IX-^ SIÈCLE
(Plakchf. IV)
Texte du xvii^ siècle, — ce Au haut de la planche, fe <( voyent deux auges qui portent dans un fond de gloire la (( Sainte ChafJ'e, enrichie de pierreries, dans laquelle font (c renferme^ la cheniife dont ejiait revêtue la Sainte 'Vierge « lorfquelle uiijl au monde Nojlre Seigneur, & le voile ou (( fupparuni dont elle fe fer vait, qui font deux précieufes relire ques, données à l'Eglife de Chartres par F Empereur Charles ce le Chauve en Sjy, qui les avait tirées d'Aix la Chapelle, (( où C Empereur Charleniagne fon ayeul les avait dépofées, (c lorfquil les receut de Conftantinople, Cette Sainte Châffe ce eft repréfentée telle quelle fe voit dans le Tréfor des Saintes « Reliques de YEglife de Chartres. »
Description de la gravure. — La Sainte Châsse remontait au xi^ siècle et avait été faite par Torfèvre Teudon ; mais elle avait été ornée et enrichie par la piété de tous les âges. La représentation ci-jointe est la seule que nous possédions, ce qui la rend fort précieuse. Malheureusement, elle n'est qu'un croquis et ne donne qu'une idée sommaire des objets qui en ornaient la face principale.
Nous allons l'expliquer à l'aide de l'inventaire du Trésor, rédigé par le chanoine Estienne en 1682.
La Sainte Châsse avait 25 pouces de longueur, 10 pouces de largeur, 21 pouces de hauteur, et pesait 28 livres. « Elle eft « faite, dit l'Liventaire, de bois de cèdre couvert de grandes (' plaques d'or & enrichie d'une infinité de perles, de diamants, « de rubis, d'émeraudes, de fiiphirs, de jacinthes, d'ngntes. de « turquoifes^ d'opales, de topafes, d'onyces, de chryfolites.
u d'ametiltes, de grenats, de guafols, de lardoines, d'aftriots, de « cairidoines, d'éliotropes, & de plufieurs autres joyaux & « préfents. »
Au bas était une grande ceinture d'or, enrichie de 1 5 rubis, r8 saphirs, 6^ perles; à un des bouts il y avait une grosse agrafe d'or, et à l'autre une grosse onyce servant de bouton. Elle avait été donnée par la reine Anne de Bretagne, avec deux bracelets composés de rosettes d'or émaillées qui se voyaient au-dessous.
«( r/on voit fur cette mefme hce, dit le chanoine, une grande (t croix de pierreries, de trois ou quatre doigts de Lirge & de « prefque toute la hauteur de la Châfle. Hlle était faite de » 56 rubis & grenats, 18 faphirs, 22 perles, 8 émeraudes, « 8 on3xes &4Jacynthes, le tout difpolé en trois rangs, enchaflé « en de gros chatons d'or, n
Au-dessous des bras de cette croix, il y avait deux grandes pièces d'orfèvrerie antique en manière décors de chasse; celle du côté drpitavait deux pouces de long sur un pavillon de près de six pouces, et était partagée en trois tableaux, joints par des charnières, enrichis de 23 pierres précieuses, 17 saphirs, 7 amétistes et grenats, et de 43 perles fines. Celle du côté gauche avait un pied de long sur six pouces de pavillon ; elle était composée de quatre tableaux à jour et six charnières, et enrichie de 27 grosses perles et 56 perles fines.
On y voyait encore 10 plaques rondes émaillées et serties de pierres précieuses, portant des croix, des griffons, des diamants, ou même des tableaux.
On y voyait aussi des croix d'or, d'argent ou de diainant^ des chemisettes de même métal, des agates ovales, garnies d'or, des boîtes d'or, des chaînes d'or, des chapelets d'ambre, des aigles d'or, dont l'un passait pour être l'ouvrage de saint Éloi ; cinq saphirs (en haut), enchâssés d'or ou de pierreries, dont celui du milieu venait du roi Robert, etc., etc. Le tout avait été donné par des rois, des princes ou des personnages illustres de tous les siècles.
HiSTORiauE. — La principale richesse du sanctuaire de Notre-Dame de Chartres, après l'antique Vierge de Sous Terre, consistait incontestablement dans la châsse dont la figure est sous nos yeux et dans la Relique insigne qu'elle contenait. Cette châsse était si ornée, que le Chapitre, aux grandes processions où
elle était portée, la faisait suivre soigneusement par des huissiers, chargés de veiller sur ses joyaux et ses bijoux.
