TROISIEME PARTIE
Pouvoir distinguer les objets que l'on étudie et les^ faire reconnaître avec certitude aux autres, tel est le but de la classification en Histoire Naturelle.
Une des qualités les phis remarquables de notre intelligence, est de pouvoir grouper dans notre esprit les objets variés qui fixent notre attention, et de pouvoir représenter ces groupes par un nom ou un signe particulier. Ce besoin de réunir dans notre esprit les chosessemblables à certains égards, pour saisir les rapports qui existent entre elles, et nous en former une idée abstraite^ fait pour ainsi dire la base de toutes nos études. Mais en Histoire Naturelle, ce besoin devient une nécessité,, parce que les milliers d'êtres qu'il nous faut étudier, dérouteraient de suite la mémoire la plus heureusement
douée, dans ses calculs de comparaison. Mais si au lieu de comparer un individu avec un autre individu quelconque du règne animal, on est restreint à un groupe, à une classe particulière, la comparaison devient de suite f icile, parce que le type abstrait qui nous représente telle classe ou tel groupe, n'a qu'un nombre de caractères déterminé qu'il est facile de passer en revue dans un instant. Une comparaison familière fera mieux saisir la chose.
Si le porteur d'une lettre n'avait que le signalement de la personne à qui elle serait adressée pour la reconnaître, sa tâche serait presque impossible à remplir. Mais si l'adresse de cette lettre lui indique d'abord le pays, puis la province, la ville, la rue, la maison, et enfin l'étage de cette maison, il n'aura plus qu'à comparer le signalement donné qu'à un nombre très restreint de personnes. Or, c'e.-t ainsi que procède le naturaliste, dans son œuvre de classification. On voit de suite de quelle utilité, dans la pratique, se trouve ce mode de procéder, pour la désignation des animaux qu'on veut reconnaître, ou dont on s'efforce de donner aux autres une connaissance exacte. Citons un exemple.
Nous voulons, nous supposons, vous faire connaître le Héron. Or, sans recourir aux méthodes de classification, il nous faudra vous en donner une définition des plus exactes, et avant de vous former une juste idée de l'animal dont nous voulons vous entretenir, il vous faudra comparer la description ainsi donnée avec celle de plus de cent mille animaux différents, ce qui serait presqu'impossible. Mais si- l'on vous dit que cet animal est un vertébréj de la classe des oiseaux, de l'ordre des échassiers,
du genre Héron, Ardea, dès lors vos termes de comparaison se trouvent extiêmement réduits. En efFet. par le mot vertébré, vous connaissez de suite que l'animal ne peut être ni un insecte, ni un mollusque, ni aucun autre animal sans squelette intérieur. Par le mot oiseau, vous excluez de la comparaison tous les ujammifères, tous les poissons, et tous les reptiles. Par le mot échassier, vous distinguez de suite votre animal des neuf dixièmes des autres oiseaux ; et enfin par le genre Héron, vous n'avez de suite qu'à faire la comparaison qu'avec les quelques espèces qui appartiennent à ce genre.
Or, ce mode de procéder sur l'ensemble de l'Histoire Naturelle, s'applique de la meuie façon sur chaque classe, sur chaque ordre d'animaux, de manière qu'en écartant successivement les êtres possédant le plus grand nombre de caractères communs, vous arrivez toujours à n'appliquer la comparaison qu'à un nombre assez restreint de caractères.
On distingue deux sortes de classification : la classification systématique ou artificielle et la classification naturelle.
Dans la classification artificielle, les divisions sont fondées sur des modifications que présentent certaines parties du corps choisies arbitrairement, par exemple le nombre des doigts, des dents, etc. Au contraire, dans la classification naturelle, on prend l'ensemble de l'organisation de chacun des êtres, et on éloigne ou rapproche ces êtres suivant les degrés de ressemblance qu'ils ont entre eux.
On comprend de suite que la méthode naturelle l'emporte de beaucoup en importance et en utilité sur la mé-
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thodc artificielle, puisque cette dernière, souvent sans nous rien faire connaître d'important sur les groupes qu'elle forme, nous porte à faire les rapprochements les plus disparates, comme de mettre les Grenouilles et les Lézards avec les Chevaux et les Chiens, parce que tous se portent sur quatre membres, etc. Tandis que dans la méthode naturelle, les divisions et subdivisions étant fournies par l'ensemble des caractères de chaque animal, du moment que nous avons le groupe dans lequel il se range, nous connaissons de suite les traits les plus remarquables de son organisation, et la manière dont ses principales fonctions s'exécutent.
Mais malheureusement nos connaissances des individualités du règne animal sont encore trop peu avancées, pour nous permettre de telles analyses naturelles de la généralité des êtres de chaque groupe, et force nous est de recourir souvent à la méthode artificielle, qui, quoique moins rationnelle, supplée dans un grand nombre de cas, à notre défaut de connaissances, et nous mène aussi plus promptement au but.
