WAGNER
rappellent, il est vrai, ceux de Meyerbeer, quelques allures italien aes y frisent la banalité; mais, en somme, l'œuvre renferme les beautés les plus réelles. Après ce succès, Wagner fut nommé maître de chapelle du roi de Saxe, et l'on mit à Tétude le Vaisseau fantôme. Exécuté le 2 janvier 1843, cet opéra, quoique supérieur à Menzi, tomba à plat. Ce fut dans cet ouvrage que Wagner employa pour la première fois des phrases typiques destinées à caractériser chacun de ses principaux personnages. Remis des découragements que lui avait causés cet insuccès, répété à Berlin en 1844, Wagner écrivit le Tannhaiiser. Dans cet ouvrage (Dresde, 1845), les tendances à la mélopée continue commencent à s'accentuer, les longueurs se multiplient, la tension non interrompue du style devient plus fatigante ; mais les beautés sont de premier ordre et les qualités scéniques n'ont pas encore entièrement disparu. 11 en est de même dans Lohengrin, opéra terminé en 1847, mais dont l'apparition fut reculée par les événements de 1848. Wagner avait pris part au mouvement insurrectionnel. Condamné à mort par contumace, après l'écrasement de la révolution, il s'était réfugié à Zurich ; ce fut Liszt qui fit donner Lohengrin à Weimar, en son absence, le 28 août 1850. Pendant ce temps, Wagner publiait les trois poèmes : Vaisseau fantôme, Tannhauser, Lohengnn, avec une préface interminable intitulée : Communication à mes amis. Pour qui sait lire entre les lignes, ce long exposé dépeint en entier le compositeur.
En 1860, Wagner revint à Paris et y donna de grands concerts, dans lesquels il produisit des fragments choisis de ses ouvrages. Ces concerts eurent du retentissement, surtout à la cour. La protection de certaine ambassadrice aidant, ordre fut donné de monter Tannhauser à l'Opéra dans le plus bref délai. Le monde officiel s'était partagé en deux camps. D'un côté se trouvaient les amis de la haute protectrice ; de l'autre, ses adversaires. Pour les uns comme pour les autres d'ailleurs, le nouvel ouvrage n'était qu'un enjeu, qu'un prétexte, et l'auteur n'avait de partisans vraiment sincères que les artistes ou les gens avides de nouveauté. Les choses en étaient là, lorsque Wagner, avec une maladresse insigne, vint préparer lui-même sa perte. Quelques jours avant la représentation, il publia une lettre remplie de sottises et d'outrecuidantes insolences, et se mit à dos tous les artistes. Alors, c'en fut fait du sort de son opéra. Le soir de la première représentation fut marqué par un orage tel, qu'on n'en vit jamais d'aussi tumultueux à l'Opéra. De la première jusqu'à la dernière mesure, il y eut un concert furieux de sifflets et de huées; il
fut absolument impossible d'entendre une seule note de la musique. Les mêmes violences se renouvelèrent aux deux représentations suivantes, qui furent les dernières. Après cet échec, Wagner alla se consoler auprès du roi Louis de Bavière. Pour obtenir la réalisation de ses vœux : le théâtre aiiUque, le fougueux démocrate se fit plat courtisan. Le 10 juin 1865, Tristan et Iseult vint marquer une nouvelle évolution accomplie dans la manière de \yagner. Ici, plus de mouvement scénique, plus de duos où les voix s'unissent, plus de ces retours d'une phrase aimée qui charmaient l'esprit tout en le laissant reposer; mais une mélopée continue aux rythmes rompus, sans formes définies, un effort toujours tendu, des longueurs interminables, la voix humaine se manifestant sans lignes propres et comme noyée dans l'ensemble orchestral ; enfin, brochant sur le tout, un poème triste et mal conçu, des héros peu intéressants et surtout peu humains. Les Maîtres chanteurs, opéra-comique donné à Munich le 21 juin 1868, présentent, à côté des mêmes errements, un retour vers la précédente manière. De joUes phrases, bien venues, ayant un commencement et une fin, surgissent çà et là ; la vie scénique est plus active ; il y a même de la gaieté, lourde et épaisse il est wai, mais franche. Ce ne fut là qu'un temps d'arrêt. Après avoir dévoyé fart de la scène, \Yagner ne pouvait s'arrêter en si beau chemin. Il lui fallait quelque chose de plus colossal, et, s'il faut dire le mot, de plus absurde. Il écrivit l'Anneau du Nibeliing, tétralogie; c'est-à-dire quatre opéras n'en formant qu'un et dont la représentation exigeait quatre soirées : 1° rOr du Rhin, prologue; 2° les Walkyries; 3° Siegfried; 4° le Crépuscide des Dieux. Les Walkyries et l'Or du Rhin furent donnés à Munich en 1870. Pour une telle œuvre, un théâtre ordinaire ne pouvait suffire. Wagner ouvrit une souscription, et, le roi Louis aidant, une salle fut construite suivant les plans du compositeur aux abords de la petite ville de Bayreuth (Bavière). Dans cette salle, entre autres particularités, l'orchestre était invisible. On y donna trois séries de représentations complètes. Les premières eurent lieu les 13, 14, 16 et 18 août, 1876. On aura une idée des dimensions insensées de cet ou\Tage, quand on saura quïl a douze actes et que l'un d'eux ne dure pas moins de deux heures trois quarts ! Après la représentation, Wagner prononça un discours dans lequel il s'écria : Nous avons donc montré maintenant que nous avons un art! Ces mots disent tout ; ils peignent d'un trait l'auteur de l'Anneau du Nibelung. Parsifal, le dernier opéra de Wagner, composé dans le même ordre d'idées, a été exécuté à Bayreuth en 1882.