Chapitre de Saint-Pierre
Enfin, il y avait encore le Chapitre de S^ Pierre, composé de trente-deux chanoines \ qui restreignait les droits de l'évêque. Certains cas ecclésiastiques devaient lui être soumis. — Pour faire partie du Chapitre il fallait être noble, et être gradué en droit. On y trouve les noms des plus anciennes familles de la cité.
Le Chapitre était seigneur de riches et belles propriétés, les Terres de Chapitre, qui fournissaient d'importants revenus. C'étaient les communes actuelles de Vandœuv?^es, Cologny, Sierne, Onex, etc.
* Un chanoine était un des membres du Chapitre, qui, attaché à une cathédrale, sert de conseil à l'évêque.
Le mot de chanoine est une modification du latin canonicus, signifiant : qui est versé dans le droit canon, c'est-à-dire dans les règles relatives à la foi et à la discipline religieuse.
L'évêque.
L'évèque restait bien le souverain (dommus)de la cité, mais son pouvoir politique déclina rapidement.
Il portait le titre de Monsieur de Genève; il avait les attributs de la puissance, mais il ne l'exerçait pas, limitée qu'elle était par les droits des Conseils.
L'évêque déléguait à un officier l'exercice de la basse-justice, pour juger les petits délits, contraventions, rixes, vagabondage, pour arrêter les malfaiteurs, et les remettre aux syndics, qui étaient les juges au criminel. Cet officier portait le nom de vidomne (du latin vice-dom(i)niis) remplaçant du maître).
Espérant s'introduire de cette manière dans l'administration intérieure de l'état, les comtes (plus tard ducs) de Savoie se firent nommer vido7nnes de Genève. Ils n'exerçaient pas en personne ces fonctions, mais en chargeaient un de leurs officiers.
L'élection de l'évèque dépendait, au début, à ce que l'on croit, des habitants de la cité, qui désignaient un candidat. Le pape approuvait simplement ou refusait le choix.
Plus tard, ce fut le Chapitre de S^ Pierre qui fut chargé de cette importante nomination. Le pape se réservait seulement le droit de confirmer. Guillaume de Lornay fut le dernier évêque élu de cette façon .
En 1418, le pape publia une déclaration qui portait que l'élection de l'évêque serait faite par le Chapitre, selon les formes canoniques, « à moins que le Saint-Siège, pour une cause raisonnable et
évidente, ne jugeât opportun de nommer une personne plus digne et plus utile à TEglise. »
Il est facile de comprendre qu'une pareille restriction donnait au pape un pouvoir immense, dans le choix de Tévèque. — L'évêclié de Genève était alors une dignité importante et très convoitée; le pape en disposa désormais en faveur de ses amis ou de ses créatures. Ainsi, en 1451, pour être agréable au duc de Savoie, dont il voulait se ménager l'amitié, il désigna le tîls du dit duc, un enfant de huit ans, comme évêque de Genève! — Un peu plus tard un frère du duc, Jean-Louis de Savoie, fut appelé au siège épiscopal, à l'âge de seize ans! !
Depuis lors, plusieurs princes de Savoie devinrent évoques de Genève, dans le but évident de faciliter l'annexion de la cité au duché de Savoie.
L'évêque lui-même était seigneur des trois mandements {wqhw donné à certaines propriétés ecclésiastiques) de Jussy, de Thiez (en Faucigny) et de Peney dont il tirait de grands avantages pécuniaires.
D'autre part, le Prieur (c'est à-dire Supérieur) de l'église S^ Victor, qui s'élevait hors des murs, sur les Tranchées actuelles, non loin de l'Observatoire, possédait de grands domaines (Avully, Chancy, Avusy) qu'on nommait Tenues de aS* Victor, et dont les revenus étaient considérables.
Tous ces territoires, désignés sous le nom. de Terres de Chapitre et de S^ Victor, formèrent, après la Réforme, l'ancien territoire genevois, à l'exception de Thiez, trop éloigné de la ville, et qui passa à la Savoie).
7me Récit. Quelques articles des Franchises.
Le code d'Adhémar Fabri se compose de 77 articles, réunis à peu pi'ès sans ordre. 11 est rédigé en latin. Nous donnerons la traduction de quelques articles, pour faire comprendre toute l'importance qu'ils ont eue pour les anciens Genevois. Ils traitent des sujets les plus variés: de la siireté des citoyens, habitants et étrangers dans la ville; de la police; de la fermeture des portes de la ville; des amendes; de la vente du vin, de la viande, des poissons; de la propreté des rues, des fumiers sur la voie publique; des étables. des pelletiers et des différents métiers, tels que tanneurs, etc., etc.; enfin et surtout de l'élection des syndics.
A7i. 2. Tout clerc (ecclésiastique) ou séculier (laïque), tant citoyen qu'étranger, peut et doit demeurer sauf et en toute sûreté avec ses biens, dans la cité et sa banlieue.
Si, toutefois, dans lesdites limites, il était fait violence à qui que ce soit, les citoyens ont le droit de défendre l'offensé de tout leur pouvoir (totis viribusj...
Art. 6. S"il s'élevait tout à coup une clameur générale dans la ville, ou une attaque quelconque, il est permis à chacun de fermer les portes de la cité, et de tendre les chaînes dans la rue. de sa propre autorité, et sans pouvoir être puni de ce chef.
A7't. 7. La garde de la ville et cité de Genève appartient tout entière aux citoyens, pendant la nuit, du coucher du soleil jusqu'à son lever, etc.
