‹ Petite faune entomologique du Canada (volume 2)Chapitre 32 sur 483 · DU ROLE DE L'INSECTE DANS L'ECONOMIE DE LA CRÉATION · texte numérisé non relu

DU ROLE DE L'INSECTE DANS L'ECONOMIE DE LA CRÉATION

La divine sagesse ayant co-ordonné toutes choses en ce monde dans une harmonie parfaita, l'insecte, bien que souvent, à sa seule vue, nous ne puissions pas toujours reconnaître sa raison d'être, a cependant un rôle à jouer dans l'économie de ce monde, qui ne le cède peut-être en

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rien, en importance, à celui des autres animaux d'ordres supérieurs. Aussi bien que la Baleine et l'Eléphant, l'insecte forme un phaînon dans cette chîane qui rattache toutes les existences au Créateur, depuis l'animalcule raicrospique, invisible à l'œil nu, jusqu'à l'homme, le plus parfait des êtres corporels, que Dieu a formé à sa ressemblance même. Retranchez l'insecte de la série des êtres, et dès lors l'harmonie n'existe plus, Tordre est troublé, le mécanisme manque de l'un de ses rouages.

Qu'est-ce donc que l'insecte ? Est-ce cet être infime, abject, incommode, hideux, que l'on doit écraser partout 011 on le rencontre, et dont un penseur Allemand à cru dire avec raison : " C'est Dieu qui a créé le monde, mais c'est le diable qui a fait l'insecte " ?

Oh ! interrogeons-le lui-même ; et si nous lui frétons la parole, il nous dira : je suis le grand destructeur et fabricateur, je suis l'industriel par excellence, l'actif ouvrier de la vie.

En eifet, écartez les herbes qui tapissent le sol de ce vert gazon, courbez vous pour pouvoir distinguer ces travailleurs lilliputiens que leur petitesse soustrairait à vos regards : ce sont les insectes dans leur travail de destruction, rongeant ici une plante, là le cadavre de quelque animal dont la décomposition aurait pu vicier l'air. Sur le sable aride, sous le sol même, milles larves différentes, milles formes de vie sont aussi a l'œuvre, attaquant ici les racines, guettant, poursuivant là leurs proies; les Cicindèlcs, les Carabiques, les Elatérides, les Ichneumons, ect., sont du nombre.

Pénétrez dans la forêt, prêtez l'oreille un moment au

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silence qui y règne, ne vous semble*t-il pas entendre comme de l<?gers bruissements, sourds, intérieurs, sortir du sein même des arbres, ou s'échapper de leur ramure ? Ce sont les Scolytes, les Urocères, les Saperdes, etc., qui sont aussi là à leur travail de destruction, dans des plantes que la maladie avait déjà frappées de mort où du moins gravement endommagées.

N'avez-vous jamais entendu aussi, au niilieu de vos méditations dans le silence de votre cabinet, un tic- tac semblable à celui de votre montre ? C'étaient les Ptines. les Anobes, etc., qui rongent vos livres ou vos habits, se faisant leurs appels d'amour sur les ais de vos meubles ou de vos cloisons.

Inspectez tous les détritus, appliquez un regard S3rutatcur aux eaux des mares et des ruisseaux, circonscrivez même une portion de l'air qui vous environne, partout, dans l'air, dans l'eau, sous terre, sous l'écorce des arbres, sur toutes les plantes, sur le corps des animaux, bien plus, jusque dans les organismes mêmes, dans les liquides transmetteurs de la vie, dans leurs parties les plus intimes, vous trouvez le grand purificateur par excellence dans son œuvre de destruction sur les débris que la mort, qui dans l'ordre matériel n'est pas moins nécessaire que la vie, ne cesse de semer sur son passage.

Fabricateur. Si l'insecte sait détruire, il sait aussi fi.briquer. Les ministres des autels, les chefs des peuples vent demander aux usines des insectes, les tissus inimitables, les couleurs incomparables, qui conviennent aux attributs de leurs fonctions, pour inspirer aux yeux des peuples le respect et l'estime qu'ils doivent en faire. Le nectar des dieux des temps anciens, de même que les mets

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les plus exquis des tables de nos princes, empruntent aussià l'industrie de l'insecte leurs saveurs les plus relevées. Oui! la hideuse et ignoble chenil'e en dévidant le fil du linceul dans lequel elle s'ensevelit, livre la trame du tissu qui couvrira le pontife à l'autel ou revêtira le roi sur son trône. L'infatigable abeille, en prévision des jours sans fleurs de la froide saison, aura de bonne heure rempli du miel le plus pur son grenier de provision, lorsqu'on viendra prendre ses gâteaux pour les faire passer sur nos tables. Mais ouvrière qui n'a jamais connu le découragement, elle se mettra de nouveau à l'œuvre, et, avant l'automne, la cire aura formé de nouveau gâteaux et le miel nouveau aura rempli les nouvelles alvéoles.

Aussi examinez en détail l'accoutrement de ces travailleurs inconscients du chômage, vous croiriez, à première vue, reconnaître des guerriers armés de toutes parts d'instruments de destructions, tondis que la plupart du temps ce ne sont que des ouvriers chargés des outils aux formes les plus ingénieuses, pour les travaux de leurs divers métiers. Ces pointes, ces tarrières, ces tenailles, ces pelles, ces pinces, ces scies que vous leur voyez, sont autant d'instruments pour forer, gratter, râper, déchirer, soulever, transporter les corps divers qui doivent leur fournir des abris pour protéger leur progéniture, ou être soumis à leurs procédés de fabrication dans leurs ateliers.

