‹ Petite encyclopédie musicaleChapitre 93 sur 97 · VILLOTEAU — VOGEL · texte numérisé non relu

VILLOTEAU — VOGEL

belles représentations aux Tuileries, lorsque le retour de la cour dans ce palais en 1790 la contraignit à se réfugier au théâtre de la foire Saint- Germain. Mis ainsi dans l'impossibilité de continuer, Viotti s'associa avec Feydeau de Brou et construisit la salle qui porte ce nom, dans laquelle se trouvèrent réunis l'opéra italien et l'opéra français. La nouvelle salle ouvrit en 1791 ; mais dès 1792, les événements de la Révolution eurent bientôt tout dispersé, actionnaires et artistes. Viotti, ruiné, passa en Angleterre, et il allait [reprendre la série de ses triomphes à Londres, lorsque le bruit se répandit que le pauvre artiste n'était qu'un agent déguisé du parti révolutionnaire. Contraint de quitter l'Angleterre, il se retira près de Hambourg jusqu'en 1795, et écrivit pendant cette période quelques-uns de ses plus beaux duos. Son innocence une fois reconnue, il retourna en Angleterre, mais son esprit avait été si affecté des calomnies répandues sur son compte, que jamais il ne voulut reprendre sa carrière d'artiste. Il se fixa à Londres dans une famille amie, vivant dans le calme, et composant les célèbres concertos qu'il désignait par les lettres A, B,C,D. Après la paix d'Amiens (1802), il put revenir à Paris, où, cédant aux sollicitations de ses amis Chérubini, Rode, etc., il consentit à se faire entendre au Conservatoire. Son talent était encore dans sa plénitude. Viotti fit en 1804 une nouvelle apparition à Paris et s'y fixa en 1808. En 1815, il prit en main la direction de l'Opéra. Cette dernière entreprise ne fut pas heureuse : la décadence de ce théâtre était trop marquée, lorsqu'il y arriva, pour qu'il pût en arrêter les progrès. On le rendit cependant responsable du mauvais état des choses, et il fut remercié en 1822. Tant de déboires et de chagrins altérèrent sa santé. Il se retira à Londres et ne revint plus en France.

VITTORIA. — Voir VICTORIA.

VIVIER (Eugène), corniste virtuose, né en Corse en 1821, devint célèbre par un procédé dont il était l'inventeur et qui lui permettait de tirer simultanément plusieurs sons de son instrument. Il faisait ainsi produire à un seul cor d'harmonie jusqu'à trois sons à la fois, et ces trois sons étaient d'égale intensité. Tout Paris a assisté à ces séances intéressantes où l'artiste exécutait seul de petits trios (entre autres la Chasse) de sa composition. Jusqu'ici le procédé employé par Vivier pour obtenir ces effets, à peine croyables, n'a pas été dévoilé.

VOGEL (Jean-Christophe), compositeur dramatique, né à Nuremberg en 1756, mort à Paris en 1788, fit ses études musicales à Ratis-

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bonne sous la direction de Riepel. En 1776, il vint à Paris, et, comme il était habile sur plusieurs instruments, les ducs de Montmorency et de Valentinois l'attachèrent successivement à leurs musiques. Admirateur passionné des opéras de Gluck, il chercha à imiter son style et écrivit sous cette constante préoccupation la Toison d'or, dont il n'obtint la représentation à l'Opéra qu'en 1786. Cet ouvrage fut accueilli avec faveur et devait encourager son auteur. Malheureusement, Vogel s'adonnait aux excès de toute nature, et sa production était lente. Il fut emporté par une fièvre maligne avant l'exécution de son second ouvrage : Démophon. L'ouverture, page des plus remarquables, en fut jouée d'abord au Concert de la Loge Olympique en 1789. Son succès fut tel, que l'on remit au ^théâtre la Toison d'or, sous le titre nouveau de Médée à Colchos, et Démophon fut donné en entier la même année. De ces deux opéras, l'ouverture de Démophon seule est restée. On l'exécuta souvent dans les concerts et dans les cérémonies publiques, entre autres au Champ de Mars en 1791, aux funérailles des officiers -tués à Nancy, etc. Vogel fut, en outre, l'auteur de symphonies, concertos, quatuor, duos, etc., pour les instruments.

