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CHAPITRE III LA RÉFORME

SEPTIÈME LEÇON Genève réformée.

Le promoteur de la Réforme religieuse en Allemagne fui Martin Luther, qui trouva de nombreux imitateurs dans presque tous les pays de l'Europe, et surtout en Suisse, en France et en Angleterre.

A Genève, les principaux réformateurs furent Farel, Viretet Froment. Leurs débuts ne furent pas heureux; ils durent s'enfuir pour échapper aux persécutions dirigées contre eux.

Berne soutenait et encourageait la Réforme, tandis que Fribourg, la combattait. 11 en résulta qu'il se forma deux partis à Genève : celui des Réformés, qui s'appuyaient sur Berne, et des Catholiques, sur Fribourg. Les passions religieuses devinrent bientôt violentes : des rixes sanglantes éclataient constamment entre les citoyens des deux confessions. Cependant, le parti de la Réforme prenait l'avantage; les Fribourgeois, irrités rompirent l'alliance {V' mai 1534), malgré les instantes prières faites auprès d'eux.

Le 21 mai 1536, le Conseil général, réuni dans le cloître de Saint-Pierre, déclara à l'unanimité qu'il se détachait de l'église catholique et qu'il embrassait la Réforme. La messe et les fêtes des saints furent abolies; les Réformés prirent les églises pour y célébrer leur culte. Les citoyens qui ne voulurent pas adopter la nouvelle doctrine durent s'exiler et perdirent leurs droits à la bourgeoisie. L'évêque fut déclaré déchu de ses droits de souveraineté, et les terres de Tévêque furent jointes à celles de l'Etat pour former ce qu'on appela désormais le territoire genevois. On adopta comme armoiries de l'Etat celles de la ville ; on en changea un peu la devise, qui était: i^Post tenebras spero lucem^^ (Après les ténèb7'es , f espère la lumière).

18me Récit. Guillaume Farel (1532).

Ce fut sous le patronage de Berne que le premier réformateur Ouillaume Farel vint à Genève. C'était un gentilhomme dauphinois, enthousiaste et infatigable, qui avait déjà été poursuivi en France, pour cause de religion. Il se rendit à Genève avec son ami, le ministre Antoine Saidnier, et leur succès fut tel, que le clergé, inquiet, les somma de comparaître devant le Conseil de Vévêque pour y défendre leurs doctrines. Farel et Saulnier acceptèrent; mais, à peine entrés dans la salle, ils furent accueiUis par de violents cris : « A mort ! à mort les hérétiques ! » Malgré l'intervention des syndics, ils furent poursuivis par la populace excitée, roués de coups, et n'échappèrent à la mort qu'à grand'peine.

Quelques citoyens, entre autres Ami Perrin, prirent

leui" défense et les cachèrent quelques jours dans leurs maisons. Mais, comprenant que, vu Fétat des esprits, le séjour de la ville leur était devenu impossible, ils se réfugièrent secrètement à Morges (octobre 1532).

19nie Récit. Antoine Froment (1533).

Farel n'abandonna pas l'œuvre qu'il avait commencée. Ne pouvant retourner pour le moment à Genève, il envoya à sa place un jeune ministre, Ayitome Froment, plein de zèle pour la Réforme.

Froment eut Tidée de s'annoncer non pas en réformateur, mais en maître d'école. 11 loua une salle près du Molard, à l'enseigne de la Croix d'Or, et lit annoncer « qu'il donnerait des leçons à tous ceux qui voudraient, petits ou grands, hommes ou femmes, et qu'il ne demanderait rien pour sa peine si, dans un mois, ils ne savaient lire et écrire en français ».

L'instruction était peu répandue : beaucoup de gens accoururent. Bientôt Froment se hasarda, pendant les leçons, à leur parler de la nouvelle doctrine. Son succès fut tel, que, le 1" janvier 1533, il ne put entrer dans la salle, qui était pleine. « Au Molard ! » cria-t-on de toutes parts. Entraîné par la foule, le jeune réformateur monta sur un banc, d'où il dominait l'assemblée, et se mit à prêcher. Il improvisa un discours énergique, qui remplit les auditeurs d'enthousiasme.

Informés de ce qui se passait, les prêtres et quelques catholiques voulurent s'opposer à la prédication de Froment. Les syndics eux-mêmes lui enjoignirent de cesser son discours et de rentrer dans sa maison. Comme les esprits s'échauffaient. Froment cessa sa prédication et se retira chez Ami Perrin, qui lui offrit l'hospitalité.

