WALLACE — WEBER
même temps que la musique, le dessin, la peinture et la gravure ; mais la musique seule eut le don de le passionner. Des connaissances ainsi acquises précipitamment, selon divers systèmes, ne pouvaient être qu'incomplètes. Malgré la puissance de son génie, Weber en subit les conséquences durant toute sa carrière, et dans sa façon d'écrire on remarqua toujours l'absence d'une base solide. Il était sous la direction de Kalcher, lorsqu'il produisit, à douze ans, son premier opéra : la Force de l'Amour et du Vin, qui ne fut pas représenté. L'année suivante il s'occupa de lithographie]: Senefelder venait de la découvrir, et l'engouement de Weber pour cette intéressante nouveauté lui fit négliger la musique. Il s'y remit en 1800, et écrivit la Fille de la forêt, qui eut un tel succès à Munich, que Vienne, Prague, Pétersbourg la donnèrent en peu de temps. Il donna en 1801, à Augsbourg : Fierre Schmoll et ses Voisins, avec moins de bonheur, et se remit courageusement à il'étude. Pendant les années qu'il passa à Vienne (1803 et 1804), il ne publia que quelques variations et l'arrangement pour le piano de Samori, opéra de son maître Vogler. A la fin de 1804, il fut nommé directeur de musique au théâtre de Breslau. Il y écrivit Rubezahl, qu'il donna sous un pseudonyme, et retoucha ses premiers ouvrages. En 1806, il alla diriger la chapelle du prince Eugène de Wurtemberg ; mais la guerre le força bientôt à se réfugier à Stuttgard, auprès du prince Louis. Là il refit la Fille de la forêt sous le titre de Sylvana, qu'elle a conservé depuis; composa le Fremier Bon, des ouvertures, des chœurs et de la musique de piano, puis vint à Darmstadt retrouver l'abbé Vogler. A cette époque commença sa liaison avec Godefroid Weber et Meyerbeer, haison intime et toujours suivie jusqu'à sa mort, et il écrivit Abou-Hassan, opéra qui fut donné à Francfort en 1811. Weber revit ensuite Munich et Berlin, paraissant dans les concerts, et revint à Vienne en 1812. Appelé à Prague en 1813 comme direc- • teur de musique de l'Opéra allemand, le soulèvement de l'Allemagne contre la domination française lui inspira de magnifiques chants patriotiques qui furent bientôt populaires parmi les armées allemandes. De ce nombre est la célèbre cantate : Combat et Victoire, qui augmenta beaucoup sa renommée. Weber occupa ses fonctions à Prague jusqu'en 1816, et brusquement se remit à voyager. Ses chants patriotiques lui avaient enfin conquis la réputation qu'il cherchait;» de nombreuses propositions lui furent faites, et entre toutes il accepta celle d'aller fonder à Dresde un Opéra allemand, en 1818. Tout en s'acquitlant de sa tâche avec le plus grand mérite, il travailla deux ans
à la composition du Freyschùfz [le Tranc Archer), son chef-d'œuvre. Il donna cet admirable ouvrage au théâtre de Kœnigstadt de Berlin, le 18 juin 1821 et obtint un succès sans précédent. A partir de ce moment, Weber fut reconnu comme le premier compositeur dramatique de l'Allemagne. Peu de temps après, il donna Preciosa; puis écrivit pour Vienne Eunjanthe (25 octobre 1823). Ce dernier opéra ne réussit pas d'abord, à cause de l'ineptie du Hvret ; mais, par la suite, les beautés de la partie musicale le relevèrent avec éclat. En 1824, Weber reçut de Londres la commande d'un opéra pour le théâtre de Covent-Garden. Dix-huit mois plus tard il livrait Ohéron, et en dirigeait lui-même l'exécution le 12 avril 1826. Comme Euryanthe, Obéron, froidement accueilli le premier jour, n'obtint que plus tard ses grands et nombreux succès. Cependant Weber ne devait jouir de ses triomphes que quelques jours à peine. Sourdement miné par une maladie de poitrine qui avait abattu ses Iforces et augmenté la sombre mélancohe à laquelle il était enclin depuis sa première jeunesse, il tomba sérieusement malade à Londres dans le courant du mois de mai, et ne se releva plus. Weber composa toujours avec lenteur et difficulté, et sa facture se ressentit jusqu'à la fin des lacunes de son éducation première. Aussi le nombre de ses œuvres est-il relativement peu considérable. Ses opéras ; ses cantates : la Nature et l'Amour, Combat et Victoire ; des scènes, airs et chœurs T^ouT Athalie et Inès de Castro; les ouvertures du Roi des Génies, de Turandot, du Jubilé pour la cinquantième