PRÉFACE V
Janin, fatigué de l'entendre gémir et de le voir osciller d'une façon inquiétante, avait fini par le débarrasser de ses pieds et en faire un sopha turc, au moyen de deux coussins de laine. Sur la cheminée, pas de pendule, mais des livres et des brochures accumulés ; à terre, des livres encore, errants, éventrés, piétines et déshonorés.
C'était dans cette espèce de bouge que Janin, coiffé d'un bonnet de coton, recevait, le matin, sans quitter son lit en désordre, les libraires et les gens de lettres qui avaient affaire à lui. C'est là que Viennet était venu, à la suite de la publication de deux articles impitoyables sur sa Philippide et sa Muléide ', pour en demander raison à l'auteur de cette sanglante satire. Il s'avança majestueusement vers le grabat où Janin était pelotonné sous ses couvertures; puis, le regardant d'un air menaçant, il lui enleva son bonnet de coton et releva brusquement le drap qui le couvrait, en s' écriant ; « Voilà J. J. ! » Après quoi il sortit lentement comme un héros de théâtre.
C'est là encore que Charles 'Nodier, bibliothécaire de l'Arsenal, venait passer deux heures pour écouter la lecture de l'étrange parodie du Dernier jour d'un CONDAMNÉ, de Victor Hugo, intitulée : Histoire
ÉDIFIANTE d'un HOMME DEVORE PAR UN SERPENT, Cette
spirituelle et amusante facétie, qu'il finit par em- I. Nous reproduisons ces deux articles dans ce volume.