VI PRÉFACE
porter de vive force, comme Pathelin emporta sa pièce de drap. Cette modeste chambre d'un simple rédacteur du Figaro fut pendant deux ans, tous les matins, le rendez-vous des premiers éditeurs de Paris : Ladvocat, Dentu, Baudoin, Urbain Cavel, etc., qui venaient offrir leurs nouveautés à Jules Janin, en lui demandant des articles de journaux.
Dès ce moment, Janin, à l'âge de 23 ans, était regardé comme le maître de la critique ; ce n'est que plus tard que la voix publique lui donna le nom de Prince des critiques. On aurait pu dès lors reconnaître la justesse de l'opinion de Sainte-Beuve à son égard : « M. Janin s'est fait un genre et une manière à part, et il a créé un feuilleton qui porte son cachet. Il s'est fait un style qui, dans ses bons jours et quand le soleil rit, est vif, gracieux, enlevé, fait de riett, comme ces étoffes de gai^e, transparentes et légères, que les anciens appelaient de l'air tissé; ou encore ce style prompt, piquant, pétillant, servi à la minute, fait l'effet d'un sorbet mousseux et frais, qu'on prendrait
en été sous la treille Et ne croye:^ pas que le bon
sens manque à travers ces airs habituels de courir les champs et de battre les buissons. Bien que la critique que M. Janin affectionne soit surtout celle de fantaisie et de broderies, elle lui a servi plus d'une fois à recouvrir l'autre, la vraie critique digne de ce nom. »
Ce jugement îjnpartial et modéré est celui que confirmera l'avenir, lorsque le véritable mérite de Jules Janin sera mieux apprécié.