‹ Petite encyclopédie musicaleChapitre 65 sur 97 · MOSKOWA — MOZART · texte numérisé non relu

MOSKOWA — MOZART

A quatre ans, il jouait déjà du clavecin avec beaucoup de sentiment et composait de petits morceaux que son père écrivait. A six ans, à Munich, il exécuta, avec un talent sûr, un concerto difficile de Wagenseil devant l'électeur. A sept ans, il sut assez le violon, instrument qu'il avait appris seul à l'insu de son père, pour faire à première vue sa partie dans un ensemble. A huit ans, il joua dans un même concert deux concertos, l'un de piano, l'autre de violon, et improvisa sur des thèmes donnés.

Mozart était parti en 1763 pour une longue tournée de concerts avec sa famille ; Augsbourg; Mannheim, Mayence, etc., l'applaudirent tour à tour. A Paris, il fut présenté à la cour ; grâce à la protection de Grimm, il joua devant la famille royale, et reçut d'elle d'éclatants témoignages d'admiration. Il en fut de même à Londres devant le roi Georges III (1764); à la Haye, devant la princesse d'Orange (1765); à Vienne, devant l'empereur Joseph II (1768), et dans un grand nombre d'autres villes. Ce fut à Vienne que Mozart écrivit son premier opéra: la Finta simplice, en trois actes, partition de cinq cent cinquante-huit pages, sur un mot échappé à l'empereur ; mais l'envie et le mauvais vouloir en empêchèrent la représentation . Bastien et Bastienne suivit, la même année ; Mozart n'avait alors que douze ans. De 1769 à 1772, il parcourut l'ItaUe, soulevant partout des transports d'enthousiasme. Voici d'ailleurs le programme d'un de ses concerts : deux symphonies écrites par lui ; un concerto de clavecin au choix à livre ouvert ; une sonate aussi au choix transposée ad libitum; un air composé et chanté par lui en s'accompagnant au piano sur des paroles données pendant la séance ; une sonate et une fugue improvisées sur un thème donné; réalisation immédiate, au piano, d'une symphonie d'après la seule partie du premier violon ! L'enfant prodige fut comblé d'honneurs de toutes sortes ; les plus grands artistes s'inclinèrent devant lui, on lui décerna des médailles ; les académies lui ouvrirent leurs portes ; les poètes célébrèrent son nom. A Rome (1770), deux auditions lui suffirent pour écrire de mémoire le Miserere d'Allegri, dont il était interdit de prendre copie. A Milan, la même année, il donna avec un succès éclatant son Mithridate, et en 1771 la cantate dramatique Ascanio in Alla. Puis vinrent successivement il Sogno de Scipione (Salzbourg, 1772); Lucio Silla (Milan, 1772) ; la Finta Giardiniera (Munich, 1774) et ilRe Pastore (Salzbourg, 1775); ouvrages qui, tous, obtinrent l'accueil Je plus chaleureux. Cependant, si Mozart avait trouvé la renommée pendant cette glorieuse période, il s'en fallait de beaucoup qu'il eût en même temps

rencontré la fortune. Son père, trompé, exploité, n'avait trouvé dans ses voyages que la ruine la plus complète; et lui, l'auteur de tant de travaux, l'objet de tant de succès, il se voyait, à lâge d'homme, privé de ressources, et descendant peu à peu jusqu'à la misère. Il retourna à Munich, à Mannheim, à Paris même, où il eut la douleur de perdre sa mère (1778), cherchant une situation qui lui permît de gagner son pain. 11 ne la trouva point. Découragé enfin, il revint à Salzbourg occuper la place'd'organiste à la cour; place qui le tenait dans une entière dépendance, et le mettait au rang de la domesticité du prince-évêque (1779). Il avait alors vingt-trois ans!

