XI' SIÈCLE
(Planche VI)
Texte du xvii^ siècle. — « Le troifième car louche fuicc vaut la même coJoune (^droite^ fait voir Saiut Fulbert dans (( fou lit, tourmenté du mal des Ardents, fans apparence de ce foîdagement, & dont il fut guéri dam; un moment par un (( laiâ miraculeux que la Sainte Vierge qui faparut à luy, (( fijî rejaillir fur fa langue à demy brûlée.
(c La fingulière dévotion que le faint prélat portait à la (( Saiut€ Vierge fit opérer ce miracle & lui fif prendre le f oing <c de réferver quelques gouttes de ce laiâ miraculeux qui (( eftaient refiées fur fa joue & de les recueillir dans ime phiole (c de verre qui fe voit encore avec des autres faintes reliques (c dans le Tréfor de YEglife de Chartres. »
Description de la gravure. — Cette scène est très naïve. On y voit la Sainte-Vierge qui descend du ciel sur des nuages lumineux, s'arrête près du lit de l'évêque Fulbert, atteint du mal des Ardents, et projette de son sein sur les lèvres du pontife malade quelques gouttes de son lait sacré.
Historique. — Après le miracle de Rollon, du x^ siècle, notre gravure représente celui qui advint à l'évêque Fulbert, au siècle suivant (1006- 1028). Nous en avons retrouvé, dans un manuscrit latin de la Bibliothèque de Toulouse, le récit détaillé, dû à un moine anglais du commencement du xii^ siècle :
Le roi Louis le Gros
XIP SIÈCLE
(Planche VII)
Texte du xvii^ siècle. — « Dans le deuxième carce touche de la même colonne {gauche^ efl le roi Louis le Gros, (( venu en perfonne en ii)y,à la tefte d'une armée formidable (c pour invefiir la Fille de Chartres, dans la réfolution de la (( ra:{er & se vanger du comte Thibault qui luy faifait « la guerre avec Eflienne Roy d'Angleterre décendu pour cet (( effet en France.
(c La ruine totale de la Ville était inévitable^ fi ÏEvêque, « Geoffroy reveflu de fes habits Pontificaux portant la Sainte « Châffe fur Jes épaules, précédé de fou clergé en chappes & (( fuivy de tous les habitants, neut efié proceffionnellement « trouver le Roy dans fon camp pour implorer fa clémence ; (.(. comme en effet le Roy Je laiffant fléchir touché de compaf- (c fwn & mai de dévotion, Je proflerna à genoux devant la « Sainte Châffe & après fa prière fift retirer fon Armée, (( fuivit la Proceffion jufque dans TEglije de Notre Dame (( où il entra & nefouff'it quil y fut fait aucun défordre;au c( contraire, il accorda de grands privilèges, dont les Lettres (( furent expédiées en ii ]8. »
Description de la gravure. — Cette scène grandiose est très bien composée. Tout en haut de la gravure, la Sainte Chemise plane environnée de rayons lumineux. Elle domine comme un soleil la ville entière, qui s'élève au-dessus de sa ceinture de remparts et s'étale, dans une esquisse assez exacte, avec ses monuments,, ses
multiples flèches, et spécialement sa cathédrale. Les clochers de celle-ci se perdent dans l'auréole du saint Vêtement.
De la ville, par la porte Guillaume fortement dessinée, sort la procession des clercs en surplis. En tête, marchent le thuritéraire et le crucigère, accompagnés de deux acolytes; puis viennent les chantres: enfin la Châsse elle-même s'avance, portée sur un brancard par l'évêque Geoffroy tout en avant, et par deux chanoines en arrière, et escortée de deux porte- lanternes. Elle est suivie par la longue file des clercs sur deux rangs.
Face à la Châsse, le roi est à genoux, les mains jointes, le casque en terre. A chacun de ses côtés, deux chevaliers à pied, avec des lances, l'accompagnent; à droite, un troisième gentilhomme tient le cheval du monarque par la bride. Sur le même plan, à droite et h gauche, six ou sept cavaliers avec lances, casques, aigrettes et cuirasses se tiennent en arrêt, la face tournée vers la Châsse. Derrière le roi, trois groupes de soldats, armés de lances ou de tridents et commandés par leurs chefs, s'avancent ou se tiennent immobiles. C'est toute l'armée qui s'arrête, avec son roi, pour rendre hommage à l'auguste Relique.
