses vertus.

(c L'alliance qui unissait sa famille à la mienne me procurait souvent le bonheur d'approcher de lui. Il me semblait que je devenais plus fort et plus libre en présence de cet homme vertueux, qui, au milieu de la corruption des cours, avait su conserver, dans un rang élevé, l'intégrité du cœur et le courage du patriote. Je me rappellerai longtemps la dernière entrevue que j'eus avec lui! c'était un matin, je le trouvai par hasard seul chez sa petite-fille. Il se mit à me parler de Rousseau avec une émotion que je ne partageais que trop. Je n'oublierai jamais le vénérable vieillard voulant bien condescendre à me donner des conseils,' me disant : « J'ai tort de vous entretenir de ces « choses-là; je devrais plutôt vous engager à mocc dérer cette chaleur d'âme qui a fait tant de mal à « notre qjni. J'ai été comme vous, l'injustice me ré- <c voltait; j'ai fait autant de bien que j'ai pu, sans « compter sur la reconnaissance des hommes. Vous ce êtes jeune, vous v^^ez bien des choses; moi, j'ai « peu de temps à viWe. y> Je supprime ce que l'épanchement d'une conversation intime et l'indulgence de son caractère lui faisaient ajouter; le dé-

chirement de cœur que j'éprouvai en le quittant me sembla dès lors un pressentiment que je ne le reverrais jamais.

« M. de Malesherbes aurait été grand si sa santé épuisée ne Pavait empêché de le paraître. Ce qu'il y avait de très étonnant en lui, c'était Ténergie avec laquelle il s'exprimait dans une vieillesse avancée. Si vous l'aviez vu ainsi parler, avec des yeux un peu enfoncés, ses sourcils grisonnants et son air de bonté, vous l'eussiez pris pour un de ces augustes personnages peints de la main de Lesueur. Mais venait-on à toucher les cordes sensibles, il se levait comme l'éclair; ses yeux à l'instant s'ouvraient et s'agrandissaient. Aux paroles chaudes qui sortaient de sa bouche, et à son air pensif et animé, il vous aurait semblé voir un jeune homme dans toute l'effervescence de Tàge ; mais à sa tête chauve, à ses mots un peu confus, faute de dents pour les prononcer, vous reconnaissiez le septuagénaire. Ce contraste redoublait le charme que l'on trouvait dans sa conversation, comme on aime les feux qui brûlent au milieu des neiges de l'hiver.

« M. de Malesherbes a rempli l'Europe du bruit de son nom; mais le défenseur de Louis XVI n'a pas été moins admirable aux autres époques de sa vie que dans les derniers temps qui l'ont si glo-

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rieusement couronnée. Patron des gens de lettres, le monde lui doit VEmile, et l'on sait que c'est le seul homme de cœur, le maréchal de Luxembourg excepté, que Jean-Jacques ait sincèrement aimé. Plus d'une fois il brisa les portes des bastilles ; lui seul refusa de plier son caractère aux vices des grands, et sortit pur des places où tant d'autres avaient laissé leur vertu. Quelques-uns lui ont reproché de donner dans ce qu'on appelle les principes du jour. Si par principes du jour on entend haine des abus, M. de Malesherbes fut certainement coupable. Quant à moi, j'avouerai que s'il n'eût été qu'un bon et franc gentilhomme, prêt à se sacrifier pour le roi, son maître, et à en appeler à son épée plutôt qu'à sa religion, je l'eusse sincèrement estimé; mais j'aurais laissé à d'autres le soin de faire son éloge. «

Des graves salons de M. de Malesherbes, le jeune homme courut bien vite aux endroits moins réservés où se tenaient les gens de lettres de ce temps-là. Chose étrange! autant il avait été à l'aise tout d'abord avec le saint vieillard, autant il fut tilîiide et tremblant devant quelques renommées littéraires que plus tard il appréciait à leur juste et misérable valeur. Ce n'est pas sans sourire quelque peu qu'on retrouve dans VEssai sur les révolutions les traces vives encore du premier en-

