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L'ÉCOLE ALLEMANDE

Beethoven. — Weàej: — Spohr. — Schubert.— Mendelsshon. — Schumann .

Pendant la première moitié de ce siècle, l'école allemande a brillé d'un incomparable éclat. Un grand nombre de compositeurs se sont produits de génie différent et de réputation inégale ; mais deux noms rayonnent au-dessus de tous : Beethoven et Weber.

Louis VAN Beethoven (1770-1827) a mérité d'être appelé le dieu de la symphonie. C'est lui, en effet, qui, élargissant le cadre imaginé par Haydn, donna à la symphonie une ampleur, une majesté, une plénitude d'expression incomparables, la rendant ainsi capable de traduire les divers sentiments et les émotions del'âme, d'interpréter de véritables drames et de peindre de vrais tableaux, de vraies scènes de la viehéroïque et de la vie pastorale. Beethoven s'essaya aussi au théâtre : on connaît son Fidelio, où se trouvent de grandes beautés et des pages subhmes. Mais il ne renouvela pas cette tentative ; son génie impérieux et despotique ne pouvait se plier aux exigences de la voix humaine, dont la force et l'étendue sont nécessairement hmitées, et il la traitait comme un instrument, méritant ainsi le surnom de « tyran de la voix » , qui lui fut donné par M"^ Sontag, une de ses plus brillantes interprètes.

L'orchestre, voilà le domaine où Beethoven règne en maître où sa nature se développe dans toute sa fougue, son originalité et sa puissance. Grand admirateur de Mozart, il subit d'abord l'influence de ce maître ; mais bientôt, brusquement, il trouva sa note propre, particulière, et dégagea sa personnalité de toute for mule préconçue et de toute imitation. Ce fut alors qu'il écrivit la symphonie en ut mineur, la symphonie héroïque et la symphonie pastorale, trois chefs-d'œuvre d'une perfection achevée et d'une élévation que rien n'a jamais égalée dans la musique instrumentale.

Malheureusement l'illustre compositeur, frappé de surdité, s'éloigna de plus en plus du commerce des hommes. En proie à une sombre mélancolie, il ferma son âme au monde extérieur.

maudissant la fatalité, vivant dans une concentration profonde, replié sur lui-même. Aussi les œuvres de la troisième période de sa vie reflètent-elles cette misanthropie, cette amertume, ces tristes préoccupations, qui empoisonnèrent ses dernières années. Beethoven a élevé la musique instrumentale à sa plus haute puissance par ses symphonies, ses trios et ses quatuors. Remarquable virtuose, il a laissé aussi, pour le piano, des sonates admirables.

« Ce qui distingue les compositions de ce grand homme, dit Fétis, c'est la spontanéité des épisodes par lesquels il suspend, dans ses beaux ouvrages, l'intérêt qu'il a fait naître, pour lui en substituer un autre aussi vif qu'inattendu. Cet art lui est particulier et c'est à lui qu'il est redevable de ses plus beaux succès. Etrangers, en apparence, à la pensée première, ces épisodes occupent d'abord l'attention par leur originalité ; puis, quand l'effet de la surprise commence à s'affaiblir, le compositeur sait les rattacher à l'unité de son plan et faire voir que, dans Tensemble de sa composition, la variété est dépendante de l'unité. Beethoven joignait à cette rare qualité le sentiment intime de l'effet d'une instrumentation qui ne ressemble à celle d'aucun autre auteur. Personne n'a possédé aussi bien que lui l'art de remplir l'orchestre et d'opposer des sonorités à d'autres sonorités. De là vient que l'effet de ses grands ouvrages surpasse en puissance tout ce qu'on avait fait avant lui.

