‹ Petite faune entomologique du Canada (volume 2)Chapitre 24 sur 483 · DE LA LARVE · texte numérisé non relu

DE LA LARVE

La larve est le second état par lequel passe l'insecte Toutes les larves ont une ressemblance plus ou moins rapprochée des vers, aussi les désigne-t on le plus souvent par ce nom, dans le langage ordinaire. Le grand Linné, frappé d'étonnement en voyant le papillon prendre naissance de la chenille, donna à cette dernière le nom de l irva, masque, par ce qu'il ne la considérait que comme un voile qui nous dérobe la vue de l'insecte parfait qu'elle est destinée à produire ; et on a conservé ce nom pour le second état de tous les insectes indistinctement. Et pour la même raison, il donna le nom d'imago, image, à l'insecte parfait, considérant que le voile étant disparu, la physionomie réelle se montrait dans toute sa vérité. La larve est donc cet état où l'insecte plus ou moins différent do forme de celle qui le caractérisera à l'état parfait, est

surtout distingué p-ir le manque d'organes propres à la reproduction. Dans les ordres à métamorphoses complètes, comme les Coléoptères, les Lépidoptères et les Diptères, il existe toujours une énorme dissemblance entre la larve et l'insecte parfait, imngo, Fig. 17, a, r.

Fiir. 17.

Les larves présentent une grande variété de formes, tant dans leur conformation générale que dans le nombre

fiG. 17. Section d'une pomme ravagée par la Pyralo de la pomme Garpocnpsa jiomonella, et montrant l'insecte dans ses différentt états.

— e, la larve ou chenille. — i, le cocon que se construit la larve — d, la nymphe retirée de son cocon. — /, l'insecte parfait dans le repos.

— g, l'insecte p<irfait dans le vol. — h, tête de la larve grossie, avec le premier anneau, your mieux laisser voir sa conformation — b, endroit où les œufs ont été déposés et par où la jeune larve a pénétré dans le fruit.— «. cavité creusée par la larve, laissant vuir à gauche le canal par où elle s'est échippée pour ?e laisser choir sur le sol et y filer son cocon, pour se transformer e;. nymphe.

des appendices qui leur sont dévolus. Quelquefois elles sont {ourvues, sauf les ailes, de presque tous les organes de rinsecto parfait; yeux, mandibules, mâchoires, antennes, pattes, etc., l'organisation semble complète. Mais le plus souvent cependant il n'en est pas ainsi, et ces divers organes, en plus ou moins grand nombre, font défaut. Ainsi les larves des Lamellicornes et des Longicornes, chez les Coléoptères, n'ont point d'yeux ; celles des Curculionites et des Guêpes n'ont point d'antennes ; celles des Œstres n'ont point de mâchoires ; celles des Hydrophiles manquent de mandibules ; celles des Curculionites, des Diptères, de la plupart des Hyménoptères sont apodes ou manquent de pattes, etc., etc.

Les larves sont tantôt nues, comme celles dès Coléoptères, des Diptères, des Névroptères, etc., et tantôt plus ou moins couvertes de poils, comme celles de la plupait des Lépidoptères. Ces poils, tantôt doux et soyeux et tantôt rudes et épineux, sont quelquefois di.-posés eu brosses, en étoiles, etc., et souvent aussi portés sur des tubercules épineux.

Les larves présentent une grande variété de couleurs dans les différentes espèces. En général celles qui vivent à l'abri de la lumière, comme celles qui rongent le bois, les fruits, etc., sont d'une blancheur jaunâtre uniforme; tandis que celles qui vivent sur les plantes, au grand air, revêtent parfois les couleurs les plus éclatantes et les plus tranchées. Il arrive souvent que les larves phyilophages sont d'une couleur identique à celle des plantes dont elles se nourrissent, et en cela la nature sans doute à voulu les mettre à l'abri des recherches de leurs ennemis.

11 n'est presque pas de substance dans la natuic

végétale ou animale, qui ne serve de nourriture à quelques larves, depuis les lichens les plus arides, los pluuie>, les poils, jusqu'aux fruits les plus succulents et à la chair des animaux encore vivants. Quelquefois Tinsccte en passant d'un état à un autre conserve le même genre de nourriture et ne change presque rien à sa manière de vivre, comme les Chrysomôles, la plupart des Hémiptères, etc. ; cependant le plus souvent il en est tout autrement : ainhi les Lépidoptères, de masticateurs qu'ils étaient à l'état de larve, deviennent suceurs à l'état pariait ; les Odonates et la plupart des autres Névroptères, de carnassiers aquatiques à l'état de larve, deviennent carnassiers purement aëricns à l'état parfait.