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thousiasme de Tauteur, enthousiasme qui s'est singulièrement modifié depuis, sinon tout à fait effacé. Que de grands iiommes il a vus en ce tempslà ! M. de Fontanes, le duc de Nivernois, le che- I valier Bertin, M. Le Brun, le chevalier de Parny, alors poète royaliste et chrétien qui n'avait pas encore vomi la Guerre des dieux à Tautel des furies; Chamfort, qu'il compare aux Sages de la Grèce, Chamfort, dont lœil bleu lançait l'éclair ; Flins surtout, M. Flins je ne sais qui, je ne sais quoi, un grand poète de l'heure présente, qu'il appelle le célèbre Flins. Rien n'est charmant comme cette peinture littéraire dans ses Mémoires. « Épiménide, s'écrie-t-il, a payé son tribut à M. Flins en li^i fournissant le sujet de sa comédie. » M. de Chateaubriand a fait là un excellent commentaire à. cette excellente note à propos de son admiration pour ce même M. Flins. « Ne croirait-on pas, dit-il, lire une de ces apostrophes grotesques que Diderot introduisait dans l'histoire des deux Indes sous le nom de l'abbé Raynal? — O rivage d'Aajinga, tu n'es rien, mais tu as donné naissance à Élisa ! »

De la ville, il passe à la cour. Il fallait absolument présenter ce jeune gentilhomme à la cour. Or, pour être présenté, il fallait être militaire, et, tout au moins, capitaine. Son frèrc,'qui n'était

pas militaire, n^avait pas pu monter dans les carrosses du roi ; il fallait au moins qu'un homme de son nom y montât; ainsi le voulait Thonneur de la famille. Cependant François de Chateaubriand n'était que sous-lieutenant d'infanterie dans le régiment de Navarre; on le fit capitaine de cavalerie, et, sous ce titre, il vit le roi Louis XVI face à face. Il eut les honneurs de la cour.

ce Louis XVI était de taille avantageuse ; il avait les épaules larges, le ventre prédominant ; il marchait en roulant d'une jambe sur l'autre. Sa vue' était courte, ses yeux à demi fermés, sa bouche grande, sa voix creuse et vulgaire. II riait volontiers aux éclats; son air annonçait la gaieté, non peut-être cette gaieté qui vient d'un esprit supérieur, mais cette joie cordiale de l'honnête homme qui naît d'une conscience sans reproche. Il n'était pas sans connaissances, surtout en géographie ; au reste, il r.vait ses faiblesses comme les autres hommes. II aimait, par exemple, à jouer des tours à ses pages, à guetter, à cinq heures du matin, au travers des fenêtres du palais, les seigneurs de sa cour qui sortaient des appartements. Si, à lâchasse, vous passiez entre le cerf et lui, il était sujet à des emportements, comme je l'ai éprouvé moi-même. Un jour qu'il faisait une chaleur étouffante, un vieux

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gentilhomme de ses écuries, qui Tavait suivi à la chasse, se trouvant fatigué, descendit de cheval, et, s'étendant sur le dos, s'endormit à Tomhre. Louis vint à passer par là, il aperçut le bonhomme, trouva plaisant de le réveiller. Il descend donc lui-même de cheval, et, sans avoir l'intention de blesser cet ancien serviteur, lui laisse tomber une pierre assez lourde sur la poitrine. Celui-ci se réveille, et, dans le premier moment de la douleur et de la colère, il s'écrie : « Ah ! je vous reconnais « bien là ; voilà comment vous étiez dans votre en- « fance; vous êtes un tyran, un homme cruel, une « bête féroce! » Et il se met à accabler le roi d'injures. Sa Majesté regagna vite son chemin, moitié riant, moitié fâché d'avoir fait mal à cet homme qu'il aimait beaucoup, et disant, en s"en allant : a Oh ! il se fâche, il se fâche, il se fâche ! »

Sans doute vous êtes curieux de savoir comment le jeune sous-lieutenant d'infanterie, capitaine de cavalerie, apprit à ses dépens que le roi s'emportait quand on passait entre le cerf et lui. L'histoire est charmante racontée dans les Mémoires ; elle est si amusante et si bien racontée que vous la lirez même ici avec plaisir. Donc, après avoir été présenté à la cour, le jeune François de Chateaubriand reçut quelque temps après une invitation du premier gentilhomme pour se rendre à la chasse du roi.