En 1780, Idomeneo, qui lui fut demandé pour le théâtre de Munich, vint lui rendre l'énergie. Moins de trois mois après l'ouvrage était représenté et accueilli avec un enthousiasme indescriptible (1781). Mozart quitta alors l'humihante condition qu'il occupait auprès de Févêque; Joseph II lui commanda par ostentation — car il n'aimait que la musique italienne — l'Enlèvement au sérail (Vienne, 1782) et le Directeur de spectacles (Schœnbrunn, 1786), et le gratifia d'une pension de 800 florins avec le titre de compositeur de la cour. Mozart fut tellement touché par cette générosité, qu'il refusa par la suite les offres très avantageuses qui lui furent faites de différents côtés, entre autres par Frédéric-Guillaume II de Prusse, et ne voulut jamais quitter son bon empereur. L'illustre maître pourtant s'était marié et avait des enfants. Gomme il n'avait que sa pension, il était obligé pour vivre de composer des contredanses, des valses, etc., que l'on jouait dans les bals et les soirées. Le poète d'Aponte, bien en cour, le tira de cette pénible situation. Il écrivit, sur la demande et les indications de Mozart, le livret des Noces de Figaro. La première représentation eut lieu à Vienne avec un succès inouï ;1786). Don Juan, écrit ensuite pour le théâtre de Prague sur un poème du même d'Aponte et donné l'année suivante dans cette ville, reçut un accueil plus glorieux encore. On le déclara, ajuste titre, le chef-d'œuvre des chefsd'œuvre et l'enthousiasme éclata en transports délirants. Mozart revint à Vienne en 1788, et s'y livra pendant deux ans à la composition instrumentale et vocale avec une fiévreuse activité. Il sentait déjà les atteintes de la maladie de poitrine qui devait l'emporter, et l'idée d'une mort prochaine semblait le pousser à accélérer ses travaux. Il donna cependant à cette époque le charmant o-pévd^Cosifan tutte (Vienne, 1790) et se mit à écrire laFlûte enchantée, pour sauver de la faillite un nommé Schikaneder, acteur et directeur de théâtre, qui le trahit ensuite indignement. Un peu avant cette époque Mozart avait reçu, d'une façon

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mystérieuse, la commande de son fameux Requiem. Il y travaillait déjà avec ardeur, lorsque la Clémence de Titus lui fut demandée à bref délai pour le théâtre de Prague. Mozart accepta cette nouvelle tâche, malgré le délabrement complet de sa santé, et, avec l'aide de son élève Sussmayer, qui se chargea des récitatifs, il put être prêt pour l'époque fixée. La Clémence de Titus, composée en dix-huit jours, fut représentée à Prague le 6 septembre 1791 avec un succès éclatant. De retour à Vienne, Mozart termina rapidement la Flûte enchantée, qui fut donnée le 30 septembre suivant avec un retentissement sans pareil, et se remit avec ardeur à son Requiem. Malheureusement ces travaux accablants avaient achevé d'épuiser ce qui restait de forces à ce grand génie. Dans sa surexcitation mentale, son Requiem lui apparaissait comme une œuvre commandée par la puissance divine. Il s'imaginait le faire pour lui, et voulait y consacrer jusqu'à son dernier souffle. Malgré ses efforts, pourtant, il ne put l'achever. La mort ne lui en laissa pas le temps. Vers la fin de novembre, il tomba pour ne plus se relever. Par une ironie du sort, à ce moment lui vinrent de tous côtés les propositions les plus séduisantes. Mozart en eut connaissance, et la suprême douleur qu'il éprouvait de se voir ainsi mourir dans la force de l'âge et en pleine possession de son génie, en fut encore augmentée. Ce fut Sussmayer qui, sur les indications de Mozart, termina le Requiem.

Le génie de Mozart est le plus pur et le plus complet qui ait jamais illustré les fastes de la musique. D'une nature essentiellement originale et personnelle, il est assez puissant et son envergure est assez large pour embrasser à la fois tous les genres dans une infinie variété, et pour leur fournir à chacun des chefs-d'œuvre. La fécondité de Mozart tient du prodige, eu égard à la courte durée de son existence. Le nombre de ses œuvres terminées s'élève à six cent vingt-quatre, et celui de ses ouvrages incomplets ou demeurés manuscrits en la possession de diverses personnes, à deux cent quatrevingt-quatorze ; ce qui porte le total des œuvres connues à neuf cent vingt.

MURIS (Jean de), célèbre écrivain du quatorzième siècle surlamusique, originaire de Normandie. Son traité intitulé Spéculum musicœ est le plus considérable de ses ouvrages.

