GUIRAUD — HAENDEL
Enfin, en 1828, il mit le comble à sa renommée en contribuant à fonder la Société des concerts du Conservatoire, en la dirigeant et lui imprimant ce cachet de haute supériorité et cette grandeur, qui la rendent encore aujourd'hui unique au monde. Habeneck fut directeur de l'Opéra de 1821 à 1824. A cette date, la forme d'administration de l'Académie de musique ayant subi de grands changements, il en resta le chef d^orchestre et occupa ce poste jusqu'en 1846.
HAENDEL (Frédéric-Georges), compositeur illustre. Allemand d'origine, de naissance et de style, et dont la gloire pourtant est vivement revendiquée par l'Angleterre, par la seule raison qu'il passa dans ce pays les plus nombreuses et les plus fécondes années de sa vie. Fils d'un chirurgien de Halle (Saxe), Haendel, né en cette ville le 23 février 1685, eut à déployer tout d'abord une énergie et une ténacité bien rares chez un enfant, pour résister à la volonté de son père, qui voulait faire de lui un magistrat, et pour se livrer au goût passionné qui l'entraînait vers la musique. Aidé d'un domestique, il parvint à placer dans les combles de la maison paternelle, à l'insu de sa famille, une vieille épinette ; et là, pendant la nuit, seul, sans autre guide que son instinct, il s'exerça sur cet instrument. A-huit ans, il jouait suffisamment bien pour qu'un jour, à la cour du duc de Saxe-Weisemfels, s'étant mis à improviser sur l'orgue, ce seigneur fût frappé des qualités originales de son jeu. Le duc intercéda auprès du père, et dès lors Haendel put s'abandonner librement à la vocation qui l'entraînait irrésistiblement. Son premier maître, à Halle, fut l'éminent organiste Lachau, qui lui apprit le contrepoint et la fugue. H demeura entre ses mains jusqu'à l'âge de treize ans, et pendant ce temps acquit assez de connaissance en latin pour pouvoir composer pour l'Église. De dix à treize ans, il produisit régulièrement un motet par semaine, et ces motets furent chantés à l'église principale de Halle, jusqu'à son départ pour Berhn, en 1696. Là, Haendel, mal accueilli par Bononcini, mais en revanche protégé par Ariosti, tous deux directeurs de l'Opéra, fut bien vite remarqué par l'électeur, qui lui offrit de renvoyer à ses frais en Italie pour parfaire son éducation musicale; mais le jeune maître ne crut pas devoir accepter. Il retourna à Halle, où il assista aux derniers moments de son père (1697), et se rendit immédiatement après à Leipsick; puis de là à Hambourg, en 1703. Hambourg possédait à cette époque le meilleur Opéra de l'Allemagne, grâce au génie de Reinhard Keiser. Haendel y entra d'abord comme second violon, puis comme directeur au clavecin, en remplacement de Keiser,
obligé de se cacher, pour se soustraire à ses créanciers. Il fit preuve, dans ce second emploi, d'une habileté qui excita Tadmiration générale. Dès son arrivée à Hambourg, Haendel s'était lié intimement avec Télémann et Mattheson. Une rivalité d'un instant entre ce dernier et Haendel, dans l'occupation du clavecin directeur, faillit amener une. catastrophe. Les deux artistes se battirent avec acharnement et, sans un bouton d'habit en métal, sur lequel se brisa Tépée de- Mattheson, c'en était fait de la vie d'Haendel. Quelques jours après, les deux rivaux se réconcilièrent, et depuis demeurèrent meilleurs amis que jamais (1097). Pendant cette période, Haendel ne cessait de produire, tant comme organiste de premier ordre que comme compositeur, en écrivant des airs, des cantates, pour les instruments et l'Église, d'un style encore incorrect il est vrai, mais plein d'originalité. Le 8 janvier 1705, il donna son premier opéra : Almira, reine de Castille, et le 25 février de la môme année, Néron ; ces deux ouvrages furent bien accueillis. Ensuite, il se rendit en Italie, où il écrivit plusieurs pièces religieuses [Laudate, la Résurrection, etc.); revint à Hambourg y donner Florinda et Daphné, et repartit pour Florence^ afin d'y composer et d'y donner Rodrigo; le tout dans la même année (1708). En 1709, Agrip-pina obtint vingt-sept représentations de suite à Venise, nombre énorme pour l'époque ; puis vinrent il Triomfo del Tempo, à Rome, et Aci, Galatea e Polyfemo, à Naples (1710). Après^ ces voyages, Haendel revint à Hanovre, où l'élégance de style de Stéfani, alors en vogue, exerça l'influence la plus heureuse sur celui du compositeur allemand, et lui donna toute sa puissance. Ce fut pour Haendel une sorte de seconde manière, plus sobre et d'un goût plus sur que la précédente. Stéfani se retirant, Haendel lui succéda comme maître de chapelle de l'électeur de Hanovre et obtint de suite un congé pour visiter l'Angleterre. Il arriva à Londres en décembre 1710, écrivit en quatorze jours, pour le théâtre de Haymarket, Riiuddo, qui fut donné le 24 février suivant, avec un succès immense, et repartit pour Hanovre. Après un séjour de neuf mois dans cette ville, pendant lequel il composa les célèbres Douze Duos à la princesse Charlotte, Haendel obtint de l'électeur de retourner à Londres pour quelque temps. Il y arriva en janvier 1712, et le 6 février y faisait exécuter son Ode for the Queen Aniie's Birth day ; en décembre son Pastor fldo; en juillet 1713, un Te Deum et un Jubilate, et en décembre son Teseo. Le succès de ces ouvrages avait fait oublier à Haendel ses engagements envers l'électeur. Aussi, lorsque ce prince prit possession du trône d'Angleterre sous le nom de Georges I", en