DEUXIÈME PARTIE
Les insectes sont des animaux ovipares et à sexes S(?parés. Mais ils ne sont pas, au sortir de l'œuf, sous la forme où nous les voyons à l'état parfait, c'est-à-dire, à cette période de leur existence, où, étant doués de toutes les qualités inhérentes à leurs espèces respectives, ils sont généralement pourvus d'ailes et devenus aptes à se reproduire. La vie de l'insecte se partage en quatre périodes bien distinctes, savoir : celle (Vop.nf^ celle de larve^ celle de nymphe et celle àHnsecte parfait. Le passage d'une période à une autre est marqué par des changements de forme ou transformations si extraordinaires, qu'on se refuserait à croire qu'elles ne sont que des modifications d'un même animal, si l'observation n'en fournissait la preuve irrécusable. Ainsi, qui pourrait croire, à simple vue, que cette lourde chenille, Fig. 17 a, qui ne sait que se traîner en rampant sur les corps, va vse transformer en cet agile papillon Fig. 17, f, qui, quittant le sol, va prendre ses ébats dans les airs ? Qui pourrait croire que les fortes mandibules de la larve qui rongent des feuilles fermes et
dures vont disparaître, pour être remplacées pir une trompe, un suçoir, qui n'aspirera que les sucs les plus purs, le miel des fleurs ? Ce n'est pas, à proprement parler, une transformation qui a lieu, mais c'est un véritable changement, c'est une transmutation, c'est-à-dire que les appendices, les membres mêmes disparaissent pour faire place à d'autres de conformation et d'appropriation toutes différentes. Les poils épineux n'existent plus, ce sont, à leur place, des écailles pierreuses aux plus riches couleurs ; les pattes de l'abdomen ont disparu, pour laisser aux anneaux leur régularité normale; il n'y a plus ni mandibules ni mâchoires, c'est une trompe, un long siphon qui les remplace. Mais si d'un côté les pattes abdominales ont disparu sans laisser de traces, d'un antre côté, des ailes ont surgi, sans que rien ne 5t présager leur apparition. Or ce sont ces changements, ces transformations des insectes, que nous nommons leurs métamorphoses.
Mais pour une plus f^icile intelligence des explications qui vont suivre, il est nécessaire que nous anticipions sur le chapitre do la classification, et que nous donnions de suite un aperçu de la division des insectes en ordres, par ce qu'il est tels de ces ordres chez lesquels les métamorphoses dans leur accomplissement s'écartent un peu de la règle qui semblerait être la loi commune.
Les auteurs divisent communément aujourd'hui les insectes proprement dits en huit ordres distincts, savoir :
1*^ Coléoptères (de koîeos, étui et pteron, aile) : à ailes supérieures crustacées, qui ne servent que d'étuis sous lesquels viennent se ranger les ailes inférieures, en se repliant en travers. Hannetons , Taupins^ Chrysomèhs^ Coccinelles, etc.
çg ENTOMOLOGIE ÉLÉMENTAIRE
2^ Ortlioptères (de orthos, droit et ptrrnn) : à ailes supérieures convexes, sous lesquelles les inférieures viennent se ranger en se pliant en éventail dans toute leur longueur. Stuterelles, Grillons, Cnqicefs, Blattes, etc.
30 Hémiptères (de Mmi, demi et ^î/eron) : à ailes supérieures quelquefois coriaces à la base, et quelquefois toutes membraneuses. Point de mâchoires m de mandibules à la bouche, mais un suçoir composé de 2 soies. Fanaises, Cigales, Nèpes, Pucerons, etc.
40 Névroptères (de neuron, nervure et pteron) : à 4 ailes toutes membraneuses et finement réticulées en réseaux. Bouche avec mandibules et mâchoires. PerUs, Frigancs, Libellules, Agrions, etc.
5^ Hyménoptères (de hijmen, memhram et pteron) : ayant 4 ailes membraneuses à nervures ramifiées. Ichnenmons, Guêpes, Bourdons, Abeilles, etc.
6^ Lépidoptères (de lepis, écaille et pteron) : ayant 4 ailes de même consistance et couvertes d'une poussière écaiUeuse. Bouche formée d'une trompe roulée en spirale. Papillons, Bombyx, Noctuelles, Teignes, etc.
70 Diptères (de dis, deux et pteron) : n'ayant que deux ailes, et la bouche formée d'un suçoir à 4 ou 6 soies. Cousins, Tipules, Mouches, Taons, etc.
S^ Aptères (de a privatif et pteron) : n'ayant jamais d'ailes ; bouche formée d'un suçoir diversement conformé. Poux, Puces, Lépismes, Podures, etc.
Ces caractères saillants peuvent suffire à tout amateur pour le rendre capable de rapporter un insecte quelconque à l'ordre auquel il appartient ; et n'eut-on d'autre but que de se rendre capable de comprendre le langage
entomolojiquo dans les descriptions qu'on peut rencontrer des dififJrents insectes, la distinction de ces différents ordres est de nécessité absolue.
Les métamorphoses, rel itivement à la manière dont elles s'opèrent dans les différents ordres, sont dites complètes on par fiites, et inœniplèlcs on partielles.
On dit la métamorphose complète ou parfaite lorsque la larve au sortir de l'œuf, distinctement vermiforme, manque des membres et appendices qui conviennent aux insectes parf lits, et ne peut à l'état de nymphe, ni se mouvoir ni prendre de nourriture, comme la chose a lieu chez les Coléoptères, une p irtie des Névroptères, chez les Hyménoptères, les Lépidoptères et les Diptères. Si au contraire la larve au sortir de l'œuf a, moins la grosseur et les ailes, la même forme que l'insecte parfait, et passe à son dernier état sans discontinuer de prendre de la nourriture, et sans être assujétie à l'immobilité de la nymphe, la métamorphose alors est dite incomplète ou partielle ; tel est le cas pour les Orthoptères, les Hémiptères et une partie des Névroptères.
Quant aux Aptères, à proprement parler, on peut dire qu'ils ne subissent pas de métamorphoses, puisqu'au sortir de l'œuf, ils ont la même forme, moins la taille, qu'ils conserveront toujours.
Passons maintenant successivement en revue les différentes périodes de la v:c de l'insecte.