MURSKA (Ilma de), cantatrice allemande, née en Croatie vers i836, élève de M™^ Marchesi, a débuté en 1862 au théâtre de la Pergola à

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Florence et chanté ensuite à Barcelone, Hambourg et Pesth. Elle a obtenu ses principaux succès sur les théâtres de Berlin et de Vienne, dans les grands rôles du répertoire, en 1864.

ML'SARD (Philippe), chef d'orchestre et compositeur de musique de danse, né vers 1792, mort à Auteuil en 1839, eut des débuts difficiles et commença par jouer du cor et du violon dans les bals de barrière, à Paris. Sous la Restauration il alla à Londres, s'y fit remarquer aux bals de la cour, et sa réputation alla croissant jusqu'en 1830. Peu de temps après cette époque, il revint à Paris et dirigea d'abord les bals masqués des Variétés. Il prit ensuite la direction de l'orchestre dans un établissement qui porta le titre de Concert-Musard, puis passa au Jardin turc, à la salle Saint-Honoré, à la salle Vivienne, aux bals masqués de l'Opéra-Comique et enfin à ceux de l'Opéra. C'est dans cette dernière salle qu'il atteignit l'apogée de sa réputation, par des effets de sonorité poussés à l'extrême, et par des excentricités musicales. Non sans talent, il était surtout plein de verve, et quelques-uns de ses quadrilles sont assez bien écrits. Parmi ceux-ci l'on cite les Échos, le Tourbillon, la Foudre, etc.

MUZIO {Ema>"uele), chef d'orchestre et compositeur dramatique, né à Zibello (duché de Parme) le 2o août 1825, est élève de Verdi et s'est attaché spécialement à la réduction des opéras de ce maître. Il a écrit aussi quelques ouvrages dramatiques : Giovanna la Pazza, Claudia, le Bue Régine, la Sorrentina, puis s'est consacré entièrement à la carrière de chef d'orchestre. Il a rempli cet emploi à New- York, au Caire, à Paris (au théâtre Italien) et dans plusieurs villes d'Italie et d'Espagne, avec talent et habileté.

NADAUD (Gustave), chansonnier français, né à Roubaix le 20 février 1820, est à la fois poète, compositeur et chanteur. Nadaud est avec Darcier l'un des plus estimables chansonniers de genre, de l'époque contemporaine. Ses chansons, pleines de goût, de sentiment, ou spirituellement troussées, sont généralement d'une jolie tournure mélodique. Les plus connues sont : le Voyage aérien, Pandore ou les Deux Gendarmes, le Nid abandonné, Carcassonne^ Profession de foiX'OUvant servir à plusieurs candidats, Chauvin, etc., etc.

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NA.?^TIER-DIDIÉE (Gonstance-Betzy-Rosabella NANTIER, épouse DIDIÉE), née à Saint-Denis (île Bourbon) le 16 novembre 1831, morte à Madrid le 3 décembre 1867, fut admise au Conservatoire de Paris en 1845. Élève de Duprez, elle obtint en 1849 un premier prix d'opéra et débuta au théâtre Carignan de Turin dans la Vestale de Mercadante. Cette cantatrice parut avec succès sur les principales scènes de France et d'Amérique dans les rôles du répertoire italien, chanta plusieurs années à Londres, à Saint-Pétersbourg, à Madrid et à Paris. C'est à Madrid qu'elle a obtenu ses plus nombreux succès.

NAUDIN (Emile), chanteur italien, né à Parme le 23 octobre 1823, . débuta au théâtre de Crémone et parcourut ensuite l'Italie, où il chanta avec succès le répertoire italien. En 1862, il entra à Paris au théâtre Italien et y parut dans Lucia di Lammermoor , Rigoletto, Cosi fan tutte, etc. Une clause du testament de Meyerbeer concernant l'Africaine était que M. Naudin serait engagé à l'Opéra pour y remplir le rôle de Vasco de Gama. Cet artiste y figura avec succès ; ensuite il reprit la carrière italienne. M. Naudin, qui s'est fait entendre sur les principales grandes scènes d'Europe, a été partout applaudi. Il doit ses succès plus à sa voix qu'à ses qualités de comédien.