VOGEL (Charles-Louis-Adolphe), compositeur, né à Lille en 1808, petit-fils du précédent, commença ses études musicales dans cette ville et vint les achever à Paris au Conservatoire. En 1830, un chant patriotique, intitulé les Trois Couleurs, qu'il écrivit en une nuit après la révolution de Juillet ; ses romances : Ma Frégate, le Kabyle, Tohie, etc., et surtout l'Ange déchu, qui fut populaire et traduit dans toutes les langues, lui firent une réputation européenne. En fait de théâtre, Adolphe Vogel donna aux Nouveautés, en 1831, le Podestat, petit acte qui fut repris à l'Opéra-Comique en 1833; à la Renaissance, le Jugement dernier, oratorio, avec décors et costumes. Le Siège de Leyde, opéra, qui eut un grand succès au théâtre de la Haye, en 1847; la Moissonneuse, au théâtre Lyrique, en 1853; B.ompons! aux Bouffes-Parisiens, en 1837 ; le Nid de cigogne, à Bade, en 1838 ; Grredin de Pigoche ! aux Fohes-Marigny, en 1866; la Filleule du roi, à la Renaissance, en 1875. Outre ces ouvrages, Adolphe Vogel a composé des symphonies, quatuor, quintettes, chœurs, morceaux d'église, etc.

VOGL (Hexri), chanteur dramatique allemand, né en Bavière en 1845, étudia le chant sous la direction de Franz Lachner et débuta

VOGEL — VOGLER. 375

au théâtre de la cour à Munich dans le Freyschûtz, en 1865, avec un très grand succès. A partir de ce moment, il n'a pas cessé d'interpréter les grands rôles de ténor du répertoire allemand, et s'est montré particulièrement remarquable dans les opéras de Richard Wagner.

Sa femme, M^^ Thérèse THOMAS-VOGL, née à Lutzwing (Bavière) en 1845, est une cantatrice également renommée. Elle a débuté en 1864 au théâtre deCarlsruhe et a été ensuite engagée au théâtre de la cour à Munich, où elle est restée jusqu'ici.

VOGLER (l'abbé Georges-Joseph), compositeur et théoricien, né à Wurzbourg le 15 juin 1749, mort à Darmstadt le 6 mai 1814, se destinant à la prêtrise, mena de front les études littéraires, théologiques et musicales. En 1771, il se rendit à Mannheim et fit exécuter pour ses débuts un ballet, intitulé Ino, au théâtre de la cour. Puis il se rendit en Itahe, oii il reçut les conseils du P. Martini à Bologne et du P. Valatti à Padoue. Ensuite il partit pour Rome, où il reçut la prêtrise, et se fit nommer protonotaire apostolique, camérier du pape, chevalier de l'Éperon d'or et membre de l'Académie des Arcades. De retour à Mannheim, il y étabht une école de musique suivant une théorie nouvelle de l'harmonie, dont il était l'auteur, et se fit nommer second maître de chapelle de la cour, vers 1777. Peu de temps après, parut sa théorie sous le titre de : Science de la musique et de la composition; puis un autre ouvrage: VÉcole de musique duPalatinat, et un journal spécial à son école. En 1779, l'électeur palatin étant appelé à succéder à celui de Bavière, sa cour se rendit à Munich, et Vogler la suivit. Il venait d'y donner sans succès, pour son second essai dramatique, un premier opéra: A/6er^ III de Bavière (1781), lorsqu'il se démit de ses places et fit de longs voyages en Espagne, en Grèce, en Orient, faisant représenter à Paris, en passant, la Kermesse ou la Fête du village, qui eut un échec complet (1783). A son retour, en 1786, il alla comme maître de chapelle à la cour de Suède, et fit construire un orgue de son invention qu'il nomma orchestrion, avec lequel il parcourut la Hollande, l'Angleterre et l'Allemagne. En 1791, il donna Castor et Polluxy à Mannheim, et, cette fois, obtint quelques succès ; en 1792, Gustave- Adolphe, à Stockholm ; puis revint à Paris donner un concert d'orgue à Saint-Sulpice et s'enquérir de la nature des fêtes musicales révolutionnaires. Son école de musique avait prospéré à Stockholm, et pourtant il quitta cette ville, en 1799, pour aller établir à Prague une troisième école. Entre temps, il avait donné, à Copenhague,