Mais l'aj^itation ne se calma pas. Les réformés et les catholiques, très surexcités, étaient sur le point d'en venir aux mains. Froment, voyant que sa présence dans la ville contribuait à maintenir l'agitation, prit la résolution de s'éloigner jusqu'au rétablissement du calme et de la tranquillité.

HUITIEME LEÇON «Jean Calvin.

Quoique réformée, Genève ne serait pas devenue le centre de la Réforme pour les pays parlant français sans Jean Calvin. Ce réformateur, de mœurs austères et d'une énergie remarquable, était venu par hasard à Genève, sans vouloir s'y fixer. Cédant aux prières de Farel, il resta, et ne tarda pas à exercer une influence considérable. Il établit l'Eglise de Genève sur une base solide, mais il indisposa, par sa sévérité, un grand nombre de citoyens, qui se liguèrent contre lui et qui formèrent un parti appelé le parti des Libertins (du latin libertinus, ami de la liberté), qui devint Ijientôt très puissant.

Devenus les maîtres du gouvernement, les Libertins bannirent Calvin et Farel. Mais, trois ans après, rappelé dans la ville, Calvin reprit ses projets avec la plus âpre ténacité.

Il créa le Consistoire, corps chargé de diriger l'Eglise et de surveiller la vie privée des citoyens.

Il poursuivit avec acharnement et fit condamner à la prison, à l'exil et même à mort tous ceux qui attaquaient ses doctrines, témoin Michel Servet. 11 édicta des lois sévères contre les blasphémateurs, les débauchés, les ivrognes. Grâce à une rigueur excessive, les mœurs se purifiaient et Genève devenait célèbre dans toute l'Europe. On lui donna le nom de Rome pi^otestante.

Calvin mourut à l'âge de 55 ans et fut enseveli sans cérémonie, selon son désir, au cimetière de Plainpalais (1594).

Théodore de Bèze fut son successeur.

20nie Récit. Jean Calvin et les Libertins.

(Développement de la leçon précédente.)

Jean Chauvw ou Calvin (Calvinns^ latinisé suivant l'usage du temps) naquit à Noyon, en Picardie, en 1509.

Le 27 aoûc 1536, il passait par hasard par Genève, se rendant d'Italie à Strasbourg, lorsque sa présence fut signalée à Guillaume Farel. Quoique très jeune, il était déjà célèbre, soit à cause de son savoir et des persécutions qu'il avait déjà endurées, soit surtout à cause de la publication de son fameux livre de V Institution chrétienne, ouvrage qui avait eu un grand retentissement.

Farel se rendit à l'hôtellerie où demeurait Calvin et le supplia de rester à Genève pour l'aider dans sa tâche. Calvin refusa d'abord, prétextant sa mauvaise santé et son besoin de repos :

— Que Dieu maudisse ton repos, si tu le préfères à Jésus-Christ ! s'écria Farel.

Frappé de ces paroles, Calvin crut entendre un avertis-

Jean Calvin

(Reproduction d'une gravure faite d'après un tableau qui se trouve à la Bibliothèque publique de Genève.)

sèment de Dieu, et consentit à rester poui' enseigner la théologie.

Bientôt son énergie et son activité eurent à se manifester autrement. Il chercha à organiser l'Eglise de Genève sur une base solide et ne tarda pas à exercer une grande influence sur les Conseils et sur le peuple.

Ne trouvant pas les mœurs assez austères, il fit édicter des lois sévères contre ceux qui se livraient aux mauvaises mœurs et au luxe, et porta atteinte à d'anciennes lois et franchises, si chères aux patriotes. Il indisposa de cette manière un certain nombre de citoyens qui ne voulaient pas sacrifier aux idées d'un étranger (c'est ainsi qu'ils appelaient Calvin) les droits, pour le maintien desquels ils avaient chassé l'évèque et lutté si longtemps contre la Savoie. Les mécontents devinrent assez nombreux poui' former un parti politique important, qui prit le nom de parti des Libertins (de libertimis, ami de la liberté).

Dès qu'ils se sentirent assez forts, les Libertins se mirent à combattre Calvin pour l'obliger à quitter Genève. Ils déclarèrent repousser toutes ses innovations politiques et ne pas accepter sa confession de foi. Parmi les Libertins se trouvaient presque tous les anciens Eidguenots.

