‹ Petite histoire de GeneveChapitre 6 sur 26 · IS · texte numérisé non relu

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étaient des grands vassaux qui avaient réussi à devenir les seigneurs des pays dont ils n'avaient été que les gouverneurs.

Tel avait été le cas des comtes de Genevois, c'està-dire du territoire genevois (pagiis r/enevensis) qui s'étendait autour de la ville. Ils possédaient un château fort au Bourg de-Fourg.

Les preniiers évêques se défendirent avec courage contre les comtes de Genevois, et la lutte fut longue et ardente. Toutefois, grâce au prestige de l'Eglise et au concours des habitants, les évêques finirent par triompher. Les comtes de Genevois conclurent avec un des évêques, Humbert de Gram- 7uont (11 24), un traité d'une haute importance, l'Accord de Seyssel, par lequel ils durent reconnaîti'e la souveraineté de l'évèque sur la ville.

Vers la fin du XIIP^'^ siècle apparut la Maison de Savoie, qui a joué un rôle si considérable dans l'histoire de Genève. Presque inconnus au X'"^ siècle, les comtes de Savoie, qui acquirent plus tard la dignité de ducs, étaient devenus peu à peu les maîtres de tout le pays autour de Genève. Leur pouvoir s'étendait sur le Chablais, le Faucigny, une partie du Piémont, le Pays de Yaud, etc. Ils firent la guerre aux comtes de Genevois et finirent par leur enlever successivement toutes leurs possessions. Genève, isolée au milieu des terres de Savoie, devait nécessairement devenir l'objet de la convoitise de leurs souverains.

Les Genevois, qui, sous l'autorité de leurs évêques, jouissaient, comme nous le verrons plus loin, de

grandes libertés, s'opposèrent toujours obstinément aux prétentions de la Savoie. Pour être toujours mieux en mesure de repousser leurs ennemis du dehors, ils eurent l'idée de s'organiser enij-e eux. Comme beaucoup de villes à cette époque, ils se constituèrent en communauté (co7nmune) \ ils se nommèrent des magistrats (syndics) chargés de veiller à la sûreté de la ville, de lever les impôts, etc.

On ignore le moment précis où les Genevois s'organisèrent en commune. Mais on sait que ce droit leur fut d'abord contesté par Tévêque Guillautne de Conflans, qui les somma de «dissoudre la commune, soit collège insolite^ qu'ils venaient de former entre eux > (1288). Cependant, au commencement du XIV"*^ siècle, de nouvelles tentatives furent faites, et l'on sait qu'en 1365 une assemblée générale de bourgeois, soit Conseil Général {vo'w leçon suivante) prit la résolution de recevoir, avec de grands honneurs, l'empereur Charles IV, qui devait passer quelques jours à Genève, en rentrant dans ses Etats.

Ce fait, peu important en soi, prouve cependant que les bourgeois avaient déjà le droit de se réunir en Conseil Général, Qi de prendre les décisions qui concernaient le bien général. Par conséquent, la commune existait en fait.

' Mot formé du latin insoîitus. contraire à l'usage, et par conséquent, qui n'est pas i)ermis.

5™^ Récit. Puissance de l'Eglise au moyen âge.

Il peut paraître étonnant qu'après le départ de l'empereur, les évêques aient pu tenir tête aux puissants comtes de Genevois. Mais il faut se rappeler que, à cette époque, le prestige et la puissance de l'Eglise étaient immenses. L'évêque dépendait du pape, auquel obéissaient les rois et les empereurs, comme les plus humbles des hommes. Malheur au prince qui refusait de se soumettre aux ordres de l'Eglise! il était excommunié, c'est-à-dire retranché de l'Eglise, et son pays mis en interdit. Un excommunié était un être maudit, dont tout le monde fuyait le contact. S'il paraissait dans une église, les chants cessaient, l'orgue se taisait, les cloches restaient silencieuses. Lorsque la sentence d'excommunication était lue, c'était à la lueur des torches et dans le plus sombre appareil; à la fin de la cérémonie, tous les assistants renversaient leurs flambeaux et en éteignaient la flamme sous leurs pieds. Si le coupable était un prince, le pape déliait ses sujets de leur serment de fidélité ; souvent il interdisait dans tout le pays les cérémonies du culte ; les sacrements n'étaient plus administres ; il n'y avait plus de messes, ni de prières, pas même pour les nouveau-nés et pour les morts.

Vinterdit était une sentence, prononcée par l'évêque ou le pape, interdisant l'exercice du culte et l'administration des sacrements dans un lieu déterminé. Cette mesure avait pour objet de punir ceux qui avaient causé un scandale public ou qui s'étaient révoltés contre l'autoi'ité ecclésiastique. — En 1200, le pape Innocent III mit le royaume de France en interdit ; pendant plus de huit mois, les églises furent fermées : plus de cérémonies sacrées. En présence de l'émotion populaire qui suivit, le roi dut céder au pape.

Quand un pays était on interdit, on voilait les statues des saints, on descendait les cloches des clochers, etc.

L'abus que l'Eglise iit de l'interdit et de rexcommunication fit tomber en discrédit ces armes redoutables. Mais pendant des siècles, grâce à elles, le pape tint à ses piedvS tous les princes et les peuples de la chrétienté.

6016 Récit. Quelques «véques.

De 1083 à Pierre de la Baume, dernier évèque, quarante évéques se succédèrent sur le siège épiscopal de Genève. Nous ne citerons que les noms de quelques-uns d'entre eux:

Humhert de Gramniont fut le premier qui entra en lutte ouverte avec 1p comte de Genevois; il l'obligea à reconnaître son autorité sur la cité,

Ardatius, son successeur, continua la lutte et dut faire appel à l'empereur d'Allemagne Barberousse, comme à son suzerain, pour se défendre contre le comte de Genevois. L'empereur fit défense absolue à ce dernier de rien tenter contre Genève.

Ce fut Ardutius qui légua à l'évêché de Genève les Terres de Sallaz ou de Viuz en Sallaz, qui firent partie du territoire genevois jusqu'à l'époque de la Rtformation.

Sous Guillaume de Cou flans (1288), les Genevois se constituèrent en communauté. Us prirent possession de la garde des remparts et des portes, et perçurent les impôts. L'évêque, pour rester en possession de ses droits, menaça les habitants de l'excommunication.

En 1321 et en 1324, deux épouvantables incendies détruisirent presque toute la ville ; les rues étaient étroites, les maisons, couvertes en chaume, et les moyens de combattre l'incendie presque nuls. Le feu avait pris dans la

7'ue Neuve de la Rivière ', par une bise violente. Trois églises, plusieurs centaines de maisons furent brûlées : quatre-vingts personnes périrent dans les flammes. Les archives des églises et certains registres officiels furent également perdus, ce qui expliquerait les lacunes existant dans les documents primitifs de l'histoire de Genève.

Guillaume de Marcossay (1370) comprit que Genève ne serait jamais en sîireté avec ses remparts tombant en ruines ; ils dataient de Gondebaud et n'avaient presque jamais été réparés. Il prit la résolution de construire une nouvelle enceinte fortifiée et d'agrandir en même temps la surface de la ville. De cette muraille, qui se trouvait tout entière sur la rive gauche, il ne reste, de nos jours, que la base de la Tour Baudet, qui fait partie de l'Hôtel de Ville, du côté de la Treille. Il y a quelques années, on a démoli la Tour Maîtresse (le nom subsiste encore), qui était une des principales tours.

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