Tous ces trésors, qui s'augmentèrent jusqu'à la fin du xviii^ siècle, disparurent à la Révolution. La plupart de ces pièces furent emportées à Paris, pour être vendues ou fondues au profit de la nation, comme le témoignent les procès-verbaux d'inventaires, faits les 17 septembre, 24 septembre, 16 novembre 1793. Quelques-unes furent détournées en cours de route par des agents infidèles comme le conventionnel Sergent Marceau; il n'en reste que deux ou trois au Musée du Louvre.
Le 24 septembre 1793, la Châsse, qu'on n'avait ouverte qu'une fois en 17 12, pour en vérifier l'état, fut de nouveau et sacrilègement ouverte, en présence de deux prêtres assermentés. La Sainte Tunique et le voile oriental qui s'y trouvaient furent abandonnés à quelques personnes qui en firent la demande. Le coffret lui-même disparut.
Heureusement les détenteurs des deux principaux fragments de la Relique les rendirent à l'église de Chartres. Pour les recevoir, Mg^ deLatilfit d'abord en 1822 un édicule gothique en cuivre doré, orné de filigranes, d'émaux et de cabochons ; puis M^^^ de Byss offrit en 1845 un coffret de bois de cèdre recouvert d'argent doré qui fut inséré dans l'édicule. Cette châsse moderne est bien inférieure à l'ancienne.
Le Vo'ÛQ de la Sainte Vierge ici représenté au-dessous de la Châsse avait été donné à l'église de Chartres par Charles le Chauve vers 876. Ce roi l'avait pris sans doute à Aix-la-Chapelle, où il avait dû être déposé par Charlemagne. Charlemagne à son tour l'avait probablement reçu de l'impératrice Irène. L'étoffe orientale, richement brodée, appelée Supparum par les anciens et que d'aucuns, comme L. Mocquet,
ont a tort considéré comme un second vêtement, tandis qu'il n'était qu'une enveloppe, témoigne de son origine byzantine.
Les anciens l'appelaient Camisia : et comme du x^ siècle jusqu'à la Révolution, on ne se permit point de le déployer, on crut que c'était véritablement un habit intérieur ou chemise. On le représenta sous cette forme jusqu'à nos jours. Ce n'est cependant qu'un voile en soie blanche écrue. Actuellement il n'en reste que deux fragments, Tun de 2"^ 12 sur o"^40, l'autre de o"^2 5 sur o"^ 24.
Cette relique et sa châsse, ainsi que la Chapelle de Notre-Dame de Sous-Terre, ont été représentées au centre de notre gravure, parce qu'elles sont les deux plus anciens et les deux plus précieux objets de la cathédrale, qui n'a été bâtie si belle que pour leur servir d'écrin. Elles dominent l'une et l'autre le croquis de la Ville de Chartres, parce qu'elles en sont toutes les deux la richesse, la gloire, la protection.
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Défaite de Rollon
X' SIÈCLE (Planche V)
Texte du xvii^ siècle. — « Dans le deuxième car- (( touche de cette colonne (droite) eft le fiége de la ville de (c Chartres, par Roolon, chef des Normands, en ()ii. Les (c ajfiége^ fort preffe^ ne Je trouvant plus en eftat de défenfe ne (( pouvaient éviter le pillage & F incendie; tout fecours humain (( leur manquait ; ils eurent recours à Dieu, auprès duquel (C Vantehne ou Goujjeaume leur Evéque combattait par des (( jeûnes & des ferventes prières, d'où fortant comme afjuré d'un (( prompt fecours, il fut infpiré de prendre la Chemife de la (( Sainte- Vierge, qu'il arbora au bout d'imelance fur le rem- (( part, à la vue des ennemis, qui, en effet, en jurent Ji fort (C éblouis & aveuglei qu'ils Je renverfèrent les uns fur les autres (( fans fe recognoijlre & reculèrent confifément, jufque dans c( les prex qui delà ont retenu le nom de Recide7 ; ce que voyant « r Evéque, il attacha au bout d'une pique le Voile de la Sainte (( Vierge en forme d'étendard, & le portant à la tefle de fes (C habitans par tme prompte f ortie, pourfuivit fi vivement fes ce ennemis qu'ils furent taillcT^ en pièces, »
Description de la gravure. — Toute la scène est dominée par ia robe resplendissante de la Vierge. A gauche, est l'abside de la Cathédrale, grossièrement esquissée. A côté d'elle, est une porte au-dessus de laquelle flotte au bout d'une lance la Sainte Relique. Par cette porte, sortent de nombreux Chartrains, armés de lances ; devant eux, s'avancent des cavaliers, dont le premier est l'évêque de Chartres, agitant le Voile précieux ; ils poursuivent les Normands, dont les uns sont déjà couchés à terre, les autres s'enfuient à toutes jambes.