Calvin et Farel ne se laissèrent pas troubler par les menaces de leurs adversaires ; ils continuaient à prêcher contre les « ennemis de Dieu et de la religion ». Une très vive agitation se manifestait dans la ville partagée en deux partis. Les amis de Calvin étaient nombreux et prenaient ouvertement sa défense; les Libertins, de leur côté, parcouraient bruyamment les rues, affectant de braver les règlements.

Le jour de Pâques 1538, Calvin prêchait à Saint-Pierre et Farel à Saint-Gervais. Les deux temples étaient remplis d'une foule agitée ; le service religieux fut plusieurs fois

interrompu par les cris des Libertins. Devant cette manifestation, Calvin, au moment de procéder à la communion et voyant s'approcher tout un groupe de Libertins, s'écria :

— Arrière ! point de cène aux débauchés et aux ivrognes !

Le tumulte devint alors effrayant ; les épées brillaient, et le sang allait couler. Calvin, protégé par ses amis, put échapper au danger ; mais l'agitation augmenta encore quand on apprit que Farel avait tenu à Saint-Gervais un langage pareil. Il devint manifeste que les deux réformateurs s'étaient concertés.

Le Conseil se réunit ; sur la proposition des syndics, qui étaient tous Libertins, il fut décidé de bannir les deux réformateurs. Farel se retira alors à Neuchâtel, et Calvin à Strasbourg (1538).

Les Libertins fêtèrent bruyamment leur victoire. Ils abolirent les règlements sévères établis ipar les réformateurs ; les mœurs se relâchèrent, la République fut mal administrée. Aussi, on sentit bientôt le besoin qu'une main ferme tînt les rênes du gouvernement, et un mouvement très prononcé se manifesta contre les Libertins.

En 1541, les syndics furent choisis parmi leurs adversaires ; cédant à la pression de l'opinion publique, ils envoyèrent à Strasbourg Ami Perrin, pour prier le réformateur de revenir à Genève et d'y continuer son œuvre. Calvin hésita longtemps, puis il finit par céder aux sollicitations de ses amis et rentra à Genève, le 3 septembre 1541, presque en triomphe, trois ans et demi après en avoir été banni.

A peine de retour, il prit les mesures nécessaires pour rendre à l'Eglise l'ordre dont elle avait grand besoin. Il rédigea les Ordonnances ecclésiastiques, sorte de constitution religieuse, qui réglait tout ce qui concerne le culte, l'élection des ministres, l'administration de l'Eglise et la

surveillance des mœurs. Pour faire exécuter les Ordonnances, il créa le Consistoire, corps composé d'ecclésiastiques et de laïques, et dont l'office consistait à diriger l'Eglise et à surveiller la vie privée des citoyens. Il avait le droit de censure, de prononcer l'exclusion de la sainte Cène, et même de faire appliquer par le Conseil des peines pécuniaires et corporelles.

Grâce à une rigueur et à une sévérité implacables, les mœurs se purifiaient et devenaient austères. Les l'egistres des Conseils et du Consistoire prouvent qu'on faisait observer les lois somptuaires. Nombre de personnes furent condamnées à l'amende pour n'avoir pas régulièrement assisté au culte.

Les lois somptuaires (lois qui avaient pour but de restreindre le luxe sous toutes ses formes) défendaient aux hommes de porter des chaînes d'or ou d'argent, aux femmes d'avoir des broderies et plus de deux bagues. Il était interdit de servir plus de quatre plats à dîner. On ne pouvait s'assembler que dans cinq lieux désignés, pour jouer aux quilles et aux boules, et cela seulement à de certaines heures et sous la surveillance d'un des membres des Conseils.

Calvin défendit ses doctrines avec une énergie incroyable. Il fit condamner à la prison et même à mort plusieurs hommes dont le seul crime était de ne pas accepter toutes ses idées. C'est ainsi qu'il fit brûler vif, à Champel, le malheureux Michel Servet, médecin espagnol, qui avait attaqué plusieurs dogmes fondamentaux de la doctrine de Calvin. La mort de Servet lui a été reprochée, k juste titre, comme une cruauté injustifiable. Cependant, il ne faut pas oublier que, dans ce siècle de luttes ardentes et violentes, les mœurs étaient plus rudes ; la peine de mort était parfois prononcée pour des faits qui sont considérés de nos jours comme de simples délits. De plus, Calvin

était convaincu que son œuvre était celle de Dieu même, et regardait comme un devoir de la maintenir intacte.

