LA MUSIQUE A L ÉPOQUE DE LA RENAISSANCE
Saint-Pierre de Rome et l'on grava sur son tombeau ces simples mots : Johannes Petinis Aloysius Prœnestmus,musîcœ princeps.
Palestrina doit être considéré comme le véritable créateur de la musique religieuse. Dans ses nombreuses compositions, il ne sort guère delà tonalité duplain-chant, n'employant, pour ainsi dire, que des accords consonnants, dédaignant les effets rythmiques et considérant la science harm.onique comme un moyen et non comme le but de l'art.
Jusqu'à présent, la musique savante n'a servi qu'à exprimer plus ou moins convenablement les sentiments religieux; le moment approche où elle va traduire les idées profanes et les passions humaines, se mêler à la vie de tous et prêter ses accents gais ou tristes aux joies ou aux douleurs terrestres. La musique rehgieuse va faire place à la musique dramatique, à laquelle elle empruntera désormais ses perfectionnements successifs.
Un certain nombre de compositeurs préparent cette transition de l'art rehgieux à l'art profane. Parmi les principaux, il convient de citer :
Adrien Willaert, de l'école gallo-belge, qui fonda à Venise une école célèbre, écrivit de nombreuses compositions d\m style large et élevé, s'affranchit des règles étroites des contra-pontistes et inaugura un genre nouveau, qui eût un succès immense ; le madrigal, sorte de morceau à plusieurs parties indépendantes les unes des autres et dont la mélodie, accommodée au sens des paroles, était soutenue par une harmonie libre et variée ; Nanini, admirateur et émule de Palestrina ; Marenzio, surnommé par ses contemporains le Doux Cygne, le Divin Compositeur, et dont les madrigaux^ d'une mélodie pénétrante, offrent des combinaisons harmoniques inattendues et hardies pour cette époque; Gesnaldo, prince de Venouse, qui fît, un des premiers, grand usage des signes chromatiques dans ses compositions pleines de grâce et de mélancolie ; André Gabrielli et Jean Ga- BHiELLi, son neveu, illustres organistes de Venise ; enfin Roland DE Lattre (Orlando Lasso), né en 1520, mort en 159/i, le plus illustre des compositeurs de l'école gallo-belge. Pendant plus de quarante ans, il étonna le monde musical par le nombre, la va-
riété, la science et l'originalité de ses productions et reçut, comme Palestrina, le titre glorieux de Prince de la musique. Il eut sur son siècle la plus heureuse influence et contribua puissamment à dégager l'art musical des tonalités grégoriennes et des arides subtilités des maîtres harmonistes.
Avec le seizième siècle se termine le règne de la musique ecclésiastique ; ère pleine d'obscurités, d'essais, de tâtonnements, de travaux considérables ; longue et laborieuse période de préparation et d'enfantement, féconde aussi en magnifiques résultats et qui, ouverte par saint Ambroise, fut fermée par l'illustre Palestrina. La musique recueillie par l'Eglise, élevée, nourrie, développée par l'Eglise, va secouer le joug de ses maîtres, briser les Uens trop étroits dans lesquels l'ont enfermée les scolastiques, respirer un autre air que celui des cathédrales, interpréter d'autres paroles que celles de la liturgie et chanter les passions humaines au lieu des perfections divines. L'Eglise fait place au Théâtre et, d'essentiellement rehgieuse, la musique devient essentiellement dramatique.