La méthode artificielle est peut-être d'un plus grand usage en Entomologie que dans toutes les autres branches de l'Histoire Naturelle, parce que les milliers d'êtres qu'embrasse cette étude sont encore trop peu connus pour que les divisions et subdivisions des groupes puissent reposer sur des bases sûres et incontestables; cependant, depuis les travaux considérables qui se sont faits sur cette branche, dans ces dernières années surtout, la méthode naturelle a été presque partout appliquée, et le jour n'est pas éloigné où elle sera presque seule mise en usaore.
Les règles qui régissent cette classification sont peu nombreuses et très simples ; elles présentent, toutefois, dans leur application, des diJËcultés extrêmes. En effet, ranger les animaux en séries naturelles, d'après le degré de leurs affinités respectives, c'est-à-dire, les disposer de telle sorte que les espèces les plus sembla' les entre elles occupent les places les plus voisines ; diviser et subdiviser ensuite ces séries d'après le principe de la subordination des caractères, c'est-à-dire, en raison de la différence que les animaux présentent entre eux, sont bien' là les deux points qui constituent à eux seuls toute l'économie de la classification. Comme on le voit, ces deux règles sont faciles à comprendre et leur seule énonciatîon en fait saisir toute l'importance. Mais on sent aussi, de suite, que cette distinction des affinités des espèces, et le degré d'importance à attacher à telle modification ou dissemblance, sont choses fort difficiles dans la pratique, parce qu'elles exigent une connaissance parfaite de l'organisation des êtres que l'on veut classifier, et que les différences que ces êtres présentent entre eux se modifiant presque à l'infini, ne permettent pas toujours d'attacher à chacune le juste degré d'im; ortance qu'elle commande.
On peut voir d'après ce qui précède que Ves])èce est le point de départ de toute classification ; que c'est le pivot autour duquel se groupent les divers systèmes mis en usage pour ranger les différents êtres dans une série d'ensemble.
Mais qu'est-ce que l'espèce ?
Si on cherchait la réponse à cette question dans les ({uelques auteurs qui ont spécialement traité cette matière, on courrait grand risque d'être encore à attendre
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une réponse sati&faisante, même après avoir parcouru des volumes qu'ils ont publiés à ce sujet. C'est que la plupart de ces auteurs, matérialistes marchant sur les traces des philosophes du siècle dernier, s'appuyant sur une base fausse, ne sont parvenus qu'à des conclusions absurdes, et toutes les subtilités de leur dialectique ne suffisent pas toujours pour voiler leur manque de point d'appui.
Croirait-on qu'un des plus célèbres naturalistes de nos jours, Mr. Darwin, a écrit un ouvrage considérable sur l'origine des espèces, sans se soucier mêîne de nous dire ce que c'est que l'espèce ?
" Tous les êtres, nbus dit Mr. Darwin, descendent de quelques couples, et peut-être d'un seul, par une sélection naturelle. " Et c'est là la thèse qui a causé tant d'engouement dans un certain monde, qui a réuni les suffrages de tant de savants !
Mais que veut dire cette sélection naturelle ? Comment nommez-vous l'intelligence qui la dirige ?
C'est la nature elle-même, nous répond Darwin. La nature ! Précisément cette nature personnifiée à laquelle les matérialistes, les athées, prêtent des intentions, des inclinations, des vues, tandis qu'ils refusent l'intelligence au seul être qui la possède de son propre fonds. " J'ai " toujours nommé le Créateur, disait Buffon, mais il n'y " a qu'à ôter ce mot et metttre à la place la puissance de " la nature. La nature n'est point un être, «car cet être ** serait Dieu. " Et voilà ! C'est trop gênant d'avoir à compter avec un Dieu principe de toute existence, rémunérateur du bien et vengeur du mal ; il faut le faire disparaître, et pour le faire croire, abusons du langage ; que le mensonge voilé par le sens figuré des mots prenne la
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place de la vérité. Et telle est la tactique de tous ces cerveaux creux, de ces prétendus génies, qui veulent se faire un monde sans Dieu 1 Ce n'est plus la cause qui produit l'effet, dans la logique athée, mais c'est l'effet qui produit la cause ; c'est la mousse du liquide, qui a produit la fermentation ; c'est la nature qui agit, qui choisit, qui dispose, qui fait surgir spontanément ! Les scélérats qui naguère dans la capitale de la France versaient le pétrole sur les monuments des arts et de la civilisation, les assassins qui foulaient aux pieds les cadavres des innocentes victimes qu'ils venaient de massacrer, avaient élé élevés à de semblables écoles.
Mais qu'est-ce enfin que l'espèce ?