année du règne du roi de Saxe; une symphonie, un quintette ])0\ir clarinette et instruments à cordes; des concertos et concertinos pour basson, pour cor et pour piano avec orchestre ; le Concert-Stuck ; des quatuor , trios , duos pour instruments et pour la voix ; des sonates pour le piano à deux et à quatre mains ; quelques autres pièces de divers genres et une Messe sont à peu près tout ce qu'il a laissé. Mais dans ces quelques ouMages se révèle un génie original, coloré, dramatique et fantastique à la fois ; une tendresse et un charme touchants ; une puissance d'émotion et d'invention merveilleuses. Presque toutes ces œu\Tes sont aujourd'hui connues à Paris. Quant au Freyschùtz, on ne le connut pendant longtemps que sous le titre fantaisiste de Robin des Bois, que lui avait donné Castil-Blaze. Dans cette prétendue adaptation à la scène française, Técri vain-compositeur avait agi avec une telle licence; il avait si bien rogné, mutilé, remplacé en puisant dans Euryanthe et dans les autres omTages du maître, poussant l'audace jusqu'à intercaler dans sa partition pot-pourri des pages en-
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tières de son cru, que le pauvre Freyschùtz en était devenu méconnaissable. Fort heureusement, depuis une quarantaine d'années, nous sommes, grâce à Berlioz, en pleine possession de ce chef-d'œuvre. Le maître français l'a approprié au grand Opéra en y ajoutant des récitatifs et des ballets, et c'est sous cette forme qu'il fait aujourd'hui partie du répertoire. Le Freyschùtz a été donné aussi à Paris au théâtre Lyrique.
WEBER (Godefroid), magistrat, musicographe et compositeur, né à Feinsheim (Bavière rhénane) en 1779, mort à Kreuznach en 1839, a laissé plusieurs compositions de divers genres d'un intérêt secondaire, mais s'est fait remarquer par de nombreux écrits sur la musique, parmi lesquels on cite : Essai d'une Théorie systématique de la musique pour s'instruire soi-même, avec des remarques pour les savants; Science générale de la musique, à l'usage des professeurs et des élèves ; Cœcilia, écrit périodique pour le monde musical. Godefroid Weber fut très estimé par Charles-Marie de Weber et par Meyerbeer, dont il était l'intime ami.
WECKERLÏN (Jean-Baptiste-Théodore), compositeur, musicographe, bibliothécaire en chef du Conservatoire national de musique et de déclamation, né le 9 novembre 1821 à Guebwiller (Haut-Rhin), fut admis au Conservatoire en 1844, et en sortit en 1849 pour se livrer à la composition et à renseignement. M. Weckerlin avait déjà écrit quelques mélodies lorsqu'il donna, en 1847, dans la salle du Conservatoire, une audition de Roland, scènes héroïques pour soli-chœurs et orchestres. Ensuite il aborda la scène avec un petit opéracomique: l'Organiste, qui fut joué au théâtre Lyrique en 1853. En 1860, une symphonie : les Poèmes de la mer, fut donnée par lui en audition au théâtre Italien; et trois ans plus tard il fit exécuter à Colmar les Trois Noces de la vallée des balais en patois alsacien. En 1873, les concerts du Grand-Hôtel de Paris exécutèrent son ode-symphonie sur l'Inde; en 1877, le théâtre Lyrique donna A Fontenoy ; la Vendange ensorcelée, en patois alsacien, fut représentée à Colmar en 1879. Ce compositeur a encore écrit des opéras de salon qui ont été exécutés: Tout est bien qui finit bien (Tuileries, 1856) ; les Revenants bretons; la Laitière de Trianon, chez Rossini, en 1858, Parmi ses autres compositions, on compte une messe, des chœurs, un grand nombre de mélodies, les Poètes français- du XIII^ au XVIII'' siècle mis en musique, etc. M. Weckerlin a aussi rassemblé une quan-
tité de mélodies populaires et les a publiées sous le titre de Chansons populaires des provinces françaises; Échos du temps passé; Échos d'Angleterre, etc. Malheureusement, dans ces arrangements pour piano et chant, M. Weckerlin n'a pas suffisamment respecté la vérité historique du style lorsqu'il a eu à composer les accompagnements de ces mélodies. Il leur a donné à tous une allure moderne peu en rapport avec le style du temps. M. AVeckerlin, qui a été chef du chant et des chœurs à la société Sainte-Cécile de 1850 à 1855, a été nommé, en 1869, préposé à la bibliothèque du Conservatoire et bibliothécaire en chef à la mort de Félicien David.