NAUMANN (Jean-Amédée), compositeur renommé, né à Blasewitz, près Dresde, le 17 août 1741, mort en ce lieu le 31 octobre 1801, demeura longtemps dans une situation précaire en Italie, où il reçut des leçons de Tarlini. Une partition qu'il envoya à la cour de Saxe pour se faire connaître, après la guerre austro-prussienne, le fit appeler à Dresde avec le titre de compositeur de la chambre, auquel il réunit bientôt celui de maître de chapelle. Naumann retourna par la suite deux fois en Italie et y donna plusieurs ouvrages : Achille in Sciro^ Solimano, l'Isola disabitata, etc., qui eurent du succès. Il écrivit ensuite pour la Suède : Amphion, Cora, Gustave Wasa; pour le Danemark : Orphée ; pour la Prusse : Medea, etc., etc. De tous ses ouvrages, excellents comme style et comme facture, mais peu originaux, le plus estimé est un Pater noster sur la paraphrase de Klopstock.

NERUDA (Wilhelmine, épouse NORMANN), violoniste distinguée, née à Brûnn (Moravie), se fit entendre en public dès l'âge de sept ans, et commença sa première tournée artistique l'année suivante, en compagnie de son frère et de sa sœur aînée , avec lesquels elle jouait des trios. Elle parcourut ainsi l'Allemagne, la Belgique,

la Hollande, l'Angleterre et la Russie. Son frère étant mort dans ce dernier pays, la famille Neruda, inépuisable en musiciens, le remplaça par un autre frère et une petite sœur. Leur succès à tous fut éclatant. Pendant dix années, la famille Neruda vint se faire applaudir en Russie. En 1862, >pi^ AVilhelmine, accompagnée seulement de sa sœur Maria, passa par Leipsick, Copenhague, et arriva à Stockholm, oii le roi la nomma virtuose de sa chambre. Elle épousa peu de temps après M. Louis >'ormann, maître de la chapelle royale. ^Ime ^ormann-Xeruda vint deux fois à Paris (en 1867 et 1878) et se fit entendre aux concerts populaires avec un grand succès. Elle passe ■aujourd'hui une grande partie de l'année à Londres, où elle est attachée aux concerts populaires de cette ville.

XEUKOMM (Sigismond), compositeur distingué, né le iO avril 1778 à Salzbourg, mort à Paris le 3 avril 18o8. Élève de Michel, puis de .loseph Haydn, il se rendit en Russie en 1806 pour y diriger la musique de l'opéra allemand, mais une grave maladie l'obligea à renoncer à cette fonction. Après la campagne de 1809, Neukomm vint à Paris et s'y lia avec les hommes les plus distingués de cette époque. En 1812, il remplaça Dussek comme pianiste attaché à la maison de Talleyrand ; accompagna ce personnage politique au congrès de Vienne, et fit exécuter dans cette ville, en présence des souverains réunis, le Bequiem qu'il avait composé à la mémoire de Louis XVI. En 1816, accompagnant le duc de Luxembourg, ambassadeur, à Rio de Janeiro, il fut nommé, par le roi dom Pedro, maître de sa chapelle. Après la Révolution, il revint à Paris. Musicien très estimé dans les capitales de l'Europe, Neukomm fit exécuter à Berlin, en 1832, son oratorio la Loi de rAjicicn Testament, voyagea presque toute sa vie, et composa, malgré ses fréquents déplacements, une quantité d'ouvrages d'un bon style dont le nombre s'élève à sept cent quarante-trois. Son neveu Edmond Neukomm a écrit divers ouvrages sur la musique.

NIBELLE (Adolphe-Axdré), compositeur, né à Gien (Loiret), fut admis au Conservatoire en 1844; y remporta les premiers prix d'harmonie (1850) et étudia la composition avec Halé^y. M. libelle a donné quelques opérettes : le Loup-Garoii, les Quatre Cents Femnws d'Ali- Baha, etc., et écrit plusieurs mélodies : les Heures miisieales, Chants des aïeux, etc.

