HARMONIE DISSONANTE NATURELLE
Résolution des dissonances.
Nous avons établi (p. 102) une distinction entre les accords dissonants naturels et les accords dissonants art?/iciels. La raison de cette distinction consiste en ce que les rapports des accords entre eux, dans l'harmonie pratique, sont subordonnés, pour les premiers à une loi, pour les seconds à deux lois imprescriptibles, dont une leur est commune avec les premiers. C'est le mécanisme de ces lois qu'il nous faut maintenant étudier.
La loi qui préside à l'enchaînement des accords, dans l'harmonie dissonante naturelle, consiste dans le mouvement obligatoire de certaines parties.
C'est ce mouvement obligatoire qu'on nomme la résolution. La règle de la résolution des accords dissonants, de quelque nature qu'ils soient, peut se formuler ainsi :
Toute note dissonante doit se résoudre en descendant d'un degré {ton ou demi-ton, selon le mode).
Appliquons ce principe à chacun des accords que nous avons successivement étudiés dans la première partie.
Accord de septième de dominante. — La dissonance dans cet accord étant produite par l'adjonction d'une septième mineure à Vaccord parfait majeur^ c'est donc cette septième qui doit descendre d'un degré.
La tierce, note sensible du ton, doit, comme dans l'harmonie consonante, monter à la tonique.
La quinte n'a pas de mouvement obligatoire ; elle peut descendre ou monter sans inconvénients. La loi de la résolution descendante de la septième et de la résolution ascendante de la note sensible s'applique invariablement à tous les renversements de Vaccord de septième de dominante. — Exemple :
Accord de quinte diminuée. — C'est ici que nous plaçons avec intention les résolutions de l'accord de quinte diminuée. Dans le mode majeur, cet accord peut être considéré comme l'accord de sixte et quinte diminuée (premier renversement de l'accord de septième de dominante) privé de la note fondamentale sol. L'accord de quinte diminuée, fidèle à son origine, suit en tous points les règles de résolution de l'accord de septième de dominante, la note sensible monte d'un demi-ton, la sous-dominante descend d'un degré, ton ou demi-ton, selon le mode, la tierce peut descendre ou monter à volonté.
Accords de quinte diminuée.
Premier renversement.
Deuxième renversement.
Dans le mode mineur, l'accord de quinte diminuée a une tout autre résolution. Il a son allure propre et ne relève plus de 'accord de septième de dominante. On l'emploie le plus souvent à son premier renversement, et il se résout sur l'accord de quarte et sixte de Y accord parfait mineur.
ENCHAINEMENT DES ACCORDS. 121
Accord de neuvième de dominante. — Cet accord étant composé des mêmes éléments que Taccord de septième de dominante, auquel on ajoute une nouvelle dissonance, la neuvième, a naturellement la même résolution que celui-ci. De plus, la nouvelle dissonance, produite par l'adjonction de la neuvième, subit la loi invariable des dissonances et se résout en descendant d'un degré, ton ou demi-ton, selon le mode. — Exemple :
Mode majeur.
Mode mineur.
Accord de septième de sensible, mode majeur, et de septième diminuée (septième de sensible, mode mineur). —
Ainsi que nous l'avons indiqué (p. lO/i), l'accord de septième de sensible, qui, dans le mode mineur, prend le nom d'accord de septième diminuée, peut être considéré comme un dérivé de l'accord de neuvième de dominante privé de sa fondamentale. Même constitution harmonique, même résolution. — Exemple :
Mode majeur.
Mode mineur.
Les renversements sont, bien entendu, soumis aux lois qui régissent Faccord à l'état fondamental.
Particularités de l'accord de septième diminuée. — En dehors de sa résolution normale, l'accord de septième diminuée, très usité dans la musique moderne, est susceptible d'une foule d'autres résolutions, qui tiennent à sa constitution propre.
La substitution enharmonique peut, en effet, donner à cet accord une physionomie nouvelle et provoquer, par conséquent, de nouvelles résolutions.
Si, prenant pour exemple l'accord précédent,
tt^^^
nous envisageons, au moyen du rapport enharmonique de ces deux notes, le fa comme un mi dièse, nous obtenons l'accord suivant :
premier renversement de
=FS
lequel fait sa résolution normale sur l'accord
En vertu du principe qui soumet la résolution des dissonances dans les renversements aux mêmes lois que dans l'accord à l'état fondamental, nous obtenons donc la résolution suivante :
La même substitution pouvant être pratiquée pour chaque note successivement, il est aisé de se rendre compte de quelles
ENCnAINEMENT DES ACCORDS.
ressources, de quelles nuances, de quelle infinie variété dote la langue musicale cette faculté enharmonique, qui fait de l'accord de septième diminuée l'agent fécond de modifications imprévues et pleines de charme. Il appartient au goût du compositeur d'en user avec discernement.
Prenons, au hasard, trois accords de septième diminuée; ils deviendront, par le procédé enharmonique, les générateurs d'une foule d'autres accords de septième diminuée.
En renversant ces trois accords A, B, C, nous avons de nouveaux et de véritables accords de septième diminuée, qui toujours, grâce à Venharmonie, peuvent se présenter sous différents aspects :
lîRenversemeiU. •• 2° Henverscment.. •• S^.Kenverseirieni.
Tous ces accords proviennent de l'accord de septième diminuée A.
• - l^Renrerscment', •• 2? Ken»crsenieirt.
3? rtenversciiient
^^ts^
Tous ces accords proviennent de l'accord de septième diminuée B.
ir RciMersenient. ;; 2? Renrersement. • :: 3? Renversement :
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U;Uo lj^!!Qj-^Fg^glU!i^oUi.^^i
Tous ces accords proviennent de l'accord de septième diminuée C. Ils ont des résolutions différentes et conformes à la tonalité nouvelle introduite par la substitution enharmonique.
Accords de septième et de neuvième de dominante, de septième de sensible et de septième diminuée sur tonique. — La note de tonique, prise pour basse fondamentale^ ne modifiant en aucune façon les conditions de résolution des accords dont elle supporte l'échafaudage harmonique, il suffit de se rappeler les lois qui président à ces résolutions.