Tout le monde dut plier devant Calvin. Quelques tentatives de résistance furent punies avec la plus grande rigueur. Ainsi les Perrinistes, amis de Perrin, qui avaient cherché à renverser Calvin, furent poursuivis avec la dernière violence : quatre d'entre eux, parmi lesquels Daniel Bert/ieUer, fils du martyr de 1519, furent condamnés à avoir la tête tranchée, et exécutés malgré les supplications de leurs amis et le souvenir du grand patriote Philibert Berthelier.

Quoique d'une santé délabrée, en proie à plusieurs maladies, « le corps brisé, mais la tête haute », (Calvin était le chef incontesté de Genève ; il sut lui donner cet éclat, cette grandeur, qui la fit appeler par tous les Réformés la Rome ijrotestante. Son activité était prodigieuse. A côté de ses multiples occupations de pasteur et de professeur, il publiait de nombreux ouvrages et entretenait une correspondance immense avec toutes les Eglises et les princes réformés de l'Europe. Il prêchait jusqu'à dix fois par semaine et donnait un cours de théologie à V Académie, qu'il venait de fonder. En 1558, il fit construire le collège actuel.

Après vingt-trois années d'un travail incessant, Calvin mourut, le 27 mai 1564, dans une maison de la rue Calvin, et fut enseveli, selon ses ordres, sans cérémonie, dans le cimetière de Plainpalais. On ignore la place exacte où son corps repose.

Il avait lui-même désigné Théodore de Bèze comme son héritier et successeur. Celui-ci, par la douceur et l'amabilité de son caractère, se concilia l'affection des Genevois et continua dignement l'œuvre de son maître et ami.

21"e Récit. Fondation du Collège de Genève.

Nous avons dit plus haut (voir 9"^^ Bécif) que François de Versonnex avait fondé, en 1429, une école qui prit son nom et qui dura plus d'un siècle.

Cependant rimmeuble de Versonnex, malgré de fréquentes réparations, s'était complètement délabré, de sorte que le Conseil ordonna, en 1535, de transporter l'école au couvent des Cordeliers de Rive, qui restait vacant par suite du départ de ses anciens habitants. Ce couvent occupait, dès le XIIF siècle, l'emplacement sur lequel a été élevé, en 1769, le Grenier-à-Blé, qui a été démoli, il y a peu d'années. C'est de ce couvent que vient le nom de rue du Vieux-Collège, donné à la rue qui passait derrière.

A ce moment, Genève était en pleine ébullition religieuse. La direction de l'école fut confiée au réformateur Antoine Saulnier, qui sut lui donner une impulsion nouvelle.

En 1538, il publia rOrf/>e (^e TiJsc/^o/e, sorte de règlement, où nous lisons ce qui suit :

« En nostre Collège, les lectures commencent à cinq heures du matin et ne cessent point jusques à dix, qui nous est communément l'heure du disner. On instruit ordinairement les enfants es trois langues les plus excellentes, c'est assavoir en grec, en hébi'ieu et en latin encore, sans compter la langue françoise, laquelle toutesfois, suivant les judgements des gens sçavants, n'est point à mes priser, etc. »

Mais le local mis à la disposition de Saulnier était délabré, incommode et malsain.

En 1544, le Conseil ordonna d'y faire certaines réparations, entre autres d'y établir un « fornet » (poêle) pour l'hiver.

Malgré ces améliorations, l'état général des bâtiments était si misérable, que le Conseil, sur la demande de Calvin, qui était rentré à Genève après son exil, décida de le reconstruire.

Le réformateur avait choisi, pour l'emplacement du nouveau Collège, les jardins de l'hôpital Bolomier, sur la colline qui s'élevait en pente a*sez raide de Rive à Saint- Antoine. On les nommait hutins Bolomier, parce qu'on y cultivait la vigne sur des hutins (ou hautains), ce qui était la manière alors généralement en usage dans le pays.