Hermann de TJnna, son meilleur ouvrage. En 1803, il alla à Vienne y faire représenter Samori. Après avoir fait encore quelques voyages en Allemagne, il se fixa à Darmstadt comme maître de chapelle de la cour, en 1807, et fonda une quatrième école, qui compta parmi ses élèves Charles-Marie de ^yeber, Meyerbeer, Winter, Knecht, Ritter, etc. En 1812, Vogler ferma cette école, entreprit avec ses élèves des voyages instructifs, revint à Darmstad en 1813 et s'éteignit peu de temps après. Son œuvre musical est peu original.

VOLKMANN (Frédéric-Robert), compositeur allemand, né à Lommach (Misnie) le 6 avril 1815, étudia le piano et l'orgue avec son père, cantor en cette ville, et se rendit en 1836 à Leipsick, pour y terminer son éducation musicale. En 1841, il alla habiter Prague et se fixa ensuite à Pesth, où il devint professeur de composition à l'École de musique. M. Volkmann, dont l'œuvre est considérable, d'une bonne facture et d'un joli style, quoique manquant un peu d'originaUté, a abordé tous les genres, à l'exception du théâtre et de l'oratorio. L'ouverture de Richard lîl, le Livre d'images et généralement ses compositions à quatre mains sont ses meilleures productions.

VUILLAUME (Jean-Baptiste), luthier français renommé, né le 7 octobre 1798 à Mirecourt (Vosges), mort le 19 mars 1875 aux Ternes (Paris), d'une famille de luthiers avantageusement connus à Mirecourt pendant le siècle dernier, fit son apprentissage chez son père. En 1818, il vint à Paris et, après avoir été l'associé de plusieurs maisons, s'établit seul en 1828. Ses instruments, remarquables imitations de ceux de Guarneri, d'Amati et surtout de Stradivari, sont très estimés et ont obtenu un grand succès auprès des artistes et des amateurs.

WACHTEL (Théodore), ténor allemand renommé, né à Hambourg en 1824, embrassa d'abord la profession de son père, qui était cocher et loueur de voitures. Un hasard lui ayant révélé la beauté de sa voix, il étudia le chant avec M™° Grandjean, professeur distingué de Hambourg, et se produisit dans les concerts et ensuite au théâtre de cette ville. Successivement à Schwerin, Dresde, Wurtzbourg, Darmstadt, HanovTe, ses succès allèrent toujours grandissant; et, lorsqu'il parut à Cassel, à Vienne, au théâtre de la cour, à l'Opéra royal

VOLKMANN — WAGNER. 377

de Berlin, à Covent-Garden à Londres, il remporta de véritables triomphes. Sa voix, d'une étendue considérable, et son talent, d'une souplesse remarquable, lui permirent de posséder un répertoire à la fois riche et varié, depuis le Trouvère et les Huguenots jusqu'au 'Postillon de Lonjumeau, ouvrage qu'il jouait avec une désinvolture toute spéciale et dans lequel les claquements de son fouet (en sa qualité d'ancien cocher) étaient devenus légendaires. M. Wachtel a fait à Paris, en 1869, une apparition qui ne lui a pas été favorable.

WAELPUT (Henri) , compositeur belge , né à Gand le 26 octobre 1845, commença dans cette ville son éducation musicale et la termina au Conservatoire de Bruxelles, où il remporta le premier prix de composition en 1866, et le prix de Rome (de Belgique), l'année suivante. En 1869, M. Waelput fut nommé directeur du Conservatoire de Bruges, devint chef d'orchestre du théâtre et par la suite organisa des concerts populaires. Il quitta ses fonctions en 1871, vint s'établir à Dijon, où il demeura jusqu'en 1875, et, de là, retourna dans sa ville natale, où il fut nommé chef d'orchestre au théâtre. C'est dans cette ville que M. Waelput a fait exécuter par fragments ses œuvres principales : Berken le Lapidaire^ opéra ; la Bénédiction des armes, la Pacification de Gand et Memling, cantates ; des symphonies, des lieder, etc.

