MATHIAS— - MÉHUL
serablablement continué dans cette voie, si la mort du chanoine Pesenti, son protecteur, ne l'avait obligé à chercher un art plus lucratif. Il se mit dès lors à composer pour le théâtre, et sa fécondité fut telle, qu'en l'espace de vingt années il ne produisit pas moins de soixantedix-sept opéras ou cantates, qui presque tous furent bien accueillis. Simon Mayr n'eut pourtant pas de génie, mais son talent résumait si complètement Fart de son temps, qu'il devait forcément plaire. L'arrivée de Rossini, en révolutionnant le théâtre, marqua la fm de sa carrière. Simon Mayr n'écrivit plus pour la scène (1814). Dès 1802, il était devenu maître de chapelle de Sainte-Marie Majeure; en 1805 il avait été appelé à diriger le nouvel institut musical de Bergame. Depuis il refusa toutes les propositions qui lui furent faites du dehors, quelque avantageuses qu'elles fussent, et vécut paisible en se livrant à l'enseignement et à la composition religieuse. Simon Mayr forma de bons élèves, au nombre desquels il faut compter Donizetti.
MAZZUCATO (Albert), compositeur, professeur et écrivain sur la musique, naquit à Udine le 28 juillet 1813 et mourut en cette ville le 31 décembre 1877. Il donna son premier opéra: les Fidanzata di Lammermoor, à Padoue, avec quelque succès. Parmi ceux qui suivirent, Ui Esmeralda seule fut bien accueillie à Mantoue, Udine et Milan. Nommé professeur de chant au Conservatoire de jeunes filles de Milan en 1839, puis d'une classe de composition en 1851, il devint directeur de cet établissement en 1872. Comme écrivain, Mazzucato fut rédacteur en chef de la Gazette musicale de Milan et du Journal de la Société des quatuor, qui remplaça un instant le premier ; il collabora à la Scena; en un mot, il fut un des premiers critiques de l'Italie. Mazzucato a laissé aussi quelques traités.
MÉHUL (ÉTiENNE-NicoLAs), l'uu des plus grands compositeurs français de la fin du dix-huitième siècle, naquit à Givet le 22 juin 1763 et mourut à Paris le 18 octobre 1817. Fils d'un cuisinier, sans autre maître qu'un organiste aveugle, dans une ville dénuée de tout élément artistique, le jeune Méhul trouva cependant moyen de montrer de si grandes dispositions pour la musique, qu'on lui confia l'orgue des Récollets à l'âge de dix ans. En 1775, l'éminent organiste Hanser, se trouvant pour quelques années à l'abbaye de Lavaldieu près de Givet, Méhul devint son élève. Il passa ainsi trois ans, à la fin desquels, entraîné par les conseils d'un colonel mélomane que le hasard lui avait fait rencontrer, il partit pour Paris. A peine arrivé, il cher-
cha un maître habile et choisit Edelmann. Au milieu des passions vives qu'excitait à Paris la guerre des Gluckistes et des Piccinistes, Méhul eut bientôt compris que la seule voie à suivre était celle du théâtre. 11 commença à s'essayer alors sur une ode de J.-B. Rousseau avec quelque succès (1782), et composa ensuite trois opéras pour se faire la main : Psyché, Anacréoîi, Lausus et Lydie. Lorsqu'il se sentit suffisamment préparé, il voulut faire représenter à l'Opéra Alonso et Cora, mais, n'y pouvant parvenir, il se retourna vers l'Opéra-Comique et y remporta un premier et beau succès avec Euphrosine et Coradin (1790). Ce succès hâta l'apparition d' Alonso et Cora à l'Opéra, ouvrage qui fut suivi de près par Stratonice, l'une des plus remarquables partitions du maître. Horatius Codes, le Jeune Sage et le Vieux Fou, Boria, Phrosine et Mélidor, la Caverne, qui parurent ensuite sans réussir, malgré certaines qualités de premier ordre, furent suivis du Jeune Henri à l'Opéra-Comique (1797). Malheureusement la pièce avait pour héros Henri IV, un roy pour les uns, un tyran pour les autres. La salle se partagea en deux camps et fit tant de tapage dès les premières scènes, qu'on fut obligé de baisser le rideau. En revanche, l'ouverture fut redemandée trois fois avec un égal enthousiasme des deux parts. 11 devint d'usage, dès lors, de l'exécuter chaque soir comme intermède. Tirnoléon, sur la tragédie de Chénier; Ariodant, Adrien, Épicure avec Chérubini, joués par la suite, ne tinrent pas longtemps la scène. Toute cette musique était trop sévère, avait des formes trop grandioses pour un public dont le goût n'était pas encore formé. Méhul le sentit et voulut changer sa manière, la rendre plus légère. 11 y réussit avec VIrato, mais fut moins heureux avec Vue Folie, le Trésor supposé, Joanna, l'Heureux malgré lui, Héléna et Gabrielle d'Estrées. Cependant avec Uthal, drame ossianique,il retrouva sa grandeur, et les Aveugles de Tolède, d'un genre tout opposé, lui valurent des applaudissements. Enfin il donna son chef-d'œuvre : Joseph (17 février 1807). Cet ouvrage, demeuré célèbre, méritait le plus chaleureux accueil. Il ne l'obtint pas. Tant d.e froideur affecta péniblement Méhul; .sa santé, déjà ébranlée, s'altéra tout à fait. 11 écrivit bien encore deux ballets : le Retour d'Ulysse et Persée et Andromède ; deux opéras-comiques : le Prince troubadour et la Journée aux aventures; fit exécuter ses symphonies au Conservatoire : il ne retrouva pas le succès. Le souffle n'y était plus. Méhul fut grand entre les musiciens de son temps par la majesté de sa pensée, par une richesse neuve et puissante de l'orchestration, par un charme profond dans l'expression des sentiments; malheureusement, des développements un peu lourds et l'abus de