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Vous jugez si la cour parut belle à ce jeune homme. Rien n'est admirable comme cette cour de Versailles qui se dresse au son du cor. Le soleil prend un air de fête, les chevaux hennissent, les pages caracolent, les dames, les chevaliers, les grands seigneurs, le roi, les gardes, que sais-je ! On monte en voiture, dans les voitures de la cour, et Ton part pour la forêt de Saint -Germain. L'usage était que chacun de la chasse du roi montât les chevaux du roi. On donna à notre capitaine de cavalerie une jument appelée l'Heureuse, qui n'avait ni bouche ni éperon. Aussitôt la chasse commence, la meute aboie et le cor retentit. La jument l'Heureuse^ hors d'elle-même, ne se contient plus ; elle se précipite, rapide comme l'éclair; elle renverse tout sur son passage, hommes et femmes ; elle va, elle va, elle va ! On avait bien averti le jeune homme de ne jamais se trouver entre le roi et la bête, ou gare aux boutades du roi! A un certain carrefour il entend un coup de feu, la jument s'arrête, le cavalier descend de cheval, il ôteson chapeau, et à vingt pas de là il aperçoit le roi, un fusil à la main, qui venait d'abattre le cerf. « Il n'est pas allé bien loin «, dit le roi en montrant le cerf étendu. En même temps toute la cour arrivait, et vous jugerez de l'étonnementet de l'admiration générale quand on vit le nouveau

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venu tête à tête avec le roi, et qui avait Tair de faire la conversation avec Sa Majesté !

Le roi parti, et Chateaubriand resté seul avec d'autres chasseurs, on voulut plaisanter le capi- , taine de cavalerie, qui s^était laissé emporter par son cheval. Un chêne était là renversé, tout touffu, tout branchu ; Chateaubriand propose de le sauter à cheval, le tronc et les branches ; mais son défi ne fut pas accepté, et il revint avec les honneurs de la Journée. Voilà toute l'histoire du jeune courtisan. Il se trouva tout d'abord peu d'aptitude à ce métier. « Mon caractère était si antipathique avec la cour, j'avais un tel mépris pour certaines gens à qui je le cachais si peu, je me souciais si peu encore de ce qu'on appelait ^(^rre/zzr^ que j'étais comme les confidents dans les tragédies, qui entrent, sortent, regardent et se taisent. »

D'ailleurs cet ardent jeune homme avait trop d'intelligence et trop d'avenir dans les idées pour étudier la cour quand la ville était un si inquiétant sujet d'éludés, pour regarder le passé quand il avait l'avenir sous les yeux. Que lui importe Versailles, quand Paris est là? Que lui importe le vieux palais, quand on prend la Bastille? Il aura toujours assez le temps de pleurer sur Louis XVI, ce malheureux roi qui ne doit guère aller plus loin que son cerf, blessé à mort. Laissez-lui donc

regarder ceux qui viennent, Mirabeau, par exemple. Car il a vu Mirabeau, car il a entendu à la tribune ce redoutable bégayement qui devenait peu à peu cette grande éloquence que vous savez. Il a vu Mirabeau à la taverne, où il parlait de ses amours avec un si mélancolique sourire. Ce doit être une belle chose^ le Mirabeau de M. de Chateaubriand, vu par lui et peint par lui ! Vous sentez si Mirabeau aimait à se communiquer à cette âme si vive, servie par un regard si brûlant! Ils dînaient souvent ensemble, et un jour, au sortir du dîner, Mirabeau, qui parlait de ses collègues, appuyant ses deux grosses mains sur les épaules du jeune homme, lui dit : « Ils ne me pardonneront jamais ma supériorité. «