Tout le règne animal n'est composé, comme l'on sait, que d'individus; mais parmi ces individus, il y en a un grand nombre (jui ont entre eux une ressemblance extrême dans leur organisation, leur conformation, leur manière de vivre etc. Ceux qui ont entre eux ces caractères d'étroite ressemblance, et qui de plus sont susceptibles de se reproduire avec If s mêmes p)ropriétés essentielles, constituent ce que nous appelons des espèces. Ainsi les hommes, les corneilles, les grenouilles, les guêpes etc. sont des espèces différentes. L'espèce est variable dans ses caractères peu importants, comme on le voit pour les chiens, les moutons et les autres animaux domestiques • mais la fécondité perpétuelle est le caractère essentiel do l'espèce, et c'est cette fécondité qui fait sb, Jlxité, car l'union d'espèces différentes n'a jamais qu'une fécondité bornée. Ainsi tous les hommes ne constituent qu'une même espèce, par ce que chez eux la fécondité se perpétue à l'infini dans l'union des différentes races ; il en est de
même des chiens : mâtins, barbets, dogues etc. ; des chevaux : arabes, canadiens, percherons, etc. Mais le cheval et l'âne, le chien et le loup, l'oie et l'outarde sont autant d'espèces différentes, par ce que les produits de leur union ou demeurent stériles, ou ne peuvent prolonger leur fécondité au delà de la 2e ou 3c génération.
Il suit de là que si l'espèce est variable dans ses caractères peu importants, elle est en même temps immuable dans ses caractères essentiels. Telle nous la voyons aujourd'hui, telle elle est sortie des mains du Créateur. On a rapporté d'Egypte des momies d'hommes, de chiens, de bœufs, d'ibis etc., et tous ces êtres étaient, il y a 3000 ans, semblables, exactement semblables à ceux d'aujourd'hui.
L'espèce n'a donc pu venir d'une autre espèce, comme le veut Darwin, ni de la génération spontanée, comme le voulaient Buffon, Lamarck, Geoffroy St. Hilaire etc. Car si la nature des matérialistes avait la puissance de faire naître spontanément des êtres, qui mettrait des bornes à sa fécondité ? qui déterminerait leurs modifications ?......
Il n'y aurait plus dès lors de classification possible. Il en est de nos philosophes comme des Femmes savantes du célèbre Molière, chez eux,
Le raisonnement en bannit la raison
Avant de descendre dans le détail des divisions et subdivisions de la classe des insectes, montrons, par un tableau synoptique, les caractères qui la distinguent des autres classes des articulés.
On sait que sous la dénomination d'articulés, on comprend tous ces animaux dont le corps, et particulièrement
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îes organes de locomotion, se composent d'articles mobiles plus ou moins nombreux. Les Araignées, les Myriapodes, les Crustacés, se trouvent donc renfermés dans cette définition. Mais voici comment au pourra les ranger dans leurs classes respectives :
Une tête, un thorax et un abdomen, avec trois paires de pattes, tels sont donc les caractères particuliers qui distinguent les insectes proprement dits des autres arti. calés.
Les naturalistes, comnie nous l'avons déjà fait observer, •divisent tous les êtres de la nature d'abord en trois rèignes: minéral, végétal, animal. Le règne se divise ensuite en embrancbemcntS; l'embranclienjent en classes, la <?lasse en ordres, l'ordre en familles, la famille en genres, t;t enfin le genre en espèces qui se composent d'individus.
CLASSIFICATION DK3 INSECTES.
Nous avons dit ce qu'était Veftj^èce. Les espèces les plus voisines sont ensuite réunies en groupes appelés <jiîtrcs, et dans l'appellation, le nom du genre ist toujours joint à celui de l'espèce. Ainsi l'on dira : la Cicindèlc commune, la Cicindèle pourpre, la Cicindèle à 6 points etc., pour désigner les diiférentes espèces du genre Cicindèle, etc.
En réunissant les genres qui présentent le plus d'analogie on forme les tribus et les /(imilles, qui sont cllosmemes rangées dans des groupes d'un rang plus élevé, auxquels ou donne le nom à'orJres. Enfin les ordrcg par leur réunion forment les classes, qui constituent les emhraitchenunts de chaque règne.
Si, prenant à part la classe des insectes qui nous occupe SI écialement ici, nous voulons chercher les bases sur lesque les s'appuiera l'arrangement niéthodi(jUC de ces animaux, nous trouvons de suite que ce devra être principalement sur la structure des organes servant à la locomotion tant aérienne que terrestre, et ensuite sur le mode de développement ou les différentes métamorphoses que subissent ces êtres dans le jeune âge, par ce que ce sont ces points qui montrent les plus grandes différences que les insectes offrent entre eux.
DE LA CL.VSSIt^ICATIOX
Aussi est-ce d'après ces règles que les eutomo'ogistes nous présentent aujourd'hui les insectes divisés en huit ordres, dont les no ns mêmes peuvent donner une idée d;i principal caractère qui les distingue. Ces huit ordres sont : les Coléoptères, les Orthoptères, les Névroptères, les Hyménoptères, les Hémiptères, les Lépidoptères, les Diptères et les Aptères.
Le tableau qui suit peut servir à les distinguer les uns des autres.