HiSTORiauE. — Après les miracles du x^ et du xi^ siècle, notre gravure en représente un autre du xii^ siècle. Ce miracle est raconté par Suger, abbé de Saint-Denis, en sa Vie de Louis le Gros (^Historiens de France, t. XII, p. 45) ; il est aussi rapporté en style roman dans les Grandes Chroniques de France, dites de Saint-Denis {Historiens de France, t. XII, p. 178J qui traduisent Suger de cette manière :
(c Devant la cité de Chartres le roi vint & commença « forment (fortement) a afalir (affaillir) Se commanda « le feu a boter (mettre) partot, par la ville ardoir. (.f Toft auft été fait, quant le clergiez & le borgeois « iffirent hors la Chemife Noftre-Dame devant & là (c commencèrent a crier merci a plors & a larmes, (c que il ne foufrit que la noble eglife Noftre-Dame & (( fa cité fuft arle ne deflruite que el avoit prife en (( avouerie, ne fe vainchat par autre forfait en aus, qui a liens eftoient propres; 8i le Roi, qui pitié en ot por
(( l'amoi» del glorieufe Vierge, oï la prière & corn- (( manda a Challou le comte de Flandre que il fait (c fes genz traire en fus, le fit-il por l'amor & par la (( révérence à la Sainte Reine du Ciel. A foint l'en (( repaira en France il & fa gent. »
La Chronique de Morigny (^Historiens de France, t. XII, p. 74) place ce siège de Chartres au temps où le pape Calixte II se trouvait à Orléans, c'est-à-dire du 24 septembre au 8 octobre 11 19.
Cette délivrance de la Ville de Chartres en rappelle une autre qui eut lieu, en 1360, du temps qu'Edouard III, roi d'Angleterre, avant le traité de Brétigny, s'avançait sur Paris, et reculait les négociations pour la paix. Elle fut due aussi à Notre-Dame de Chartres.
(( Mais les délais, dit Souchet, qu'il apportait à (( exécuter fa promeffe, furent hâtés & avancés par (c une puiffance (upérieure qui le contraignit de « rechercher lui-même avec empreffement cette paix (C qu'il avait fi fouvent refufée avec mefpris. Car, (C comme il fe fut mis en chemin pour venir à (C Chartres, pour faire femblables ravages qu'il avait (( faits ailleurs, efl;ant arrivé à Sours, village d'environ « deux lieues de la dite ville, il fe leva foudain fur fon (( armée, combien que le temps fufl: beau & ferein fur (( celle des Français, une tempefl:e fi horrible que le (( tonnerre, les éclairs, la grêle & les foudres tuèrent « une partie de fes hommes & chevaux. Edouard (C efpouvanté par cette façon extraordinaire de com- (( battre, la print pour un chafliment du Ciel, il fe (C jeta à terre, vers l'Églife de Chartres & là, la larme « à l'œil, demanda pardon à Dieu du paffé, proteftant, (( que, fil plaifait à Dieu de retirer de deffus lui & fon « armée les témoignages de fon courroux, il feroit au (( plus tôt la paix avec les Français.
ce Cette tempête f'eftant diflipée, il depefcha vers le
Régent à ce qu'il euft à députer de fa part perfonnes pour parler d'accord... Tous f'affemblèrent à Brétigny, village entre Sours & Chartres, le vendredi, premier jour de mai (1360), où ils rédigèrent par ■ efcript les articles de la paix.
(( Durant ce pourparler de paix qui dura bien huit jours, le jeudi d'après la S^ Jean Porte Latine, le roi d'An2:leterre vint à Chartres faire fes dévotions avec les principaux feigneurs de fa Cour. Il délira voir & vénérer la Sainte Châffe, dans laquelle eft confervée la chemife qu'avoit la Vierge bienheureufe, lorfqu'elle enfanta le Fils de Dieu. Le Chapitre f'excufa de le faire qu'il n'en euft la permiffion du Confeil du Roi, qui eftoit lors à Chartres, duquel l'ayant obtenu, il lui en donna le confentement. Les dévotions faites et la paix fignée, chacun fe retira du païs Chartrain. »
On a cité plus haut le, nom de l'évêque Geoffroy : beaucoup d'autres noms célèbres au XIP siècle, se rattachent à l'histoire de Notre-Dame. Signalons, parmi les èvéques qui honorèrent ce sanctuaire : Ive de Chartres, son prédécesseur (1090-1 1 15) ; Jean deSalisbury (1176-1180); Pierre de Celles (1181-1183); parmi les Papes qui vinrent y prier : Pascal II, Innocent II et Alexandre III; parmi les saints qui y firent leurs dévotions : Anselme de Cantorbery, Bernard de Thiron, Robert d'Arbrissel, Bernard de Clairvaux, Thomas Becket.
C'est à cette époque aussi que furent élevés, par ceux qui se disaient les logeurs du Bon Dieu, le clocher sud, la base du clocher nord et le portail royal, qui, l'un et l'autre, excitent encore l'admiration universelle.
{Histoire du diocèse, de Chartres, par Souchet, II, 210.)
La Sainte Châsse sauvée lors de l'Incendie de l'Église