Il a donc vu commencer cette révolution qui devait faire le tour du globe; il a vu 89 qui devait être g3 ; il a vu Versailles croulant et la Bastille croulante; il a vu les orateurs commencer et les rois finir; il a vu le XVI 11*^ siècle, ce beau siècle encore tout ému sous le regard de Voltaire, de J.-J. Rousseau et de Diderot, passer de l'éloquence écrite à Féloquence parlée, de la tragédie au pamphlet, du livre au journal. Il a vu comment tombe une société caduque, et comment elle se couche au cercueil toute morte et toute fardée, comme une vieille et spirituelle courtisane perdue

d'esprit, d'orgueil, de bienveillance et d'amour. Il a entendu le peuple venir, et la grande voix de ce peuple qui ne sait pas parler en français, qui ne parle aucune langue, et qui ne sait qu'un mot dans toutes les langues : Liberté ! Il a vu que le velours du trône était tout usé, et que sous ce velours usé se trouvait une planche rude et sanglante, la planche de l'échafaud. Il a vu venir un jour de Versailles à Paris, dans une voiture traînée, pressée, poussée, couverte de boue par la multitude, quelque chose qui ressemblait à un homme, à une femme, à un enfant! C'étaient ceux qu'on appelait le roi, la reine et le dauphin. Il a vu, chose horrible! les premières têtes coupées, sanglant trophée au bout d'une pique, vacillante manifestation des fureurs populaires. Il a vu tout cela, lui qui était venu pour voir de près cette France poétique et royale , cette France de Louis XIV et de Bossuet, cette France de Pascal et de Condé ; la patrie des belles femmes et des nobles chevaliers; la riante et magique patrie du beau langage ; malheureuse terre qui allait appartenir à Danton et à Marat.

Aussi vous jugez s'il eut peur ! vous jugez s'il recula épouvanté ! vous jugez si cela lui parut horrible, un jour qu'il était à une des fenêtres de son hôtel, de voir passer sous son regard le regard

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d'une tête coupée, de sentir ce froid et pâle visage contre son pâle visage ! A cette vue, Chateaubriand, oubliant toute prudence, se met à crier : Au meurtre ! L^éloquence lui vint, à ce Jeune homme, du haut de cette fenêtre d'hôtellerie, pour défendre la royauté de Louis XVI, comme elle lui est venue après tant de révolutions à là tribune de la Chambre des pairs pour dire un dernier adieu à la royauté de Charles X, élégie touchante et noble par laquelle le pair de France nous a fait ses adieux! Ce jour-là, peu s'en fallut que le peuple, irrité de ce cri d'humanité, ne portât au bout d'une pique la tête du jeune François de Chateaubriand. Il se pressa avec force contre la porte de rhôtel, et il se mettait en mesure de Ten foncer, quand une foule vint qui chassa cette foule ; car en ce temps-là la foule succédait à la foule, la fureur à la fureur, les têtes coupées aux têtes coupées; il n'y avait d'immobile que Téchafaud, il n'y avait de stable que le bourreau.

Hors de lui, il allait s'épouvanter auprès de M. de Malesherbes, le noble et courageux gentilhomme qui garda son sang-froid jusqu'aux portes du Temple, celui-là même qu'on a tué comme le plus vertueux et le plus brave dans cette France, afin de ne plus laisser d'espoir à personne. M. de Malesherbes, qui savait ce que c'était qu'une révolu-

tion mieux que personne au monde, eut pitié sans doute de ce tout jeune homme qui allait être égorgé comme d'autres malheureux, par hasard. Il le poussa donc hors de France sous un noble prétexte. M. de Malesherbcs aimait beaucoup la géographie, il y avait toujours sur la table de son cabinet quelque carte déployée. « Si j'étais à votre place, disait Malesherbes, et il disait cela sans soupirer, si j'étais à votre place, j'irais en Amérique, j'y tenterais quelque grande entreprise, je voyagerais dix ans. » Dix ans! Le noble vieillard ne disait pas assez.

A ce conseil, voilà François de Chateaubriand qui s'anime.

Il avait une grande idée qui le poussait là-bas, et il ne comprenait pas qu'un péril pût le retenir ici. Il partit. Il quitta M. de Malesherbes, et il s'embarqua à Saint-Malo où sa mère vint lui dire adieu. Le jour de ce départ a une date certaine dans l'histoire, Mirabeau était mort depuis deux jours. Adieu donc la patrie ! comme dit lord Byron.

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