?sICOLAÏ (Otto), pianiste, chef d'orchestre et compositeur, né à Kœnigsberg le 9 juin 1810, mort le H mai 1849, étudia plusieurs

NEUKOMM — MLSSON. 271

années en Italie, et fui nommé chef d'orchestre de l'Opéra de Vienne en 1839. Un an après, il partit pour Trieste et y donna Enrico II, qui fut bientôt suivi de il Templarîo (Turin, 1840); d'Odoardoe Gîldippa et de il Proscrifto (Milan, 1841). Ensuite il reprit sa place à Vienne. Nommé chef d'orchestre à Berlin en 1848, il y donna l'année suivante les Joyeuses Commères de Windsor, son meilleur ouvrage, dont l'ouverture est aujourd'hui populaire.

MEDERMEYER (Louis), compositeur et professeur, né à Nyon (Suisse) le 27 avril 1802, mort à Paris le 14 mars 1861. Élève de Moschelès, pour le piano; de Fœrster, Fioraventi et Zingarelli, pour la composition, il fit représenter à Naples son premier ouvrage : il Rco per amore, puis retourna en Suisse. Là, il se livra à l'enseignement du piano et composa divers chants sur des paroles de Lamartine, entre autres le Lac, si universellement connu aujourd'hui. En 1823, il vint à Paris et l'influence de Rossini lui fit ouvrir les portes des théâtres. 11 y donna aux Itahens, en 1828, Casa nel bosco, puis plus tard à l'Opéra, Stradella (1836); Marie Stuart (1844); /a Fronde (1853). Niedermeyer rétablit à Paris, quelque temps après, l'École de musique religieuse autrefois fondée par Choron, et publia, avec M. d'Ortigue. une Méthode d'accompagnement du plain-chant. Parmi ses mélodies, on cite, outre le Lac, l'Isolement, la Mer, Oceano nox, etc.

MEMANN (Albert), ténor allemand, né à Erxleben en 1831, chanta d'abord dans les chœurs et s'éleva peu à peu jusqu'à se faire une grande réputation dans les grands rôles des répertoires allemand el français. Il excelle surtout dans les opéras de Richard Wagner ; à tel point, que ce compositeur ne voulait pas d'autres interprètes pour ses grands rôles de ténor. C'est ainsi qu'il a paru à Paris dans Tannhuuser (1861) et a participé aux grandes exécutions de Bayreuth (1876).

MLSSON (Christixe), cantatrice distinguée, née à Hussaby (Suède) le 3 août 1843, fille de pauvres laboureurs, fut remarquée un jour par un grand seigneur qui fut frappé de son intelligence et de la beauté de sa voix. 11 se chargea de son éducation et lui fit donner des leçons de chant à Stockholm. La jeune fille se perfectionna à Paris entre les mains de M. AVartel, et, en 1864, elle débuta avec un grand succès au théâtre Lyrique dans Violetta. Martha, Don Juan, Sardanapale, les Bleuets ne lui furent pas moins favorables. Enfin, elle fut engagée à l'Opéra pour y créer le rôle d'Ophélie iVHamlct, qui

fut son triomphe. Depuis, M'^® Nilsson a chanté à Londres, Moscou, Saint-Pétersbourg et a fait aussi son tour d'Amérique, où elle a récolté des sommes énormes. D'une voix de soprano suraigu au timbre de cristal, d'une justesse absolue, M^^** Nilsson possède un talent d'allure toute Scandinave, d'une perfection froide et bizarre, dont l'étrangeté même concourt, avec les qualités spéciales de la voix, à produire chez ses auditeurs d'indicibles émotions.

NORBLIN (Louis-Pierre-Martin), violoncelliste très distingué, né à Varsovie le 2 décembre 1781, mort au château de Connantre (Marne) le 14 juillet 1854, fils de Jean-Pierre-Norblin de La Gourdaine, Français, peintre du roi de Pologne, entra au Conservatoire de Paris en 1798 et y obtint le premier prix de violoncelle en 1804. Attaché à Torches- Ire des Italiens en 1809, puis comme violoncelle solo à celui de l'Opéra, de 1811 à 1841, Norbhn fut nommé professeur au Conservatoire en 1826, et y enseigna le violoncelle pendant vingt ans. D'un talent très remarquable et excellent musicien, Norblin aida beaucoup Habeneck dans la fondation de la Société des concerts du Conservatoire.