Art. 28. Les citoyens et bourgeois de la cité peuvent, chaque année, établir et ordonner quatre d'entre eux comme lyrocureurs et syndics (procuraiores et syndicos)^ et ti-ansmettre à ces magistrats toute leur autorité. Ces
quatre syndics géreront les affaires de la cité, et des citoyens, et teront tout ce qui sera utile à leurs intérêts.
(Cet article est le plus important de tous, car il constate le droit des citoyens de se réunir en Conseil général pour élire les syndics et être administres par eux).
Les articles suivants donnent aux Genevois le droit d'être jugés par leurs pairs (égaux), c'est-à-dire par les syndics nommés par les habitants. Le vidomne, comme nous l'avons dit, n'avait le droit de juger que les petits délits.
D'après ces mêmes articles, les habitants étaient tenus de payer régulièrement les impôts, qu'ils fixaient euxmêmes, chaque année.
Art. 76. Pour qu'un changement puisse être introduit aux dits privilèges, ce n'est qu'autant que cela proviendrait du consentement des citoyens, des clercs et de toute la communauté de la dite cité. Les syndics, ni personne^ n'ont le droit d'enlever, ni en partie, ni en tout, aucun de ces articles, pas même par une désuétude ^ de 50 ans ou davantage.
On voit que levêque avait tout prévu pour que le germe des libertés ne pût être détruit sous une oppression momentanée. 11 aurait fallu pour cela le consentement de tous les Genevois. Aussi la mémoire d'Adhémar Fabri doit-elle être honorée comme celle d'un des grands bienfaiteurs de Genève.
En 1406. le cardinal-évêque de Broqny fit construire la chapelle des Macchabées, d'un style gothique pur, restaurée il y a quelques années.
En 1407, Guillaume de Lornay, son successeur, fit placer dans une des tours de la cathédrale la cloche la Clémence, ainsi nommée en l'honneur de l'antipape Clément YIL
* Temps pendant lequel une loi (ou un usage) cesse d'être observée.
8™« Récit. Aspect de la ville au XV® siècle. Les foires. Origine du nom de quelques rues.
Depuis le grand incendie de 1324, la ville s'était considérablement embellie. Un article des Franchises défendait de recouvrir les maisons autrement qu'avec des tuiles. On avait élargi les rues et fait pénétrer dans les maisons un peu d'air et de lumière.
Cependant la propreté publique laissait beaucoup à désirer. Pas de canaux, pas d'égouts. L'eau de pluie tombait directement des toits dans la rue; elle s'écoulait en entraînant les immondices qui se trouvaient devant chaque maison. Les fortes pluies d'été étaient les bienvenues, car elles nettoyaient les rues.
Cette malpropreté, d'ailleurs commune à toutes les villes du moyen âge, était une des causes de la visite périodique de la pes^e, ce terrible fléau, qui faisait de nombreuses victimes.
Chaque rue de Genève avait son commerce particulier. Quelques-unes ont gardé le nom qu'elles portaient jadis, et qui indiquait presque toujours le genre de métier qui s'y pratiquait. Ainsi, les bouchers étaient au Grand Mézel {Mécel,àu latin macellum, marché h la viande, boucherie); plus tard, ils se transportèrent à Lo7igemalle (longum mafceJUitm. Les tripiers et marchands de boyaux étaient établis à la Tour-de-Bo'èl (ou du Boyau, du latin botellus, boyau).
Les cordonniers demeuraient à la rue de la Cité, appelée aussi rue des Cordonniers ; les taconniers ou savetiers, à la Taconnerie. Cependant ce dernier fait a été mis en doute. La Taconnerie était le marché aux fromages, qui ne pouvaient se vendre ailleurs. Il est possible que le mot de Taconnerie provienne de l'antique et riche fa-
mille patricienne des Tacon, qui jouissait d'un grand crédit, et dont la maison se trouvait dans le voisinage.
Les Rues-Basses n'ont porté ce nom que depuis le XYII'"" siècle ; autrefois on disait la Grande Rue de la Rivière. Les maisons avaient des dômes, ou immenses avant-toits, qui recouvraient une partie de la rue. Au milieu de la chaussée étaient des échoppes d'artisans, nommées hauts-hancs. Cette longue rue portait, comme encore de nos jours, autant d'appellations différentes qu'il y avait d'interruptions latérales. Les Suisses allemands en séjour résidaient à la rue des Allemands, les orfèvres, à la r((e des Orfèvres (plus tard Croix-d'Or, ainsi appelée d'une auberge de ce nom). Les marchands de France venant de la Normandie avaient leurs hôtelleries à la rue de Coutance ; à la Rôtisserie, vivaient les rôtisseurs, marchands de viandes rôties. Au port de la Fusterie on débai-quait. entreposait et travaillait les fustes, ou grandes pièces de bois de construction, qui arrivaient par des barques. C'était donc le quartier des fustiers ou charpentiers. Les chaudronniers ou peyroliers exerçaient leur bruyant métier dans la rue des Chaud?'onniers, où se trouvaient de nombreux ateliers d'objets en cuivre. Les marchands de fourrures demeuraient à la Pélisserie, les professeurs et les régents, dans la paisible rue Verdaine. Les riches et les nobles résidaient dans le quartier alors aristocratique de la Madeleine et des environs.
11 se tenait à Genève, trois ou quatre fois l'an, des foires très importantes, qui duraient plusieurs jours, et auxquelles se rendaient les marchands de France, d'Allemagne et d'Italie. L'emplacement des foires était primitivement sur les bords du Rhône, à l'endroit où se trouvent aujourd'hui les maisons construites entre les Rues-Basses et la rue du Rhône.
Le Molard était le port de Genève. Il s'avançait dans le