Comme la nature semble confirmer presque toutes ses grandes lois par des exceptions dans certaines parties, il se rencontre aussi des larves qui, qaoiijue munies de bouche, sont dépourvues d'orifice postérieur, de sorte qu'elles ne peuvent émettre aucunes déjections excrémentielles ; telles sont les larves des Fourmis, des Abeilles, des Guêpes, etc.

La respiration chez les larves se fait de la même manière que chez les insectes parfaits : chez les aquatiques, c'est par des branchies, et chez les aériennes par des sti^-mates. Les sti<j!;uuites sont ordinairement au nombre de deux sur chaque anneau du corps, moins la tête qui n'en porte jamais ; et les branchies sont tantôt situées dans le voisinage de la bouche, et tantôt à l'extréniité opposée du corps. Plusieurs larves aquatiques et même terrestres, mais qui vivent dans les matières animales en décomposition, comme celles des Œstres, de certaines mouches, n'ont quj quelques stigmates placés de mêaie à l'extrémité de l'abdomen.

On parcourrait inutilement toute la série zoologi<jue pour trouver une croissance aussi rapide que celle que nous offrent certaines larves. D'après les calculs de Lyonnet, la larve de la mouche de la viaside, C<ilitphora vomitarii^ double son poids de 72,000 fois dans l'espace de 24 heures seulement; et sa taille s'accroît dans la mtMue proportion. Destinées à faire disparaître les matières animales en décomf osition, il fallait que ces larvcs fussent ainsi, en quelques heures, capables d'exercer pleinement leur action, pour répondre aux vues de la Providence.

La durée de la vie de l'insecte, à l'état de larve, varie beaucoup avec les différentes espèces, et ne paraît en aucune f;içon proportionnée à l'existence de l'insecte parfait. Les larves des Ephémères qui demeurent 2 et 3 ans en cet état, ne vivent que quelques jours à l'état parfait. Les larves des Urocères et des Longicornes qui vivent dans le bois, celles des Hannetons qui habite.it dans le sol, vivent 3 ans • tandis que celles des Piérides, des Tenthrèdes, etc., ne vivent que quebjues semaines.

Mais le phénomène le plus étonnant de la croissance des larves est certainement celui de leurs mues. Comme dans la plupart des larves il y a des parties cornées qui se refuseraient à toute dilatation dans la croissance, il arrive de temps en temps que la peau de la larve, distendue par le développement graduel du corps qu'elle renferme, cède tout à coup à cette tension et se fend, pour laisser paraître l'insecte avec une nouvelle peau, et d'une taille quelquefois trois fois plus forte que celle qu'il avait auparavant. Or ce sont ces ^changements de peau que nous nommons mues dans les larves. Ces mues

sont le plus souvent au nombre de trois ou quatre, et quelquefois aussi se montent jusqu'à 5, 6 et 8. Les larves de plusieurs Diptères, comme les Œstres, certaines mouches, dont lu peau demeure toujours molle et flexible, ne sont pas reconnues pour être assujétics à ces mues. Un jour ou deux avant la mue, l'insecte cesse de manger et paraît faible et languissant, 11 se cherche alors une retraite où il r ourra subir l'épreuve en sûreté, et au moment venu, la peau se fend tout à coup, ordinairement sur la tête, et l'insecte en s'agittant retire ses différents membres de l'étui qui les enveloppit de toutes parts; si bien que pirfois ces vieilles peaux donnent souvent la conformation exacte de l'I ôte qu'elles recelaient ci-devant; pattes, yeux, antennes, appendices abdominaux, rien n'y manque. Les poils seuls semblent faire exception, c'est-à-dire que tandis que toutes les autres parties semblent s'être débarassées de la plus extérieure des multiples chemises qu'elles portaient, les poils, eux, paraissent avoir été appliqués sur chaque couverture à laquelle ils tenaient. D'après ce qui précède, il est facile de voir que la croissance des larves au lieu de se faire continûment et imperceptib'ement comme colle des autres animaux, s'opère soudainement et par intervalles.

Remarquons une fois de plus que les larves, dans les Ordres à métamorphoses partielles, comme les Orthoptères, les Hémiptères et une partie des Névroptères, ont, sauf les ailes, à peu près la même conformation que les insectes parfaits.

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