WELDON (Georgixa), cantatrice anglaise et professeur de chant, que ses démêlés de diverses natures avec M. Gounod ont rendue célèbre, est née à Londres le 24 mai 1837. Ce fut chez elle que le compositeur logea, lors de son séjour en Angleterre pendant la guerre franco-allemande, et chez elle aussi qu'il fonda la société de chant nommée par lui Gounod's Choir. Quand M. Gounod quitta Londres, M™^ AV'eldon prétendit s'approprier tous ses manuscrits musicaux et littéraires, y compris la partition de Polyeucte. Depuis, cette dame a rendu les manuscrits musicaux, mais elle a gardé les autres. Elle a publié en mauvais français deux opuscules : la Destruction du Polyeucte de M. Gounod et Autobiographie de Ch. Gounod et Articles sur la routine en matière d'art. Lorsque la Société des concerts exécuta la cantate de M. Gounod : Gallia, ce futM"^^ AYeldon qui en fut la principale interprète, sur la demande de l'auteur. On assure que cette dame est aujourd'hui folle et enfermée dans une maison de santé.
WIDOR (Charles-Marie), pianiste, organiste et compositeur français, né à Lyon le 22 février 1845, a fait son éducation musicale avec MM. Lemmens et Fétis, à Bruxelles, et est revenu à Lyon, où il a été nommé organiste de Saint-François en 1860. Appelé à Paris vers 1869, pour être titulaire de l'orgue de Saint-Sulpice, il a conservé ce poste jusqu'à ce jour. M. Widor s'est plusieurs fois fait entendre dans les concerts et particuhèrement à ceux du Trocadéro, avec un grand succès. Parmi les compositions de cet artiste, on cite son ballet la Korrigane (Opéra. 1" décembre 1880), un concerto de piano; un autre pour le violoncelle ; sérénade pour cinq instruments ; Pages intimes et Scènes de bal pour le piano, etc., etc., des chœurs, plusieurs mélodies, etc.
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WIENAWSKI (Henri), violoniste virtuose et compositeur pour son instrument, né à Lublin (Pologne) le 10 juillet 1835, mort à Moscou le 1" avril 1880, fut admis au Conservatoire de Paris en 1843, et y obtint le premier prix de violon en 1846. En 1848, il se rendit avec sa mère à Pétersbourg et à Moscou, et y donna ses premiers concerts. De retour à Paris en 1849, il rentra au Conservatoire pour y étudier l'harmonie et le quitta définitivement en 1830. Il commença alors avec son frère de nombreux voyages en Pologne, en Russie, en Allemagne, en Belgique, en Hollande et en Angleterre, voyant toujours s'accroître ses succès. En 1874, il a été nommé professeur de violon au Conservatoire de Bruxelles, mais depuis 1877 il s'est retiré. On connaît de lui plusieurs polonaises, des airs russes, des fantaisies, un concerto, etc.
WIENAWSKI (Joseph), pianiste et compositeur pour le piano, frère du précédent, est né à Lublin (Pologne) le 23 mai 1837. Admis au Conservatoire de Paris en 1847, il obtint les premiers prix de solfège et de piano en 1849, et le premier second prix d'harmonie en 1850. II se rendit alors avec son frère en Russie, en Pologne, en Allemagne, en Belgique et en Hollande ; puis il le quitta et retourna à Paris se livrer à l'enseignement et à la composition. On connaît de lui un concerto, un grand duo polonais avec violon, des valses, etc.
