‹ Petite histoire de GeneveChapitre 11 sur 26 · L.es Eidg-uenots. Les Mamelous · texte numérisé non relu

L.es Eidg-uenots. Les Mamelous

Ce fut au commencement du XVP°^ siècle que la lutte entre Genève et la Savoie devint active et violente.

Le nouveau duc, Charles IIP, pensa qu'en se montrant bienveillant, il amènerait peut-être les Genevois à se donner à lui. Il leur promit de rétablir les anciennes foires, si les syndics consentaient, au nom de la communauté, à lui prêter serment de fidélité. Le Conseil général lui fit répondre « que les citoyens aimaient mieux être pauvres, mais libres, que riches et esclaves >. Cette réponse l'indisposa tellement, qu'il chercha désormais à leur faire tout le mal possible.

Les citoyens étaient inquiets. L'évèque Jean,

^ Charles III, duc de Savoie, régna de 1504 à 1553. Il fut un ennemi acharné de Genève. Il fit nommer Jean, bâtard de Savoie, évoque de Genève.

bâtard de Savoie, au lieu de prendre leur défense, faisait cause commune avec le duc, son cousin et ami. En outre, ils étaient partagés en deux camps ennemis. Les uns, assez nombreux, croyaient que Genève devait se donner au duc, puisque celui-ci promettait tant d'avantages; n'ayant plus rien à craindre du dehors, elle pourrait, sans arrière-pensée, se livrer au commerce et à l'industrie, et augmenter son bien-être matériel.

Les autres, au contraire, étaient d'avis que Genève devait maintenir son indépendance, même aux prix des plus grands sacrifices. Se sentant trop faibles pour résister avec quelque chance de succès, ils cherchèrent de puissants et fidèles alliés. Depuis longtemps, et surtout depuis les guerres de Bourgogne, ils avaient entretenu des rapports d'amitié avec les Suisses, dont la réputation de bravoure était universelle. Ils cherchèrent à les resserrer et à conclure avec eux un traité d'alliance , On leur donna, par dérision, le nom de Eidguenots (de l'allemand Eidgenosse, confédéré). Ils surnommèrent Mamelons les partisans du duc (de Mameluks, esclaves du sultan d'Egypte).

Le parti des Eidguenots contenait des patriotes dont les noms sont restés célèbres dans notre histoire : Philibert Berthelier, Lévrier, Besançon Hugues, Malbuisson, Pécolat, etc. Ils réussirent par leur persévérance à conclure, en 1519, un premier traité d'alliance avec Fri bourg. Cette ville s'engageait, à de certaines conditions, à défendre Genève contre toute attaque du dehors.

Le duc fut très irrité lorsqu'il eut connaissance du traité d'alliance; aussi fit-il de grands efforts pour le faire rompre. N'y ayant pas réussi, il ordonna à l'évêque, qui lui obéissait en tout, de faire arrêter et mettre à mort tous les principaux Eidguenots; en même temps, il leva une armée de 15000 hommes et marcha sur Genève, qui, incapable de résister, dut ouvrir ses portes (l^'' avril 1519). Il y entra comme dans une ville conquise, et traita les habitants comme des rebelles. Genève semblait perdue.

Mais les Eidguenots avaient eu le temps de s'échapper et de s'enfuir à Fri bourg, où ils racontèrent ce qui se passait. Aussitôt, les Fribourgeois prirent les armes et vinrent au secours de leurs nouveaux alliés. Ils pillèrent, en passant, le Pays de Vaud, qui appartenait au duc; ils étaient déjà a Nyon, lorsque Charles III jugea prudent de négocier avec eux. 11 s'engagea à quitter Genève, si les Fribourgeois abandonnaient le pays de A^aud. C'est ce qui fut fait.

Les Genevois eurent à payer 8000 écus aux Fribourgeois comme indemnité de guerre: mais ils étaient délivrés du plus grand danger qui les eût encore menacés. Cette occupation de la ville par le duc fut appelée, par les contemporains, la guerre des besules, parce que, étant en carême, les soldats savoyards ne reçurent comme nourriture, delà part des habitants, que de petits poissons du lac, qu'on appelait communément ainsi.

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