WAGNER (Guillaume-Richard), compositeur dramatique allemand, né à Leipsick le 22 mai 1813, mort à Venise le 13 février 1883, s'occupa d'abord avec ardeur de poésie et de littérature et entra dans l'école de Nicolaï à Leipsick. Une symphonie de Beethoven qu'il entendit vint tout d'un coup modifier ses projets d'avenir. Tout en suivant les cours de l'Université, il résolut de se faire musicien, et commença l'étude de l'harmonie et de la composition sous la direction de Weinling. Sa première œuvre fut une ouverture que l'on exécuta au Gewandhaus avec un certain succès. D'autres compositions, parmi lesquelles il faut citer une symphonie, obtinrent aussi des auditions heureuses dans la même salle, en 1833. En 1834, nommé directeur de musique au théâtre de Magdebourg, il écrivit un opéra : les Fées, qui ne fut pas représenté. La Novice de Palerme, jouée à Magdebourg en 1836, n'y obtint aucun succès, quoiqu'elle indiquât une manière plus personnelle. Wagner fut affecté de cet échec. 11 démissionna et alla prendre pour six mois la direction de l'orchestre du théâtre de Kœnigsberg ; de là, il se rendit à Riga comme directeur de

musique. Ce fut dans cette dernière ville qu'il conçut le plande Rienzi. En 1839, lorsqu'il eut achevé le texte ainsi que la musique des deux premiers actes, il s'embarqua pour Paris, n'ayant pour toute richesse qu'une foi robuste en son avenir. Durant la traversée, une tempête furieuse le jeta sur les côtes delaNorwège. L'aspect sinistre des plages, le chaos des éléments, la fuite affolée et vertigineuse du navire dans la nuit, sous la rafale, lui inspirèrent un nouveau poème qu'il écrivit et mit en musique plus tard sous le titre du Hollandais volant, connu depuis sous celui du Vaisseau fantôme. Arrivé à Boulogne, Wagner y rencontra Meyerbeer. L'accueil sympathique autant que généreux de|ce grand musicien permit à Wagner d'atteindre Paris et de s'y présenter sous bonne recommandation à M. Léon Pillet, directeur de r Opéra. Se procurer des moyens d'existence, arriver à produire publiquement ses œuvres furent ses premières préoccupations. Malheureusement, l'un était aussi difficile à réahser que l'autre. L'éditeur Schlesinger, son protecteur le plus influent, ne put parvenir à faire exécuter par la Société des concerts son ouverture de Faust, ni décider l'Opéra à jouer sa Défense de l'Amour, que le traducteur français refusa d'ailleurs de continuer, comme impropre à la scène. Pendant les trois années que Wagner passa à Paris sans avoir pu avancer d'un pas sa réputation, sa lutte contre la misère fut des plus rudes. Schlesinger lui ayant enfm procuré quelques travaux, il réduisit au piano la partition de la Reine de Chypre, arrangea pour le violon et le cornet à pistons des opéras nouveaux, se fit copiste, écrivit pour la Gazette musicale de petites fantaisies littéraires dans lesquelles il se dépeignait lui-même, et qui furent assez réussies. Cette période fut pénible sans doute pour l'artiste ; mais aussi que faire avec un homme qui disait lui-même : Je ne me sentais aucune sympathie pour les manières françaises, mais je me flattais d'imposer les miennes l Cependant, deux lettres adressées d'Allemagne vinrent mettre un terme à la mauvaise fortune de Wagner : Rienzi était accepté à Dresde et le Vaisseau fantôme à BerUn. Pour subvenir aux frais d'un voyage immédiat, il vendit à M. Léon Pillet le sujet du Vaisseau fantôme, s'en réservant la propriété en Allemagne, et partit pour Dresde (1842). [Le Vaisseau fantôme, mis en musique par Dietch, a été donné plus tard à l'Opéra.) Rienzi, le Dernier des Tribuns, fut donné à Dresde, le 30 octobre 1842, avec un plein succès. Dans cet omTage, où malheureusement la seconde partie n'est en quelque sorte que la répétition de la première, le compositeur, tout en imprimant à la musique le cachet de sa personnalité, y conserve les formes en usage. Certains procédés

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