NOURRIT (Louis), ténor, né à MontpeUier le 4 août 1780, mort, près de Paris, le 23 septembre 1831, débuta à l'Opéra avec succès en 1805 dans Armide. En 1812, il succéda à Lainez comme chef d'emploi, et occupa ce poste jusqu'en 1826. Ses meilleurs rôles furent dans Orphée, la Caravane, le Devin du village, Aladin ou la Lampe merveilleuse, etc.

NOURRIT (Adolphe), ténor célèbre, fils du précédent, naquit à Montpellier le 3 mars 1802 et mourut le 8 mars 1839 à Naples. Destiné par sa famille à la carrière commerciale, Nourrit ne put commencer à travailler sérieusement sa voix que fort tard et à l'insu de son père. Ce fut Garcia qui lui enseigna l'art du chant. Sa tâche accomplie, il s'en ouvrit au père, le suppliant de ne pas contrarier davantage la vocation de son fils. Le père Nourrit céda, non sans peine; et le 1" septembre 182i, Adolphe Nourrit parut pour la première fois à l'Opéra dans Iphigénie en Tauride. Le pubhc l'accueillit avec faveur. Adolphe Nourrit ressemblait beaucoup à son père : même organe, même figure, même prestance. Seulement, autant le père était froid, autant le fils se montrait plein de chaleur et d'expression dramatique. Malgré cette différence, on n'en écrivit pas moins pour eux les Deux Salem, opéra où leur ressemblance était mise enjeu jusqu'à l'illusion (1824). La première création importante

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de Nourrit fut le rôle de Néoclès, dans le Siège de Corinthe. Il y réussit à souhait, et ce premier grand succès, dans un genre de musique nouveau pour lui, l'excita à hâter le complet assouplissement de sa voix. Sans atteindre à une absolue perfection sous ce rapport, il fit pourtant de tels progrès, qu'il n'eut plus à redouter de rival. D'ailleurs la noblesse de sa diction, son habileté exceptionnelle dans l'emploi des notes de tète, la coloration puissante et variée de son expression dramatique le distinguaient déjà entre tous. Il s'éleva plus haut encore : Moïse, le Comte Ory, la Muette, le Philtre, Guillaume Tell, Robert le Diable, la Juive, les Huguenots, opéras où il fit ses plus admirables créations après la retraite de son père, sont là pour l'attester. Il était depuis seize ans sur la brèche, sans faiblir jamais, lorsque l'administration de l'Opéra songea à lui adjoindre Duprez. Le coup fut rude pour Nourrit. Il ne le put supporter et démissionna. Sa représentation d'adieu fut un véritable triomphe (1" avril 1837). Chacun voulut une dernière fois saluer en lui non seulement le grand artiste, mais aussi le citoyen dont le patriotisme était connu de tous. Cependant, à partir de ce jour, l'état mental de Nourrit s'altéra. S'imaginant que son talent avait baissé, tous les applaudissements lui parurent dérisoires. A Marseille, où il chanta quelque temps après (car il ne pouvait se passer de la scène), un enrouement subit le prit dans la Juive; ce malheureux accident acheva de le plonger dans le désespoir. A Lyon, à Florence, à Rome et à Naples, pourtant, de nouveaux succès l'accueillirent, mais ces triomphes lurent vains pour lui : il n'y croyait plus ! Un matin, sa femme le trouva étendu sans vie dans la cour de l'hôtel Barbaja ; il s'était tué en tombant du haut d'une terrasse. Ses restes furent ramenés à Paris, où le Conservatoire et l'Opéra lui firent de pompeuses funérailles.

OBIN (Louis-Henri), chanteur français, né à Ascq (Nord) le 4 août 1820, fit ses études musicales au Conservatoire de Lille et à celui de Paris. Il débuta à l'Opéra, en 1844, dans Othello et quitta ce théâtre peu de temps après. En 1850, il fit une brillante rentrée en créant l'Enfant prodigue d'Auber, et parut avec succès dans Moïse, le Dieu et la Bayadère, Don Juan, etc. Ses principales créations furent dans les Vêpres Siciliennes, Pantagruel, l'Africaine et Don Carlos. Excellent

comédien et d'une souplesse de talent rare, M. Obin a pu aborder des rôles de caractère tout opposé, avec un égal succès. En 1870, il succéda à Levasseur dans la classe de déclamation lyrique du Conservatoire; se démit de ses fonctions en 1873, et les reprit en 1877.

