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CHAPITRE III

Luther. — Palestrina. — Willaert. — Roland de Lattre. La musique religieuse. — Le madrigal.

Le grand et fécond mouvement de la Renaissance imprima à l'art musical une nouvelle direction. Laissant de côté les froides abstractions de la science, les combinaisons stériles des contrapontistes et les arrangements plus ou moins compliqués des ingénieux harmonistes, les musiciens du seizième siècle s'occupent principalement de ce qui avait été négligé et dédaigné jusqu'alors ; nous voulons parler de la mélodie^ qui donne à la musique le mouvement, la couleur et.la vie. Ce revirement subit eut deux auteurs principaux : Luther, dans l'Église protestante ; Palestrina, dans l'Éghse catholique.

Luther, pour les besoins du culte qu'il venait de fonder, composa et fit composer, par des poètes et des musiciens de ses amis, des cantiques et des motets en langue vulgaire, harmonisés à quatre parties et auxquels il donna le nom de chorals. Ces morceaux rehgieux eurent une vogue immense et furent le point de départ de la rénovation et de l'extension de Tart musical en Allemagne.

Au nombre des musiciens qui contribuèrent, avec Luther, à la création et au développement du choraU il convient de citer Walther, le philosophe, le vieil harmoniste Rumpf et surtout Ludwig Senfl, pour lequel Luther professait une estime toute particulière.

Calvin appela également la musique à l'aide de sa réforme religieuse et il fit mettre en musique , par Claude Goudimel (1510-1572), les psaumes de David, que Clément Marot et Théo-

dore de Bèze avaient traduits en vers français. Ce Claude Goudimel, né en Franche-Comté et mort à Lyon, victime de la Saint- Barlhélemy, s'était rendu célèbre par plusieurs messes, motets et chansons, d'une harmonie savante et d'un sentiment mélodique très développé pour l'époque. Mais ce qui fit principalement sa grande renommée, ce fut l'école de musique qu'il ouvrit à Rome, vers 15/i0, et d'où sortirent plusieurs compositeurs remarquables, parmi lesquels Palestrina, le plus illustre de tous.

Giovanni-Perluigi vint au monde à Palestrina, dans la campagne de Rome, et prit le nom de sa ville natale, nom que la postérité lui a conservé. Elève de Goudimel, il suivit pendant quelque temps les errements harmoniques de l'école gallo-belge et composa, comme tant d'autres, une messe sur la chanson populaire de l'Homme armé.

Après avoir été maître de chapelle de Saint-Pierre du Vatican, puis chantre de la chapelle papale, il devint successivement maître de chapelle de Saint-Jean de Latran et de Sainte-Marie- Majeure (1561). Ce fut à cette époque qu'il composa, pour l'office du Vendredi saint , ses versets appelés Improperia, empreints d'une grave tristesse et d'une poésie pénétrante. Ces accents tout nouveaux firent sur les auditeurs la plus vive impression et, lorsqu'il fut question de réformer la musique liturgique, devenue, entre les mains des harmonistes, un amas de bizarreries et d'extravagances, on s'adressa, d'un commun accord, à Palestrina.

Le maître ne trompa pas Pespérance qu'on avait mise en lui. Le 21 avril 15G5, il livra aux cardinaux et aux chantres de la chapelle pontificale une messe à six voix, à laquelle il donna le nom de messe du pape Marcel, confessant ainsi pubhquement la reconnaissance qu"il gardait pour ce pontife, dont il avait été le protégé et Pami. Cette messe^ pleine [de majesté, de sérénité et d'onction, sauva de la ^proscription la musique mesurée, que le Concile de Trente voulait bannir des éghses pour revenir au plain-chant de saint Ambroise. Palestrina fut alors nommé compositeur de la chapelle papale et conserva ses fonctions jusqu'à sa mort (159/t). Ce compositeur de génie fut inhumé dans Péglise

PALESTR INA

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