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CHAPITRE I

Il ne nous reste aucune œuvre musicale des anciens peuples, et ce que nous connaissons de leur musique se trouve mentionné dans les écrits théoriques des didacticiens, dans les annales des historiens, dans les chants des poètes et dans les traités des philosophes. La musique étant principalement un art d'expression, il est aisé de se rendre compte du vague et de l'obscurité que produit cette absence totale de documents positifs.

Les Grecs avaient un système musical très compliqué et se servaient, d'après Burette, de 1620 signes, pour désigner les notes. Leur échelle tonale était basée sur le tétracorde, groupe composé de quatre notes successives. La première et la quatrième note du tétracorde étaient immuables ; la deuxième et la troisième changeaient à volonté. De la variabilité de ces deux notes intermédiaires résultaient trois genres : le genre diatonique, qui procédait par tons et demi-tons [ut^ ré, mi, fa) ; le genre chromatique, qui procédait par demi-tons [ut, ré, ré dieze, fa) ; le genre enhamionique, qui procédait par quarts de ton {ut, ré, ré haussé d'un quart de ton, fa), intervalle qui n'existe pas dans notre musique moderne.

Les Grecs comptaient dans leur musique plusieurs modes, qui étaient caractérisés par le degré d'acuité ou de gravité du son formant la première note du tétracorde et par la position des demi- tons. Les mo(Jes principaux avaient nom : mode dorien, phrygien, ionien, éolien et lydien. Ces cinq modes donnèrent, parla suite, naissance à d'autres modes [hyperphrygien, myxolydien, etc.), dont nous n'avons pas à nous occuper ici.

Les instruments {flûtes, lyres, crotales) accompagnaient les voix, précisant le rythme et doublant les chants. Comme nota-

tion, les Grecs se servaient des lettres de l'alphabet, accompagnées de signes particuliers.

La musique était en grand honneur à Athènes et les législateurs ne dédaignaient pas de s'occuper des questions musicales, prescrivant les anodes dont il convenait de faire usage en diverses circonstances, réglementant le nombre des cordes de la lyre, etc. L'illustre philosophe Socrate, parvenu à un âge avancé, fut obligé, dit-on, d'étudier la musique, afin d'assujettir sa diction, lorsqu'il parlait en pubUc, aux règles de la mesure, du rythme et de l'harmonie des sons. L'insignifiance ordinaire des poésies, mises en musique par les compositeurs modernes, a fait dire, avec quelque raison, que ce qui ne vaut pas la peine cVêtre dit, on le chante. 11 n'en était pas de même en Grèce, où la musique était l'humble servante de la poésie.

Les Romains empruntèrent aux Grecs presque tout leur système musical, et l'habitude de faire accompagner les orateurs et les acteurs par des instruments. Cet accompagnement se faisait au moyen de flûtes de deux sortes : les unes {tibiœ dextrœ) réservées aux situations graves et pathétiques ; les autres {tî'bics sinisti^œ) employées dans les situations comiques.

Les Chinois avaient des musiciens plus de deux mille ans avant Jésus-Christ. La musique chinoise est basée sur une gamme de douze demi-tons appelés /w, qui, en se réunissant deux par deux pour former des tons, offrent une série de cinq tons et deux demitons, comme notre gamme moderne. Les Chinois ont de nombreux instruments de musique: flûte, trompette, cloches, tamtam^ tambour, etc. La musique est spécialement employée, en Chine, dans les fêtes, les cérémonies officielles et dans les théâtres. Les femmes sont exclues des concerts pubUcs.

Les Indiens ont fait peu de progrès, en musique, depuis les temps anciens. Selon la mythologie hindoue, la musique est d'essence divine, et Brahma en fut le principal initiateur. La musique des Indiens possède 84 modes, destinés chacun à exprimer une idée propre, un sentiment particuUer,

Les instruments, très nombreux, se divisent en quatre catégories :

1° Les instruments à cordes, assez semblables au violon et au violoncelle ;

2° Les instruments à vent : flûtes, flageolets, trompettes;

.3° Les instruments à percussion simples: tambours, gongs, etc.;

li° Les instruments à percussion jumeaux : castagnettes, cymbales, etc.

Les airs hindous sont communément lents et plaintifs ; souvent la voix du chanteur est soutenue et accompagnée par un seul instrument: la vina, que l'on appelle la lyre indienne et qui est formée de deux gourdes, réunies par un bambou et portant sept cordes en acier ou en fil de coton gommé.

Les Egyptiens, ainsi que le prouvent de nombreuses inscriptions hyéroglyphiques, se servaient jadis de beaucoup d'instruments: la harpe principalement, la lyre, le psaltérion, le sistre, la flCite, la trompette, le tambour, etc. Dans les groupes de chanteurs, on remarque toujours un exécutant qui bat des mains pour marquer la mesure. Les Hébreux conservèrent ce même usage après leur sortie d'Egypte.

Le psaltérion ressemblait beaucoup au tympanum des races tchèques modernes ; c'était une table sonore sur laquelle étaient tendues des cordes métaUiques de différentes grandeurs.

Le darabouka, sorte de tambour assez étrange, rendait tel ou tel son, suivant l'endroit que l'on frappait. Cet instrument, le tarabouk moderne, était suspendu par un lien au cou de l'exécutant ; la main gauche le soutenait et il produisait des sons aigus ou graves, suivant qu'on le frappait avec le doigt ou avec le plat de la main droite.

L'instrument le plus spécial et le plus pittoresque de l'ancienne Egypte, à laquelle les Grecs l'ont emprunté, était le sistre, que l'on connaît par les dessins antiques. Il avait la forme d'ellipse et était traversé, dans sa largeur, par plusieurs tringles, auxquelles étaient suspendus des anneaux métalUques de formes variables. Le sistre était, le plus souvent, d'or, d'argent ou de bronze très pur.

Les HÉBREUX avaient la musique en grand honneur, et cet art était parvenu chez eux à un assez haut degré de perfection. La

Bible nous apprend, en effet, quelle merveilleuse influence la harpe du jeune David exerçait sur le roi Saùl et quels enthousiasmes produisaient les chants des prophètes. David forma, pour le service du temple, un corps de quatre mille musiciens, divisés en plusieurs chœurs et plusieurs orchestres ; mais ces masses vocales et instrumentales n'impliquent nullement la connaissance de rharmonie chez le peuple juif, dont les instruments étaient fort primitifs et qui ne possédait aucune notation musicale.

Les instruments les plus en usage étaient : la harpe (kinnoi^), le luth (nebel), les flûtes à bec et les trompettes {jobel), que l'on sonnait d'un lieu élevé, le soir du sixième jour, pour appeler au sabbat les gens de la ville et de la campagne.

Le chatzotzeroth était aussi une sorte de trompette, composée d'un tube long, étroit, presque cylindrique et terminée par un pavillon de forme élégante ; on l'employait à la guerre et pour les sacrifices religieux (1).

(1) Voir L. PiLLAUT, Instruments et Musiciens .

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