OBREGHT (Jacqles), musicien fameux, né vers 1430 à Utrecht, mort vers 1507 à Anvers, fut maître de chapelle à Utrecht en 1465, et occupa le môme emploi à Notre-Dame d'Anvers en 1491. Sa réputation était si grande, que des musiciens, des chapelles entières, venaient de tous côtés le consulter et se faire entendre de lui. Presque toujours malade et pourtant composant sans cesse, il trouva encore le moyen de faire d'excellents élèves. Érasme fut de ce nombre. Il produisait avec une telle rapidité, qu'une nuit lui suffisait pour composer dans toutes ses parties une messe d'une irréprochable facture. Son œuvre comprend des messes, des motets en assez grand nombre, ainsi que des chansons profanes, dont les plus connues sont : Mon pèi'e m'a donné un mari, Va vitement, Tant que notre argent durera , J'ay pris amours, etc., etc.

OFFENBACH (Jacob, dit Jacques), compositeur dramatique, né à Cologne en 1819, mort à Paris en 1880. Il arriva à Paris en 1842, et chercha à s'y faire un nom comme virtuose sur le violoncelle. Malgré ses hautes prétentions au style et à la pureté classique, son talent médiocre et une éducation musicale trop sommaire ne lui permirent pas d'atteindre aux succès. Il changea alors totalement d'allures. M. Hervé venait alors d'inaugurer le règne de l'opérette, Offenbach le suivit dans cette voie et y remporta bien vite une série de victoires, dues à la facilité de son inspiration et à sa verve endiablée. L'interprète de Beethoven se fit racleur de bastringues ; et ce que l'art élevé n'avait pu lui offrir, il le demanda aux mauvaises ivresses, à la trivialité, aux effets grossiers. Le genre malsain créé par Hervé devint son idéal. Il chercha à le développer, et malheureusement n'y réussit que trop. En 1847, Offenbach arriva à être chef d'orchestre du Théâtre-Français. Il publiait de temps à autre de petits airs sur des parodies grotesques des fables de La Fontaine : le Corbeau, la Cigale et la Fourmi, etc., furent un instant populaires. En 1855, il ouvrit aux Champs-Elysées le petit théâtre des Bouffes-Parisiens, qu'il transporta à l'automne aux galeries Choiseul, où il est encore; et là, se fit avec ses opérettes une sorte de renommée qui devait, hélas ! se prolonger longtemps. Les Deux Aveugles, Orphée aux Enfers, la Chanson de For-

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tunio, le Mariage aux lanternes, etc., ses premiers et, il faut le dire aussi, ses meilleurs ouvrages, datent de cette époque et obtinrent de longs succès. En 1866, Offenbach abandonna la direction de son théâtre. Il donna alors sur différentes scènes la Belle Hélène, la Grande- Duchesse de Gérolstein, le Château à Toto, etc. De 1872 à 1876, il dirigea le théâtre delà Gaîté et écrivit pour cette scène une féerie, le Voyage dans la lune. Cependant, malgré tous ces triomphes, Offenbach ambitionnait des succès plus artistiques sur des scènes plus élevées. Hélas! le Papillon à l'Opéra ; Barkoiif, Robinson Crusoé, Vert-Vert, Fantasio à l'Opéra-Comique , tombèrent à plat. Offenbach a écrit quatre-vingt-huit ouvTages. Le dernier, les Contes d'Hoffmann, qu'il a laissé^ inachevé, a été terminé par M. Guiraud et donné à l'Opéra- Comique en 1881, avec un véritable succès.