HisTORidUE. — A l'histoire de la Châsse et de la Sainte Chemise, appelée depuis Tunique ou Voile, se rattache le miracle de la défaite merveilleuse de RoUon, sous les murs de Chartres, en l'an 911. Le plus ancien historien de Chartres qui le rapporte est le moine Paul, de Saint-Père, vers la fin du xi^ siècle; il s'exprime ainsi : « Les païens, confiants ce en leur force et en leurs armes, pressaient tout à fait a h ville et se hâtaient de s'en emparer. Alors le Ponce tife, connaissant le jour où les comtes de Bourgogne ce et de Poitou allaient venir au secours, ordonna de ce grand matin à tous ses hommes de s'armer et de se (c rassembler aux portes. Portant la Tunique intérieure ce de la Bienheureuse Vierge Marie sur hi Porte Neuve, ce il l'offrit aux regards des païens, ouvrit les portes, et ce donna l'ordre à ses fidèles de se battre avec confiance, ce Les païens abandonnés de Dieu, sans aucune force, ce furent d'un côté massacrés par les citoyens, de l'autre, ce renversés comme l'herbe des champs par l'armée ce qui survenait. Il en fut fait un tel carnage que la (c rivière était obstruée par leurs cadavres )).
On trouve encore un récit semblable dans le Livre des Miracles. Il y eut 6.000 tués, dit l'auteur à^s Actes de Saint' Géran d'Auxerre qui assistait au combat ; 6.800, disent d'autres chroniqueurs.
Les Normands reconnurent que leur défaite était due au Voile de la Sainte Vierge. Dudon, l'un de leurs écrivains, console RoUon en ces termes: ce Puisée sant RoUon, seigneur terrible aux combats, ne ronce gis pas de ta fuite. Ce n'est pas le Français qui te ce poursuit, ni le Bourguignon qui te taille en pièces; ce mais c'est l'auguste Tunique de la Bienheureuse ce Vierge Marie; ce sont les reliques, les phylactères, (( la croix que portait dans ses mains le vénérable ce Pontife. »
Plus de vingt chroniqueurs, du xii"^ au xiii^ siècle.
répètent ce miracle, mais avec des nuances différentes, selon qu'ils sont normands où français. Tous l'attribuent à l'intervention de la Sainte Vierge et spécialement de sa Relique. Les uns notent que les Normands de Rollon furent aveuglés par sa vue : ainsi Wace dans le Roman de Roii et l'auteur des Miracles qui se lisent dans un manuscrit de Toulouse. D'autres, et ce sont des Normands, disent que la Vierge irritée de la cruauté des Chartrains, qui abusèrent du miracle fait en leur faveur, leur enleva son précieux vêtement, lequel disparut dans les cieux. Mais, ajoutent les historiens français, touchée de leur repentir, elle le leur rendit, et il se voit encore dans leur Trésor. Ces additions naïves ne font que confirmer le fait principal.
Dans un récent article sur le Siège de Chartres par les Normands (Congrès archéologique 1901, p. 214) on suppose que la Porte-Neuve par où les Chartrains opérèrent leur sortie, était aux environs de la Porte Chatelet ; notre gravure indique plutôt une porte au sud de la cathédrale. On suppose, en outre, que la bataille aurait eu lieu sur le terrain situé entre la place des Epars et la gare, en allant vers les Vaux-Rous et que la fuite d'une partie de l'armée se fit par les Grands Prés jusqu'à Lèves.
On sait que cette défaite de Rollon l'amena à signer le traité de Saint-Clair sur Epte, par lequel, en devenant duc de Normandie, il mettait définitivement un terme aux incursions des Normands.
Miracle de Saint Fulbert