On lit dans le Registre du Conseil du 17 janvier 1558 : « Icy est ordonné que les Seigneurs commis aux forteresses et aultres, visitent le lieu qui leur paraistra le melieur pour fere ung colege, et affin qu'on puisse fere provision de la matière qui sera nécessaire (= se i^rocî^re/les fonds). Aussi, qu'on face un pourtraict (= plan) de ce qui sera advisé de fere, afin qu'on le voye bien avant que de conclure. »

« Arresté aussi que les sindiques aillent visiter le lieu vers Rive avec les massons et les chappuis {^= charpentiers) et qu'ils demandent à MM. Calvin, Sarasin et aultres gens d'esprit, pour bien comprendre l'édifice, etc. »

Le 28 mars, l'emplacement fut définitivement adopté, ainsi que les plans. « Les classes seront basties devers l'occident et le levant, comme plus commodément se pourra fere », lit-on dans le Registre du 15 avril.

On nivela le haut delà colline, afin de préparer un grand espace uni et découvert. On ménagea une grande cour pour les ébats des collégiens, « d'aultant que ce lieu est au beau regard et bien aéré pour estre alègre aux estudiants. »

Les travaux furent poursuivis avec une grande vigueur et si bien menés, que, deux ans plus tard, on pouvait déjà enseigner dans les nouveaux locaux.

Une fois terminés, les bâtiments du Collège eurent l'as-

pect général qu'ils ont conservé jusqu'à ces dernières années, et que les réparations récentes se sont efforcées de leur conserver: ce sont deux grands bâtiments, se coupant à angle droit, et surmontés d'un toit immense.

Le bâtiment qui regarde le levant avait cinq classes, ayant leurs entrées directement sur la cour. L'autre en avait quatre.

L'aménagement intérieur n'avait rien de remarquable. Les locaux étaient vastes, mais sombres. Ils n'étaient éclairés que par de petites fenêtres, à l'origine dépourvues de vitres. Comme les élèves placés près des fenêtres se plaignaient du froid et des courants d'air, le principal demanda au Conseil d'y faire mettre des vitres. La réponse se trouve consignée dans le Registre du Conseil : « Sur ce que le principal a proposé de fere des verrières aux classes basses, arresté qu'on n'en fasse point, mais que les escholiers les fassent de papier.» (9 nov. 1564). Cependant, quelques années plus tard, une violente bise ayant fait rage pendant plusieurs jours, avait tellement endommagé « tant portes que fenestres », que le Conseil se décida enfin à faire remplacer les carreaux de papier par des vitres.

Le mobilier scolaire était à l'avenant. Les élèves étaient assis sur une longue planche qui leur servait de banc : devant eux était fixée une autre planche, qui leur tenait lieu de table.

Les salles ne renfermaient point d'appareils de chauffage. Les régents y entretenaient eux-mêmes des bassines de fer, pleines de braises, et recevaient une rétribution de chaque élève.

Au-dessus de la cour, du côté de Saint-Antoine, et le long de la Vallée, étaient les jardins du principal, ainsi que ceux des régents et des pasteurs en charge. C'étaient de petits carrés de terrain, plantés d'arbres, dont ils tiraient

quelque agrément, et où ils pouvaient cultiver des légumes.

La solennité des Pi'omotions fut instituée par Calvin, car il ne semble pas qu'il y ait eu, au collège de Rive, ou avant, de cérémonie analogue ; voici en quels termes en parle VOrdre du Collège^ :

« Que le premier jour de may (sinon qu'il se rencontrast en un dimanche, car en tel cas l'acte se remettra au lendemain) tout le Collège s'assemble au temple de Saint- Pierre. Que là soit présent aussi (s'il semble bon à Messieurs) Tun des Seigneurs syndiques ou conseillers, avec les Ministres ou Professeurs, le Principal et les Régens. En la présence desquels le recteur fera quelque briève harangue, pour recommander l'observation de ces lois, qui, là, seront récitées ilties) publiquement en présence de toute la Compagnie.

« En après, que de chascune classe, les deux (élèves) qu'on aura iudgé les plus diligents et sçavans soyent là présentez, pour recevoir de la main du Seigneur syndique ou conseiller qui assistera, quelque petite estreine, de tel prix qu'il plaira à Messieurs. Et en la prenant, qu'ils remercient Messieurs avec révérence.

« Lors, après que le recteur aura en peu de parolles loué iceulx escholiers, pour leur donner meilleur courage, et afin que les autres, à l'exemple de ceulx-là, soyent incitez à bien estudier, si les escholiers de la première et seconde classe ont quelque poésie ou autre escript à réciter devant toute la Compagnie, qu'ils le facent avec honnesteté et révérence.

^ Règlement du Collège, rédigé en latin et en français. Le texte latin est de Calvin ; le français en ^st une traduction, faite très probablement par Th. de Bèze.

