‹ Petite encyclopédie musicaleChapitre 88 sur 97 · STOLZ — STRADIVARIUS · texte numérisé non relu

STOLZ — STRADIVARIUS

aux deux fugitifs partout où ils les rencontreraient. Ils se mirent à leur poursuite et les atteignirent à Rome. Stradella devait chanter ce jour même un oratorio de sa composition, à Saint-Jean de Latran ; les assassins le guettèrent à l'église, dissimulés derrière l'autel. Mais, frappés par la grandeur de la musique du maître, troublés par les sublimes accents de sa voix, leur émotion fut telle, qu'ils ne purent se décider à accomplir leur sinistre mission ; ils tombèrent à ses genoux et l'avertirent du danger qu'il courait ainsi que sa compagne. Ce dénouement n'était pas de nature à satisfaire le noble vénitien. Plus acharné que jamais, il sut intéresser à ses desseins le père même de la jeune femme et le plag^ à la tête d'une nouvelle bande. Stradella, surpris par eux à Turin, reçut plusieurs coups de poignard ; cependant il n'en mourut point. Cette histoire fit grand bruit. Les ambassadeurs de Venise et de France, Madame Royale, s'en mêlèrent'; puis, comme il n'y avait pas mort d'homme, l'affaire en resta là. Quelque temps après, Stradella put enfin épouser son amie et se rendit avec elle à Gênes. Le lendemain ils étaient frappés tous deux dans leur chambre, et, les assassins s'étant enfuis dans une barque, il n'en fut plus parlé. Stradella e'crivit des opéras, des cantates, des madrigaux, etc., mais ce que l'on connaît le plus aujourd'hui de son œuvre consiste en morceaux religieux. Une de ces pièces, particulièrement renommée, a été adaptée aux paroles de l'O Salutaris. La dramatique histoire de Stradella a fourni à Flotow et à Niedermeyer le thème des opéras qui portent son nom.

STRADIVARI ou STRADIVARIUS (Aatoine), le plus célèbre des anciens luthiers d'Italie, naquit à Crémone en 1644 et mourut en cette ville en 1737. Élève de Nicolas Amati, il fabriqua d'abord des instruments exactement pareils à ceux de son maître (1667-1670). Ensuite il les signa, mais pendant près de vingt ans, on ne sait pour quel motif, il sembla peu produire. Les instruments de cette époque ont reçu le nom de Stradivarius amatisés, parce qu'on y retrouve les données d' Amati avec quelques perfectionnements (1670-1600). Plus tard, les formes se dégagent. Le bois est choisi avec le plus grand soin ; les voûtes s'abaissent en courbes plus parfaites et plus adoucies ; les ouïes prennent la forme qui a servi de modèle depuis ; les éclisses sont du bois le plus léger, les volutes deviennent plus élégantes; enfin le vernis, d'une solidité qui défie l'action du temps et dont le grand artiste a emporté le secret avec lui, revêt des tons plus chauds. En un mot, les instruments de cette période sont d'une perfection

si absolue, qu'ils défient toute comparaison, et sont, fort heureusement, très nombreux (1690-1725). Dans les années suivantes, soit par l'âge ou par les soins moins assidus du grand artiste, soit pour toute autre raison, la pureté de ses instruments diminue progressivement, si bien qu'en 1730 les traces de la main du maître ont presque entièrement disparu. Après sa mort, ses fils Francesco et Omohono terminèrent les instruments commencés et les signèrent de son nom. De là résulte une grande incertitude quant à la provenance des produits des derniers temps.

STRAUSS (Johann), célèbre compositeur de musique de danse, né à Vienne le 14 mars 1804, mort en cette ville le 21 septembre 1849, fit partie , à dix-neuf ans , de l'orchestre renommé de Lanner. Ses premières valses ayant obtenu du succès, il forma bientôt luimême un orchestre et devint pour son. ancien chef un rival redoutable. Strauss parcourut avec son orchestre la France, l'Angleterre et la Belgique, avec de grands succès populaires. Il composa environ cent cinquante recueils de valses, galops, etc.