OKEGHEM (Jeax), musicien illustre du quinzième siècle, dont la naissance et la mort sont à peu près inconnues, fut chantre et chapelain des rois Charles VII, Louis XE et Charles VIII et trésorier de Saint-Martin de Tours. Il perfectionna l'art d'écrire pour les voix, se distingua dans les contrepoints conditionnels, inventa la forme appelée cano7i, à peine essayée avant lui ; composa, selon Tusage de ses devanciers, mais avec une harmonie plus correcte et une science plus grande, des messes où l'une des parties chantait un air populaire pendant que les autres accompagnaient sur les textes sacrés. Okeghem est un des grands musiciens qui aient le plus influencé l'art de son temps, non seulement par ses productions musicales, mais aussi par son enseignement. Josquin Desprès, Antoine Brumel, Pierre de La Rue, etc., furent ses illustres élèves. Ses messes : Ad omnem tonum. Au travail suis, Pour quelque peine, Ecce ancilla Domini, et ses motets : Ma bouche rit, Malheur me bat. Petite Camusette, Presque transi, etc., sont demeurés célèbres.

ONSLOW (Georges), compositeur, né à Clermont (Puy-de-Dôme) le 27 juillet 1784, mort en cette ville le 3 octobre 1852, second fils d'un lord de ce nom et d'une dame de Bourdeilles, reçut l'éducation d'un riche gentilhomme et n'apprit la musique qu'en amateur. Cet art, d'ailleurs, le laissait froid. Un jour, ce que n'avaient pu faire ni Beethoven ni Mozart, l'ouverture de Stratonice, de Méhul, l'accomplit. Ce fut une révélation ; Onslow devint fou de la musique et n'eut point de cesse qu'il n'en ait écrit. Il jouait passablement du violoncelle; il fit de la musique de chambre, et quelques conseils de Reicha achevé-

rent de lui donner les notions suffisantes. Son nom se répandit. Il écrivit des symphonies qui furent jouées au Conservatoire; il s'aventura'même jusqu'au théâtre, et l'Alcade de la Vega, le Colporteur, le Duc de Guise firent leur apparition à la salle Feydeau. Sou œuvre, qui comprend soixante et dix ouvrages : quatuor, quintettes, etc., est aujourd'hui tombé dans l'oubli.

ORTIGUE (Joseph-Louis d'), écrivain sur la musique, né à Cavaiilon (Vaucluse) le 22 mai 1802, mort à Paris le 20 novembre 1866, prit part, comme critique musical, à la rédaction de plusieurs journaux : le Mémorial catholique, l'Ave?ïir, Gazette ei France musicale, le Temps, le National, le Journal des Débats, la Maîtrise (avec ISiedermayer), Journal des Maîtrises (avec Félix Clément), etc. 11 a écrit aussi plusieurs ouvrages, parmi lesquels un Dictionnaire liturgique, historique et théorique du plain-chant et de la musique d'église dans le moyen âge et les temps modernes, et un Traité théorique et pratique de l'accompagnement du plain-chant, avec Niedermayer, etc., etc.

ORTOLAN (Eugène), compositeur, né à Paris le 1" avril 1824, a donné au théâtre Lyrique, en 1835, Lisette, et aux Bouffes-Parisiens, la Momie de Roscow en 1857. Il a fait encore exécuter à Versailles, en 1867, un oratorio intitulé Tobie.

PACINI (GiovAîVNi), compositeur dramatique, connu sous le nom de Pacini di Roma, est né à Catane le 17 février 1796 et mourut à Pescia le 6 décembre 1867. Il fit son éducation musicale sous la direction de Thomas Marchcsi et de Mattei, et composa à dix-sept ans son premier ouvrage: Annetta e Lucindo, qui fut joué à Venise avec succès. Pacini fut d'une fécondité remarquable. Dans le cours de sa vie, il fit représenter soixante et onze opéras, qui, pour la plupart, furent bien accueilhs, et en possédait encore une quinzaine en portefeuille. Malheureusement, malgré les nombreuses qualités de ces ouvrages, ceux-ci manquent d'originalité et ne sont, quant au style, que des imitations de Rossini, de Mercadante, de Bellini, qui furent tous trois ses amis. Ses opéras réputés les plus remarquables sont : Adélaïde e Comingio (Milan, 1818) et l'Ultimo Giorno di Pompeia (Naples, 1825); ce dernier a été représenté à Paris quelques années après.

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