« Et puis, le recteur ayant remercié l'assemblée, et les prières estant faictes, chacun s'en ira.

« Que ce iour-la il y ait vacation pour tout le Collège.»

Les premières Promotions eurent lieu en 1560.

Dans la dernière semaine d'avril, le recteur de lAcadémie et le principal du Collège se rendaient officiellement auprès des Seigneurs syndics et conseillers, et les priaient respectueusement de vouloir bien honorer la fête de leur présence et « de préparer quelques petits présens pour donner à ceulx qui auront le mieux proufité. »

On lit dans le Registre du P' mai 1562:

« Pour ce qu'est aujourd'huy le iour des Promotions, a esté arresté que, suivant la coustume, on fera des présens à ceulx qui auront le mieux composé, et, suivant ce, on a donné aux deux qui ont emporté la louange par-dessus les aultres, en la première, deux testons \ aux deux de la seconde, deux florins, aux deux de la troisième, vingt sols, aux deux de la quatrième, dix-huit sols, aux deux de la cinquième, seize sols, aux deux de la sixième, douze sols, et autant à ceux de la septième ; aux deux de la huitième, huit sols, assavoir à chacun d'eulx la moitié ; à celuy qui a prononcé la harangue un escu neuf, et aux deux qui ont prononcé l'églogue en vers, à chacun deux escus. »

L'usage de récompenser en argent toute espèce de mérite était généralement répandu au XVP siècle. Les Registres du Conseil en fournissent de nombreux exemples. Ainsi, en 1557 :

* A l'origine, le teston était le quart de Vécu de Genève. L'écu valait d'abord 4 florins. Peu à peu, il augmenta de valeur; en 1548, il était taxé 4 fl. 8 sols ; en 1581, 5 florins, et, en 1623, 8 florins.

Le florin correspondait, en 1535, à une valeur approximative de

1 fr. 50. Il se divisait en 12 sols, le sol en 12 deniers, le denier en

2 oboles, l'obole en 2 pites. (Blavignac. Armoriai genevois.)

— tb —

f( (3n faict une honnesteté de six escus, à Germain Colladon, ministre, pour les soings qu'il prend de la ville. »

En 1562, Jean de Budé fut gratifié de vingt-cinq écus, « ayant surveillé avec grand soing la construction du Collège », etc.

Un collégien pouvait donc être fier de son estreine, et nous comprenons la naïve prescription de l'ordonnance : a En la prenant, qu'ils remercient Messieurs avec révérence. « Les jeunes gens conservaient souvent la monnaie reçue en prix, la faisaient percer d'un trou et la portaient comme une médaille.

Ce fut en 1600 que le Conseil prit la décision de faire frapper des médailles d'argent pour remplacer les prix en espèces. En 1625, il arrêta que « tous les prix seroient battus d'une mesme marque et que le moindre vaudroit un teston. »

On donna à cette cérémonie le nom de fête des Promotions, parce que, après la distribution des récompenses, on appelait les noms des écoliers de chaque classe qui étaient promus, c'est-à-dire qui montaient dans la classe au-dessus. Le caractère grave ou imposant que prit cette cérémonie en fit bientôt une véritable fête nationale. Les syndics, les membres des conseils, les pasteurs et professeurs, les magistrats de l'ordre judiciaire, tous en grand costume de leurs fonctions, et dans l'ordre de préséance fixé par les édits, après avoir vu défiler les écoliers devant la Maison de Ville, se joignaient au cortège et s^acheminaient à Saint-Pierre. Après l'admonition du recteur, un élève de première lisait une composition ; un professeur prononçait un discours académique, les prix étaient distribués, et chacun se retirait ensuite, grave et recueilli. Point de jeux, point de banquets, ce jour-là. Mais souvent, dans les jours qui suivaient, les parents riches offraient des goûters de prix aux camarades de leurs fils couronnés.

Ce n'est guère que depuis cinquante ans que fut instituée la fête de Plainpalais.

Les élèves quittaient le collège vers leur seizième année ; Calvin voulut compléter son œuvre en créant une Académie. Elle fut votée en 1558. On y enseignait la théologie, l'hébreu, le grec, la philosophie. Ce ne fut guère, au début, qu'un séminaire protestant, destiné à préparer des pasteurs.

Les leçons se donnaient dans le cloître de Saint-Pierre. Théodore de Bèze fut le premier recteur de l'Académie.

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