DE L'ŒUF
Nous avons dit précédemment que les insectes étaient ovipares ; la règle est générale : tous les insectes se pré-
sentent d'abord sous forme d'œuf ; si quelques uns, comme les Pucerons, certaines mouches, semblent faire exception à cette règle, cette exception n'est qu'apparente, car nul insecte n'est franchement vivipare, c'est-à-dire doué d'un utérus et d'un placenta à la manière des mammifères. Chez les insectes qui mettent leurs petits au monde vivants, comme le Puceron ÇAphis), la Mouche de la viande (^CnUiphora vomitaria), quelques Punaises, quel- (jues 'l'ipulaires, quelques Cochenilles etc., la nature n'a pas dévié de son cours, le petit est bien venu de l'œuf, seulement l'éclosion a eu lieu avant que l'œuf fut pondu.
Qui dit œuf comprend ordinairement pour la forme une ellifse un peu rétrécie à un bout et plus ou moins rapprochée de la forme sphérique, mais à l'éjjard des insectes, il en
§e?t tout autrement; les œufs affectent des formes variées presque à l'infini. Ils sont le plus souvent obiongs, ovales ou «globuleux,
niais on en rencontre aussi de plats, orbicu-
laircs, elliptiques, coniques, cylindriques, hémisjhériqucs, linéaires, carrés, lenticulaires, j yrauiidaux, etc., etc.
Tig. 15. Leur disposition sur les corps qui les re-
çoivent est aussi soumise à des variations multiples, qui tiennent très souvent à la manière dont ils s'échappent du corps de la femelle. Tantôt, sortant l'un à la suite de l'autre en se touchant, ils s'étendent en longues lignes ou cordons, comme dans plusieurs
Fig. 15. — Œufs de la. Clisiocampa Amer le ma, Harns, formant un anneau autour d'une jeune branche de pommier.
Tipnlaircs, certains Lc'pidoptères etc.,; tantôt, sV'chappant l'un après l'autre, ils demeurent iso]én)ent fixés sur le corf)S qui les reçoit, comme ceux de la Piéride de l;i rave, ou bien enfoncés dans la matière qui doit servir d'aliment à la jeune larve, comme ceux des Nécrophorcs, des Charançons, etc., etc. ; dans certains cas, ils sont aceoupV^s, ou réunis en tas, boules, rosettes, etc , ; dans d'autres, comme chez certains Papillons nocturnes, ils ft»rment une espèce d'anneau qui entoure une branche, comme ceux de la CUsiocampa, Fijr. 15. Presque toujours, ils sont enduits d'une certaine inatière glutineuse, quelquefois très consistante, qui les fait adhérer aux endroits où ils sont déposés, et qui les protège contre les injures du temps. Les Nèpes et les Ranâtres, qui vivent dans l'eau, enfoncent leurs œufs dans les tiges des plantes aquatiques; et comme s'il y avait danger qu'enfoncés trop avant ils ne pussent parvenir à l'éclosion, ces œuf:, sont munis à l'une de leurs 1 extrémités, de lames redressées, qui en s'appujant sur la j surface des tiges, empêchent qu'ils ne puissent être enfoncés davantage. Les Cousins qui déposent leurs œufs dans l'eau, parviennent en se croisant les pattes
Fig. 16.
postérieures, à les disposer en une espèce de petite nacelle qui glisse sur la surface de l'eau, sans qu'une seule goutte
Fig. 16. — Une Chrysope, a ; ses œufs, h.
7*2 ENTOMOLOGIE Él.ÉMEXTAlHE
puisse pénétrer à l'intérieur. Les Chrysopcs attachent leurs œufs à l'extrémité de filaments qu'elles fixent aux branches de manière à simuler des brins de mousses que couronnerait une petite tête, Fig. 16.
Les Blattes (coquerelles) nous offrent une singulière dispof-itiou à l'égard de leurs œufs; ce ne sont pas de véritables œufs que pond la femelle, mais bien une aipsuh ou un étiù d'œufs. Cet étui, suboviforme, de la moitié du volume de l'abdomen, renferme 16 ù 18 œufs rangég sur deux rangs.
La nature à épargné à certains insectes, comme aux Pucerons, aux Kermès, etc., le soin de chercher un abri pour leurs œufs, en faisant servir leur propre corps à cet usage. Aussitôt que la femelle, chez ces insectes, est ficondée, elle se fixe ù une branche, et son corps prend de suite un développement anormal, si bien que pattes, antennes et autres appendices extérieurs disparaissent. ]^e ventre paraît alors s'adapter exactement ù la surface de la branche ; cependant à mesure qu'un œuf est expulsé, il vient prendre place sous le ventre même de la femelle; et au.^sitôt la ponte terminée, celle-ci meurt, et son corps, semblable à une simple écaille, demeure fixé à la branche pour servir de couverture aux œufs, jusqu'au moment de leur éclosion.
Quelques insectees, à l'instar de certains reptiles, produisent des œufs non encore parfaitement conformés, c'està-aire que ces œufs prennent eux-mêmes de l'accroisse^ ment avant de donner naissance à des larves, tels sont les Fourmis, certains Ichicunions, ete.
Le nombre d'œufs que pond chaque feme'.le est très
variable, avec les différentes espèces ; il peut s'étendre de 1 jusqu'à 400 ou 500.
Les œufs sont toujours déposés dans le lieu où la jeune larve, au moment de son éclosion, pourra trouver la nourriture qui lui convient; ainsi l'œuf déposé sur la branche éclora au moment où les jeunes feuilles seront suffisamment développées pour le besoin de la nouvelle larve. Dans aucun cas il n'y a incubation ; le degré de chaleur, d'humidité, etc., convenable à l'éclosion, dépend uniquement de l'atmosphère. Si qu<^lques insectes portent Iciirs œufs, à la manière de certaines Araignées, c'est plutôt pour leur offrir un abri qu'un lieu d'incubation. Une lumière trop vive paraît plus préjudiciable aux œufs que les variations, mêmes extrêmes, de température.