Et qu'on n'aille pas croire que les œuvres de ce monde

ténébreux de l'atome ne puissent jamais tendre à la

grandeur, au gigantesque! Leurs œuvres sans doute

sont toujours proportionnées à leur taille, mais chez eux

î le nombre supplée à la taille, et si nous comparons leurs

forces à nos forces, leurs ressources à nos ressources, leur habileté à notre habileté, nous trouverons que dans la voie du grandiose et du sublime, les insectes nous ont devancés, et de loin. Thèbes et Ninive n'étaient rien comparées à ces monticules de terre durcie, qu'élèvent les Termites en Afrique, et contre lesquels les soldats français faisaient jouer le canon. Dans ces palais partant à 20 pieds sous le sol, et s'élevant jusqu'à douze pieds audessus, on a compté jusqu'à 700 étages ! Babylone et Babel pouvaient-elles en compter d'avantage ? Des ouvriers dont la taille n'atteint pas deux pouces, «lever des constructions de plus de .30 pieds de hauteur ! L'homme est forcé de reconnaître ici son infériorité.

L'insecte est encore l'ouvrier le plus actif de la vie ; car parmi tous les êtres, nul plus que lui ne fait preuve d'une plus grande activité, et nul aussi peut-être ne contribue plus efficacement à maintenir la vie dans les différentes classes, par la juste proportion du nombre, tantôt en restreignant une trop grande multiplication, tantôt en favorisant la propagation d'espèces plus rares et plus faibles. Les Orientaux nous rapportent que le Calife Omar, à sa table de famille, vit un jour tomber une Sauterelle sur son assiette, et lut sur son aile : " nous pondons 99 œufs, et si nous en pondions 100, r.ous dévasterions le monde." Cinquante couples de Pucerons, livrés sans entraves à leur force de multiplication, suffiraient pour faire disparaître toute végétation d'un pays, dans une seule saison ! Mais à côté des Pucerons se trouvent les Chrysopes, les Coccinelles, etc., et les larves des Chrysopes, des Coccinelles font leur pâture des Pucerons, et c'est ainsi que l'harmonie du nombre se conserve entre les difî"érents êtres.

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L'insecte, on ne peut le nier, est donc utile et éminemment utile, soit en exerçant son office de destructeur sur le trop plein de la nature, en faisant disparaître une foule d'existences trop lentes ou morbides ([u'elle a hâte de faire disparaître, soit en devenant lui-même la pâture d'un grand nombre d'êtres d'une utilité reconnue.

Et qui Sfiit, si, plus tard, on ne prisera pas l'insecte pour une considération d'un ordre plus élevé, en le faisant rentrer dans la liste de nos aliments ? Il n'y a certainement qu'un regrettable préjugé, qu'un faux rafinement qui a empêché jusqu'à ce jour notre Occident, d'aller chercher dans l'insecte, une source d'alimentation des plus riches et des plus exquises, comme l'a toujours pratiqué l'Orient. On sait que les prophètes du Carmel, St. Jean Baptiste dans le désert, se nourissaient de Sauterelles. Et aujourd'hui encore les sacs de Sauterelles desséchées s'entassent sur les marchés de Bagdad et des autres villes d'Orient, comme c'est ici le cas pour nos céréales. On les ramasse par tonneaux, le commerce en chariJ^e des vaisseaux. Les Sauterelles rentrent encore comn»e une partie essentielle dans la nourriture des Arabes, des Hottentots, etc. Ils les mangent tantôt en galettes, après les avoir réduites en I oudre, et tantôt bouillies ou frites au beurre, après leur avoir enlevé les pattes et les ailes ; d'autrefois ils se contentent simplement de les faire rôtir sur des charbons.

Nous voyons que lors de la réception de l'amiral anglais par la reine Radama, de l'île de Madagascar, le fils de cette princesse, alors âgé de 14 ans, s'amusait pendant la cérémonie, à croquer des chrysalides de papillons dont il avait les mains remplies.

On sait qu'un savant français, Lalande, s'est coura-

geuscment efforcé de faire disparaître le préjugé qui nous porte à refuser les insectes comme aliments. Joignant l'txemple au précepte, il avait dégusté la plupart de nos insectes les plus communs ; ils nous ont mangés, disait-il, mangeons les à notre tour. Il répétait que la chenille a un goût d'amende et l'Araignée un goût de noisette.

On n'ignore pas quel cas font les gourmets des Termites ou fourmis blanches qu'on trouve en Afiique; c'est un régal que les anglais surtout cherchent avec avidité et payent très cher.

Nous étions à Somerset, en Octobre dernier ; nous vîmes des enfants occupés à dépouiller une vieille souche de son écorce ; nous nous approchons d'eux pour reconnaître la cause qui attirait leur attention, et nous les voyons se partager des Fourmis engourdies par la gelée, qu'ils avaient tirées de leurs galeries, et qu'ils croquaient à belles dents. — Comment vous mangez des Fourmis ? — Mais c'est excellent ! voulez-vous en goûter ? Elles ont un petit goût sûr des plus agréables ! — J'aime mieux vous en croire sur parole que d'en faire l'expérien(^ Mais eux de continuer leur régal, en se disputant irqui en durait la plus large part.

Il est bien certain qu'il n'y a que le préjugé qui nous détourne de ces aliments qu'on proclame aussi agréables à la bouche que profitables à l'estomac. Car en quoi les chenilles, les Araignées sont-elles plus répugnantes que les huîtres, les limaçons dont on se régale? Et les gibiers faisandés, les oiseaux qu'on mange sans les

vider 1 Qui sait si plus tard, les Araignées et les

Cheniiles ne seront pas des desserts, comme le sont aujourd'hui les huîtres, les limaçons, etc.

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