STRAUSS (Johann), compositeur dramatique et de musique de danse, fils du précédent, naquit à Vienne le 25 octobre 1825. Élève de Dreschler, maître de chapelle de Saint-Etienne à Vienne, il fit à dix-neuf ans ses débuts comme chef d'orchestre et comme compositeur. Poursuivant les traditions de son père, c'est à la musique de danse qu'il consacra ses inspirations : Ver luisant; Chansons d'amour; Sur les montagnes; Vin, femme et chant; le Beau Danube hleu, etc., etc., le placèrent bientôt à la tête des compositeurs dans ce genre. En 1870, M. Strauss fit son premier essai au théâtre avec une opérette : la Rei?ie Indigo, qui fut donnée quelques années plus tard à Paris au théâtre de la Renaissance. Le succès ayant répondu à ses efforts, il a depuis donné à Vienne, au théâtre de la Wien, le Carnaval à Rome (1873); la Chauve-Souris (1874); Mathusalem (1877); Colin-Maillard (1878) ; etc. M. Strauss a fait avec son orchestre des voyages en Russie, en Allemagne, en France, en Angleterre, en Amérique, avec une vogue inépuisable, tout en demeurant attaché à Vienne comme chef d'orchestre des bals de la cour. Depuis 1863, il a chargé ses frères Joseph et Edouard de lui succéder, dans la direction de son orchestre, et ne s'est plus occupé que de théâtre.

SUDRE (Jean-François), compositeur, professeur et inventeur, né à Albi le 15 août 1787, mort à Paris le 3 octobre 1862, fit ses études

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musicales au Conservatoire de Paris et se livra ensuite à l'enseignement dans le midi de la France. Il fonda en 1818 une école mutuelle de musique à Toulouse, puis s'occupa de composition. En 4828, il vint à Paris soumettre à l'Institut un système inventé par lui, et quïl appelait : Téléphonie, langue musicale pour la transmission instantanée de la pensée à de grandes distances, moyennant Vemploi de trois sons divea^sement combinés comme ordre d'intonation^ comme durée et comme rythme. Ce système fut hautement approuvé par l'Institut, par les comités militaire et de la marine en France, et généralement dans tous les pays où l'auteur l'a fait connaître. Parmi les nombreuses applications qu'il comporte, il faut signaler celle qui en a été faite par Sudre aux aveugles sourds et muets, où le rythme seul est employé à l'aide de chocs répétés. Le jury de l'exposition de Paris, en 18oo, décerna à Sudre une récompense de 10 000 francs, et l'exposition de Londres lui valut de l'État une pension viagère. Il a laissé quelques compositions pour violon et orchestre, des mélodies à une ou plusieurs voix, et les chants patriotiques : la Colonne et le Champ d'asile, etc.

SULLIVAN (Arthur-Seymour), chef d'orchestre, compositeur et pianiste, né à Londres le 13 mai 1842, fit ses études musicales à l'Académie royale de musique et se livra ensuite à la composition. The Contrabandista fut son début au théâtre (1867); the Prodigal Son, oratorio, suivit au festival de Worcester (1869), et ensuite vinrent successivement un Te Beiim (chœurs, soh et orchestrej, en 1872, au Grystal-Palace ; the Light of the World, oratorio, au festival de Birmingham (1873) ; enfin, il donna au théâtre de F Opéra-Comique the Sorcerer (1877) et the Pinafore (1878). M. Arthur Sullivan, a composé, en outre, des cantates, des ouvertures, des morceaux symphoniques, des songs (chants) en quantité, etc., etc. Il a été chef d'orchestre à Covent-Garden, au Crystal-Palace, à l'Aquarium de Westminster, etc. Professeur à l'Académie royale de musique de Londres, il a résigné ses fonctions en 1876 pour prendre la direction de la nouvelle école musicale de South-Kensington, fondée sous le patronage du prince de Galles, et s'est chargé de l'une des classes de composition de cet étabhssement.