« Quelle que soit la divergence d'opinions sur les ouvrages des diverses périodes de la vie de Beethoven, il est un point sur lequel tout le monde sera éternellement d'accord : c'est que l'auteur de ces ouvrages mérite d'être compté au nombre des plus grands artistes et de ceux qui, par leur talent, ont le plus contribué au développement de leur art. Il eut un de ces rares génies qui dominent toute une époque et lui impriment une direction caractéristique dans l'art qu'ils cultivent. La grandeur, la force poétique sont ses attributs. 11 n'eut pas, comme Mozart, l'abondance d'idées qui déborde de toutes parts ; sa pensée s'élaborait lentement, laborieusement, et ses thèmes, même ceux qui se présentent sous l'aspect le plus simple et le plus naturel, étaient

souvent remaniés par lai avant qu'il s'arrêtât à leur forme définitive ; mais, lorsqu'il était fixé, tout l'ensemble de la composition était saisi par sa puissante intelligence. »

Charles-Marie de Weber (1786-1826) fut le premier des musiciens romantiques et il créa véritablement en Allemagne l'opéra national. Doué d'une puissante imagination, d'un tempérament passionné, d'un génie poétique et mélodique, il transporta à la scène les légendes populaires, les croyances naïves de l'Allemagne du Nord et les récits mystérieux des anciens poètes germaniques. Après deux petits opéras, la Fille de la forêt et Pierre Schmoll, qui furent assez bien accueillis, Weber se révéla tout entier dans le Freyschûtz, chef-d'œuvre d'originalité, de force et d'inspiration. Berlioz déclare qu'il ne connaît guère de partition « aussi irréprochable, aussi constamment intéressanté d'un bout à l'autre, dont la mélodie ait plus de fraîcheur dans les formes diverses qu'il lui plaît de revêtir, dont les rythmes soient plus saisissants, les inventions harmoniques plus nombreuses, plus saillantes, et l'emploi des masses de voix et d'instruments plus énergique sans efforts, plus suave sans afféterie. » Euryanthe et Obéron mirent le sceau à la réputation de Weber et le classèrent définitivement au nombre des plus grands génies qui ont honoré l'art musical.

Louis Spohr (178M859) se fît connaître d'abord comme habile violoniste. Il aborda ensuite la composition et produisit des oratorios, des pièces intrumentales, de la musique d'église et des opéras, dont les plus célèbres furent /^«ws^ et /essonc^rt. Musicien fort distingué, Spohr n'a peut-être pas, surtout en France, une réputation à la hauteur de son mérite. Sans pouvoir lutter avec Haydn, Mozart et Weber, il possédait de réelles qualités mélodiques et une science indiscutable, qui lui valurent l'admiration et les hommages deHabeneck, d'Halévyetd'Auber. Le seul reproche grave que l'on puisse faire aux nombreuses œuvres de ce musicien est la monotonie, qui leur enlève l'accent, la force et le relief. — François Schubert (1797-1828) exerça une grande influence sur l'art allemand par ses œuvres symphoniques, et surtout par ses nombreux lieder^ si pleins de grâce, de rêverie, de mélan-

colie, de poésie et d'inspiration. Grâce à lui, le lied (chanson, romance, légende) est devenu, en Allemagne, la forme musicale populaire par excellence. Qui ne connaît Y Ave Maria^ V Adieu, Marguerite, V Eloge des larmes, le Roi des Aulnes, la Jeune Religieuse et tant d'autres chefs-d'œuvre si complets dans leur courte étendue? — Félix MENDELssonN-BARiHOLDY (1809-18/il) s'essaya dans tous les genres, mais il brilla d'un éclat tout particulier dans la musique instrumentale. D'une intelligence remarquable, il s'assimila rapidement tous les procédés de la science musicale et, depuis Beethoven, personne n'a traité la symphonie d'une manière aussi parfaite. Ses ouvertures du Songe d'une nuit d'été, de la Grotte de Fingal, etc., ses oratorios Elie et Paulus et ses compositions pour le piano jouissent d'une réputation méritée, tant pour l'originalité de la mélodie que pour la couleur et le pittoresque del'instrumentation. — Robert Schumann (1810-1856) rêva la gloire d'être un novateur en musique et il propagea ardemment, par sa plume de critique et par ses compositions, les idées de la nouvelle école romantique dont le programme pouvait tenir en deux articles : destruction des anciennes règles et des formules consacrées, pleine et entière liberté laissée au génie, à l'inspiration et à l'imagination. Après des petites pièces pour piano et des lieder, empreints de poésie et de profondeur, il écrivit des symphonies remarquables, s'essaya au théâtre, mais sans succès, et mourut prématurément dans un état de surexcitation et de folie.

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