WILD (François), ténor allemand remarquable, né à Niederhallatbrunn le 31 décembre 1792, mort à Vienne le 2 janvier 1860, fut enfant de chœur à la chapelle de la cour, à Vienne, jusqu'à l'âge de dix-sept ans. Ensuite, il chanta dans les chœurs, au théâtre de Léopoldstadt ; puis, sur la recommandation de Hummel, chez le prince Esterhazy, comme solo, dans sa chapelle à Eisenstadt. En 1811, engagé comme premier ténor au théâtre An-der-Wien, il y obtint de grands succès, particulièrement pendant la réunion du Congrès, en 1814. Sa voix ayant baissé jusqu'au timbre du baryton, il alla chanter à Berlin (1816), à Darmstadt (1817), où il fut nommé chanteur de la Chambre ; à Paris et à Cassel (1825), enfin à Vienne (1830) ; et partout il reçut l'accueil le plus chaleureux, sauf à Paris, ou son infériorité dans la musique italienne fut trop manifeste. Ses meilleurs rôles étaient ceux de Don Juan et d'Oreste dans Iphigénie en Tauride.
WILHELMY (Auguste-Émile-Daniel-Frédérig-Vigtor) , violoniste célèbre, né à Usingen (Nassau) le 21 septembre 1845, est le fils d'une
pianiste et chanteuse distinguée, Charlotte Petry. En 1849, sa famille allant s'établir à Wiesbaden, il reçut dans cette ville des leçons de violon de Fischer et parut pour la première fois dans un concert à Limbourg-sur-la-Lahn, en 1854. Cependant son père le destinait au barreau, et ce ne fut qu'en 1861, suivant l'avis de Liszt, qu'il consentit à laisser entrer son fils au Conservatoire de Leipsick.Là,le jeune Wilhelmy eut pour maître et ami Ferdinand David, dont il épousa plus tard la nièce. De 1865 à 1867, il parcourut la Suisse, la Hollande, l'Angleterre et arriva à Paris, où un triomphe l'attendait aux Concerts populaires. Ensuite il visita l'Italie et la Russie et revint à Paris retrouver les mêmes succès (1869). Enfin, après d'autres voyages, Wilhelmy alla se faire applaudir dans son pays, le seul de l'Europe qu'il n'eût pas encore visité. Il a publié plusieurs compositions intéressantes.
WILHEM (Gdillaume-Louis BOCQUILLON, dit).— Voir Bocquillon.
WILLAERT (Adrien), célèbre compositeur belge du commencement du seizième siècle, fondateur de l'École de Venise, né vers 1480 ou 1490(?),mort à Venise en 1562, fut élève de Jean Mouton, passa plusieurs années à Paris et se rendit à Rome en 1516. Le jour de la fête de la Vierge, il entendit, à la chapelle pontificale, un motet de sa composition, que l'on exécutait comme étant de Josquin Desprès. Il s'en déclara l'auteur. On fit droit à sa réclamation ; mais telle était grande alors la vogue de Josquin, que, dès que l'on apprit le nom du véritable auteur du motet, on ne le voulut plus chanter. De 1516 à 1526, AVillaert fut à Ferrare et au service du roi de Hongrie Louis II. Ensuite il se rendit à Venise comme maître de chapelle de Saint-Marc (1527), et y fonda l'école fameuse à qui l'on doit Cyprien de Rore, Porta, Zarlino, Jean Croce, Annibal de Padoue, Claude MeruUo, les Gabrieli, Claude Monteverde^ etc., etc. L'œuvre de ce grand musicien se compose de motets, de madrigaux, de messes à une et à plusieurs voix ; de poèmes mis en musique, tels que Suzanne, dont l'histoire, divisée en trois parties, chacune à cinq voix, est considérée comme le premier essai connu d'oratorio ; de psaumes spezzati, c'est-à-dire divisés en plusieurs chœurs qui chantaient tantôt séparément, tantôt se réunissaient en grand chœur à douze ou quinze voix. Villaert fut l'inventeur de ces sortes de compositions.
WILSON (Miss), célèbre cantatrice anglaise, née au commencement de ce siècle, morte en 1867, fut l'élève de Thomas Welsch, chanteur