SUPPÉ (Franz de), compositeur et chef d'orchestre, né à Spalato (Dalmatie) le 18 avril 1820, apprit la flûte avec passion dans son enfance et composa une quantité de petits morceaux pour cet instru-

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ment. Admis ensuite au Conservatoire de Vienne, il y étudia fharmonie, le contre-point et rinstrumentation avec Salzmann, Sechter et Seyfried. Puis il reçut les conseils de Donizetti, son parent, qui venait d'être appelé à la direction de la chapelle de la cour. Nommé professeur suppléant au Conservatoire et chef d'orchestre du théâtre Joseph-Stadt, il donna sur cette petite scène un vaudeville dont le succès lui valut la direction de l'orchestre de Presbourg. Trois ans après il occupa les mêmes fonctions au théâtre de la ^Vien, puis à celui du Quai, et enfin au théâtre de Léopold-Stadt, où il a fait exécuter un certain nombre d'ouvrages de sa composition. Outre deux cents vaudevilles environ dont il a fait la musique, M. de Suppé a encore composé une vingtaine d'opéras bouffes : la Jeune Paysanne, Paragraphe III, la Belle Galatéc, Fatinitza, etc., etc. Fatinitza est le seul de ses ouvrages qui ait été joué à Paris. Il y a été donné au théâtre des Nouveautés, après avoir été applaudi à Bruxelles.

SUSSMAYER ( François- Xavier ) , compositeur distingué, né à Steyer (Autriche) en 1766, .mort à Vienne en 1803, s'essaya dès son jeune âge à la composition et vint se perfectionner à Vienne, sous la direction de Salieri. C'est là qu'il connut Mozart et devint en même temps son élève et son ami. A son lit de mort, le grand compositeur lui confia la tâche délicate de terminer sa fameuse Messe de Requiem. Une vive polémique s'engagea au bout de quelque temps à ce sujet, en Allemagne, sur la part qui revenait à Mozart et sur le complément de Sussmayer. Ce dernier finit par trancher la question en indiquant avec précision la nature et l'étendue de son travail. 11 résulte de la lettre qu'il écrivit à cette époque, qu'une partie du Dies irœ, le Sanetus, le Benedictus et VAgniis Dei sont de lui et qu'il orchestra le reste d'après la base chiffrée et les instructions de Mozart. Sussmayer fut chef d'orchestre au théâtre national de Vienne en 1792 et second chef au théâtre de la cour en 1794. Il a donné à la scène une quinzaine d'ouvrages, parmi lesquels on cite le Turc à Naples (Prague, 1794); les Volontaires (Vienne, 1796); .So/maw II (Vienne, 1800), etc.

SVENDSEN (Johaxn-Severo), compositeur norvégien, né à Christiania le 30 septembre 1840, fut tour à tour soldat dès Fâge de quinze ans, clarinette de régiment, puis flûtiste, violon-solo dans un cours de danse, virtuose de concert, musicien d'orchestre et enfin élève du Conservatoire de Leipsick, grâce à la protection du consul de Suède,

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qui lui fit obtenir une pension du roi Charles XV, pour continuer ses éludes. En 1867, il donna en Danemark, en Ecosse, en Irlande et en Angleterre, des concerts où il obtint de brillants succès. Nommé directeur de musique de l'Euterpe, société de concerts rivale du Gewandhaus à Leipsick, il occupa ce poste durant une année et partit pour l'Amérique. Il revint, en 1872, à Christiania, diriger les concerts de la cour. Le roi Oscar II lui ayant octroyé une pension, il vint se fixer à Paris, où il a fait entendre avec un grand succès un Octuor pour instruments à cordes, à l'exposition de 1878, et une Rapsodie norwégienne, aux Concerts populaires, l'hiver suivant. Parmi ses œuvres on remarque, outre celles déjà citées, le Carnaval à Paris j la deuxième Symphonie, l'introduction de Sigurd le Mauvais, etc.

