EPITRE AUX MULES DE DON MIGUEL
N a entendu dernièrement, dans une Loge maçonnique, une pièce de vers d'un honorable député, intitulée -.Epltre aux Mules de don Miguel . C'estunerichecollection dUnjures rimées platement, et Ton a bien vu que Fauteur était plutôt appelé à faire des lois libérales que des vers poétiques. Ce poète constitutionnel est le même, dit-on, qui s'est fait connaître par un gros poème bouffon, le meilleur, ainsi que nous Pavons trouvé, qui ait paru en Tan de grâce 1828. Il paraît qu'il se propose de suivre le cours de ses bouffonneries dans Tannée 1829, et
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il ne pouvait mieux débuter que par cette Epltre aux Mules de don Miguel^ dont le style est parfaitement conforme à un tel sujet, On ne saurait mieux parler à des mules. On nous a cité les vers qui ont excité le plus vivement l'enthousiasme de la Loge. Le président a été obligé de faire plusieurs fois usage de son maillet pour mettre fin aux trépignements des frères, parmi lesquels on a cru voir un noble pair à côté d'un abonné du Constitutionnel. Comment retenir son enthousiasme en entendant des vers comme ceux qu'on nous a rapportés ;
Que la Quotidienne, arsenal des jésuites, Armant ses légions de sots et d'hypocrites...
C'est, comme on voit, de la poésie telle que le Constitutionnel pourrait s'en faire honneur.
Je me ris de leur clique, et veux, en dépit d'eux, Transmettre votre gloire à tos derniers neveux.
n a bien de la bonté, le poète ! Nos derniers neveux, et même nos premiers neveux, ne sauront rien de ce qu'il dit aux mules.
C'est trop peu cependant d'un fémur fracassé, D'un char mis en cannelle et d'un tyran versé.
Ici, l'enthousiasme a été au comble, on a demandé bis.
Un char mis en cannelle!...
Notez que la Loge était ce jour-là peuplée de tout ce qu'il y a de plus éclairé dans renseignement mutuel et de plus académique dans les ateliers.
' Mais ce qui a failli faire crouler le temple par le bruit des applaudissements répétés, ce sont les vers qu'on va lire:
Aux bannis lusitains il refuse un asile : Triomphez...
C'est toujours aux mules que parle le poète constitutionnel :
Triomphez; Wellington leur rendra son appui, Les caves d'Oporto vous répondent de lui, Et don Miguel, proscrit par sa diplomatie, N'aura que son barbier, sa mère et Laurentie.
Il y a eu, à ce dernier vers, trépignement redoublé, cris de joie, transports, tout ce qui constitue un succès complet ; tous les frères se sont embrassés : c'était un délire. Il est sûr que le vers est beau et digne de Tenthousiasme des maçons.
Après cela est venue une bonne tirade contre les romantiques, ce qui est fâcheux pour les classiques, qui voudraient bien n'avoir pas dans leur école un poète constitutionnel de cette force.
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Enfin, tout s'est terminé par une apostrophe . aux mules. Le poète du côté gauche a dit qu'il n'avait plus besoin de Pégase.
Mules, sur votre dos permettez que je grimpe.
Voilà désormais Tattelage poétique de Tauteur; c'est une assez jolie image de voir un poète constitutionnel, en habit brodé et en épée, grimpé sur les mules de don Miguel. Cela ferait un beau spectacle de village, pour un jour de foire. Il est fâcheux qu'on ne Tait vu que dans une Loge où il n'y avait que cent cinquante maçons, parmi lesquels un pair de France, un conseiller d'Etat^ et un membre de l'Institut.