‹ Petite encyclopédie musicaleChapitre 95 sur 97 · WAGNER · texte numérisé non relu

WAGNER

Richard Wagner a expliqué, dans ses écrits, la nature de ses réformes et leur but. Il voulait, disait-il, se rapprocher de la nature. Trouvant avec raison qu'une coupe trop régulière dans les morceaux, ainsi que les répétitions de phrases ou de mots qu'elle entraîne, subordonnait, outre mesure, l'action dramatique à la forme lyrique ; entravait les mouvements scéniques et nuisait à la justesse de l'expression, il chercha à dégager la pensée musicale des liens surannés qui l'enchaînaient pour l'attacher plus étroitement au drame. Jusquelà, rien de mieux, et Lohengrin termina fort dignement cette première période. Mais lorsque , entraîné par la folle passion de tout détruire, il en arriva à unir dans ,un monstrueux assemblage l'esthétique la plus subtile à un réalisme puéril et mesquin, il devint impossible, pour tout esprit sincère, de le suivre. On le vit alors se plonger dans d'abstraites et interminables analyses des sentiments humains et, sous prétexte de sacrifier, d'une façon plus complète, aux lois naturelles, prétendre bannir tout ce qui était convention au théâtre, comme si le théâtre pouvait être autre chose! Il supprima airs, duos, trios, etc., parce que, disait-il, deux ou plusieurs personnages ne parlent jamais simultanément dans la nature ; proscrivit toute forme musicale définie ou arrêtée, parce qu'il n'y a pas d'arrêt dans la nature ; n'admit enfin que le chœur et la seule mélopée ondulante et continue sans repos ni trêve, parce que la nature ne connaît ni trêve ni repos. Il croyait atteindre ainsi à l'idéal de l'art dramatique, tandis qu'il le ramenait simplement à ses premiers pas, aux balbutiements de son début!

En résumé, Richard Wagner fut un remarquable génie musical, que l'orgueil et la vanité ont aveuglé et déséquilibré. Doué d'un sentiment poétique profond, mais hbrettiste détestable, il n'a, quoi qu'on ait pu prétendre, rien inventé dans l'art de la scène, si ce n'est l'emploi des phrases typiques dont il est parlé plus haut, et encore n'est-ce là qu'un simple procédé dramatique. Maintenant, à le considérer par ses écrits, on voit qu'il a tout dénigré, tout calomnié, tout outragé, le passé comme le présent, dans le fol espoir de se faire un piédestal des génies consacrés et d'émerger seul de leur abaissement général. On voit qu'avec une indépendance d'esprit, heureusement fort rare, il s'est attaqué tout particulièrement et d'une façon odieuse à Meyerbeer, son bienfaiteur. On voit encore que, pour se venger de la France, qui n'avait pas voulu de lui, il l'a lâchement insultée dès qu'il l'a vue abattue et défaite, espérant qu'elle allait enfin disparaître du nombre des nations. Richard Wagner a souvent prétendu qu'il ne fallait point

séparer l'homme de l'artiste, lorsque l'on voulait sainement en apprécier la valeur. Pour cette fois, il faut lui donner raison.

WALLACE (William-Vincent), compositeur et virtuose, né le l^r juin 1814 à Waterford (Irlande), mort le 12 octobre 1863 au château de Bagen (Haute-Garonne), fit ses études musicales près de son père, chef de musique de régiment à Dublin, et apprit à la fois le piano, le violon et la clarinette. En 1832, il se rendit en Austrahe, et de là dans les Tndes, au Mexique, aux États-Unis, donnant partout des concerts avec de fructueux succès. De 1841 à 1842, il fut directeur de musique à Mexico. 11 voyagea ensuite en Allemagne, en Belgique et en Angleterre, où ses succès ne furent pas moins accentués. En 1845, il donna à Londres Maritana ; l'année suivante, Mathilde de Hongrie; Luzinne, en 1860 ; la Sorcière d'Ambre, en 1861 j le Triomphe de l'Amour, en 1862, et la Fleur du désert, en 1864. Tous ces opéras obtinrent de grands succès. Cet artiste a été considéré comme le restaurateur et le soutien de l'art dramatique anglais, quoique ses productions ne soient pas des plus originales. Son œuvre comprend encore quatre opéras inédits : la Jeune Zurichoise, Estrella, Gulnare et Olga ; une messe, plus de deux cents morceaux de chant et environ autant pour les instruments, etc., etc.

WEBER (Bernard-Axselme), maître de chapelle du roi de Prusse, né ;i Mannheim en 1776, mort à Berlin en 1821, fut un des élèves de l'abbé Yogler et brilla plutôt comme chef d'orchestre que comme compositeur. Directeur de musique en second au théâtre de Kœnigstadt à Berlin en 1792, il devint maître de chapelle de la cour en 1804. Son œuvre, imité de Gluck, dont il était l'admirateur enthousiaste , se compose d'opéras sur les grands ouvrages de Schiller : Guillaume Tell, Jeanne d'Arc, la Fiancée de Messine^ la Mort de Wallenstein et sur les poèmes de Kotzebue. Des airs détachés, des sonates, etc., en forment le complément.

\\'EBER (Charles-Marie-Frédérig-Ernest, baron DE), illustre compositeur allemand, né le 18 novembre 1786 à Eutin (Holstein), mort à Londres le 3 juin 1826, fît un peu partout son éducation musicale, au hasard des nombreux déplacements de sa famille. Ses principaux maîtres furent: Heuschel, à Hildburghausen; Michel Haydn, à Salzbourg ; Kalcher, à Munich ; et , plus tard , l'abbé Vogler, à Vienne et à Darmstadt. Pendant sa première jeunesse, il cultiva, en

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