SZARVADY (M™e Wilhelmine CLAUSS, épouse), pianiste distinguée, née à Prague en 1834, fit ses études musicales sous la direction de Joseph Procksch et commença en 1849 des voyages artistiques avec sa mère. A la cour de Dresde, à Leipsick, à Brunswick, Cassel, Francfort, Hambourg, et enfin à Paris (1832), elle obtint les succès les plus brillants. Après la mort de sa mère et son mariage avec M. Szarvady, elle fit encore un voyage dans l'Allemagne du Sud et en Hongrie, voyage non moins heureux que le premier, et vint se fixer à Paris. Dans cette ville, elle a contribué au grand mouvement qui s'est opéré depuis quelques années vers la musique classique et a publié ou arrangé plusieurs chefs-d'œuvre anciens tombés en oubli. M. Szarvady, son mari, mort en 1881, était un critique musical dis-

TAG (CHRÉTiEN-GoTTHn,F), claveciuiste et organiste célèbre, né à Bayerfeld (Saxe) en 1733, mort à Niederzwœnitz en 1811, fit son éducation musicale à l'école de la Croix à Dresde, où il resta six années durant. Quand il en sortit, en 1733, il devint cantor à l'école de Hohenstein et y demeura cinquante-trois ans. Malgré les leçons journahères qui lui prenaient douze heures de son -temps, il laissa un œuvre considérable et estimé, se composant de musique d'orgue et de clavecin, de chansons, de motets, de cantates, etc.

TAMBERLICK (Enrico), célèbre ténor italien, né à Rome le 16 mars 1820, débuta au théâtre del Fondo à Naples, dans Giulietta

e 'Romeo de Bellini, avec un grand succès. Il fut appelé aussitôt au théâtre San Carlo, et Xdil^orma acheva de le mettre en lumière. Il alla ensuite à Lisbonne, à Madrid, à Londres, à Saint-Pétersbourg, en Amérique, etc., excitant partout l'enthousiasme, et en 1858 arriva à Paris. Ses succès y furent immenses. Tamberlick fut longtemps brillant dans Otello, PoUuto,il Trovatore, Rigoktto, Guillaum,e Tell, la Muette, Robert le Diable, les Huguenots, le Far don de Tloèrmel, etc., et y fit admirer sa belle prestance, les rares qualités de sa voix et de son style et aussi son fameux ut dièse de poitrine, qu'il lançait d'une façon si formidable; mais lorsqu'il revint la dernière fois à Paris, en 1877, ce bel ensemble était fort altéré, et il a du depuis se retirer du théâtre.

TAMBURIM (Antoine), célèbre basse chantante, né à Faenza le 28 mars 1800, mort à Nice le 9 novembre 1876, commença l'étude de la musique avec Aldobrando, maître de chapelle à Fossombrone. De retour à Faenza, il chanta à l'Opéra dans les chœurs ainsi que dans les églises. A dix-huit ans, il s'échappa de la maison paternelle et alla s'engager au petit théâtre de Cento, où la Comtessa dl Col-Erboso lui valut des applaudissements. Après avoir erré pendant quelque temps avec sa. troupe, à Mirandola, à Correggio, à. Bologne, il entra au théâtre de Plaisance, et là, la Cenerentola^ Gli Assassini, etc., lui valurent quelques brillants succès. Il parcourut ainsi pendant plusieurs années les principales villes d'Italie : Livourne, Naples, Turin, Milan, Trieste, Venise, Palerme, Vienne, en voyant s'accroître de jour en jour sa réputation. En 1832, il vint à Paris et débuta aux Italiens dans Cenerentola. Il y resta dix ans, pendant lesquels il interpréta d'une façon remarquable les rôles principaux du répertoire, en même temps que Lablache, Rubiiii, M^cs persiani, Grisi et Viardot.

TARTINI (Joseph), violoniste et compositeur célèbre, né à Pirano (Istrie) le 12 avril 1692, mort à Padoue le 16 février 1770, fit des études très sérieuses dans sa première jeunesse, sa famille le destinant au cloître. Mais bientôt, se sentant peu de vocation pour l'état religieux, il abandonna le couvent et se livra à l'étude hbre de la musique et surtout de l'escrime, pour laquelle il avait une véritable passion. La nièce du cardinal G. Cornaro, qu'il avait épousée en secret, attira sur lui les persécutions de sa famille et celles de l'évéque. Tartini se réfugia au couvent des Minorités d'Assise, et pendant deux ans s'exerça avec ardeur sur le violon et dans la science de la composition. Un hasard malheureux l'ayant fait reconnaître, il lui

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