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HAENDEL

(714, éloigna-t-il Haendel de la cour. L'amitié du baron de Kilmaiisegge, chambellan du roi, les efforts du violoniste Geminiani, et surtout la grande beauté des pièces symphoniques exécutées dans une fête donnée sur la Tamise, pièces connues depuis soùs le titre de Water Music, en 1716, eurent enfin raison de l'irritation du roi. Haendel rentra en grâce, et son traitement fut doublé. Il se fixa dès lors en Angleterre. Tantôt chez le comte de Burlington, qui lui avait offert une hospitalité princière; tantôt chez le duc de Chandos, dont il était devenu le maître de chapelle à des conditions magnifiques ; tantôt dans des soirées, à Saint -Paul, partout Tillustre maître ne cessa d'enthousiasmer des auditeurs choisis, par la puissance de ses aspirations dans tous les genres, ainsi que par son talent d'organiste. Vingt grandes antiennes pour voix et instruments, une pastorale entièrement nouvelle sur Acis et Galatée, deux Te Beum, plusieurs concertos pour hautbois, de nombreuses j)ièce5 de clavecin, et enfin Esther^ le premier oratorio qui ait été composé sur des paroles anglaises, datent de cette époque (1718-1720). (En 1717, Haendel avait accompagné à Hanovre le prince de Galles et y avait écrit sa Passion.) En 1720, la haute noblesse anglaise forma une association patronnée par le roi, dans le but de monter à Londres un opéra italien dans de bonnes conditions. Haendel fut chargé d'en recruter les chanteurs, et il devint, en peu de temps, Tàme de l'entreprise. Son Radamisto y fut représenté l'un des premiers. Malheureusement le caractère violent du grand musicien, et en même temps certaines intrigues de théâtre, vinrent jeter le trouble dans l'association. La noblesse se partagea en deux camps, l'un pour, l'autre contre Haendel. On lui suscita des rivaux, €t il dut faire, avec Bononcini et Ariosti qu'on lui opposait, un opéra en ■collaboration pour prouver sa supériorité [Miizio Scevola, 1721). Dans des conditions si déplorables l'association devait fatalement sombrer. Elle dura pourtant jusqu'en 1828, période pendant laquelle Haendel fit jouer douze opéras nouveaux. Haendel s'associant alors avec Heidegger, pour continuer à se produire, ses adversaires montèrent une entreprise rivale. H lutta courageusement, produisant encore cinq opéras ( 1 729-1 733) . Resté seul directeur ( 1 734) , il voulut continuer quand même, et donna encore deux ouvrages. Mais il dut céder enfin Haymarket à ses concurrents de l'aristocratie, et se réfugia avec sa troupe à leur ancien local, le théâtre de Lincoln's Inn Fieds; puis ensuite à Covent-Garden, où il essaya de se relever avec l'opéra anglais. Haendel, -ayant alors à lutter contre des rivaux comme Porpora, Farinelli, etc., lut contraint d'abandonner la partie, et ces deux dernières tenta-

tives ruinèrent complètement ses affaires. Il perdit totalement dans ces diverses entreprises, en l'espace de huit ans, les sommes considérables qu'il devait à ses premiers succès. De telles fatigues et de si grands soucis devaient exercer une influence néfaste sur le compositeur. Ses opéras, achevés à la hâte^ furent trouvés inférieurs aux premiers, sa santé s'altéra. De 1736 à 1740, reposé et guéri, il donna encore huit opéras en anglais. Ce furent les derniers. Haendel se consacra dès lors exclusivement à la musique religieuse et instrumentale. Une ère nouvelle commença pour lui. Ses oratorios lui eurent vite reconquis la gloire et la fortune. De 1740 à 1750 (époque à laquelle le grand maître devint aveugle), il composa ces chefs-d'œuvre impérissables qui s'appellent : le Messie, Samson, Judas Machabée, etc., en tout quinze oratorios dont le dernier est Jephté; de plus, un grand nombre de pièces instrumentales. Le succès fut d'autant plus grand pour Haendel, qu'il choisissait pour ses auditions les époques où le puritanisme religieux anglais interdisait les représentations théâtrales, et qu'usant de son immense talent sur l'orgue, il agrémentait chaque oratorio d'un concerto en harmonie avec rou\Tage principal. C'est à la gloire qu'il recueillit durant ces dernières années que le grand maître dut d'être surnommé à juste titre le Père de VOratorio. Après avoir vainement essayé de recouvrer la \iie, Haendel chargea son élève Smith de le remplacer dans la direction de ses auditions annuelles et il s'éteignit à Londres, le 14 avril 1759. Ses funérailles furent magnifiques, et il fut enterré à Westminster. Chaque année on célèbre à Londres, par d'immenses festivals, l'anniversaire de sa mort.

Haendel composait avec une rapidité prodigieuse ; le Messie fut ccril en vingt-quatre jours, et certains opéras, en quinze. On comprend à peine comment il put se montrer aussi fécond au miheu d'une vie si remplie d'occupations et de soucis. Son style est large, clair, sain, d'allures toujours grandioses; et si la variété n'en est pas la qualité dominante, en revanche possède-t-il au plus haut point cette unité de conception sans laquelle il n'y a pas d'œuvres vraiment magistrales. Quant à son instrumentation, d'une sobriété extrême, elle atteint pourtant dans sa simplicité aux sommets les plus élevés de la puissance expressive. Un amateur distingué, M. V. Schœlcher, député, a publié, durant ses années d'exil, une intéressante Vie d'Eaendel. De plus, ce dilettante a rassemblé à force de soins, non seulement l'œmTe complet d'Haendel, mais toutes les éditions de tous les pays de cet œuvre, et tout ce qui a été écrit sur lui. Cette

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