XIII= SIÈCLE
(Planche VIII)
Texte du xvii^ siècle. — « Le troifième cartouche de (c la même colonne {gauche) en defcendant contient Tincendie (c de YEgliJe Noftrc Dame de Char ires du temps de Saint (c Fulbert en 1020, La, Je voyent deux Chartrains, qui (C emportent la Sainte Châjfe à travers des fiâmes pour la (C mettre en feureté dans les lieux foûterrains de cette Eglife, (( où plufieurs jours après l'Incendie ils furent trouve^^ fains ce & faufs avec la Sainte Châjfe fans aucun dommage. »
Description de la gravure. — Cette scène est pleine de mouvement et de réalisme. Au plan supérieur, les flammes sortent avec violence par la rosace, les fenêtres et les portes de la façade. Celle-ci se compose d'un perron, de trois baies, entre deux contreforts, de deux étages de fenêtres en lancettes et d'une rosace centrale. De la grande porte descendent, poursuivis par le feu, deux clercs portant la Sainte Châsse. Des porteurs d'eau accourent vers l'Eglise; les uns soutiennent leurs seaux à bout de bras, avec des cercles, les autres sur leurs épaules, avec un bâton. Un chanoine étend les bras en signe de désolation; d'autres montrent le chemin aux gens qui viennent au secours.
HisTORiauE. — L'incendie de la cathédrale de Fulbert (sauf la Crypte), la préservation de la Sainte Châsse, hi reconstruction de la Cathédrale actuelle,
tels sont les grands événements du XIII^ siècle, rappelés par notre gravure. Celle-ci les place en 1020 sous Fulbert. Mais c'est une erreur qui, nous l'avons dit, a duré jusqu'en 1836. La vérité est que ces faits se passèrent en 1 194. On en a retrouvé le récit contemporain dans le Livre des Miracles faits par Notre-Dame de Chartres, lors de la construction de la cathédrale. Ce livre, écrit en latin par un clerc de l'époque, a été découvert en 1881 dans la Bibliothèque du Vatican (fonds Regina 339).
En voici la traduction :
(( L'an de Tincarnation'de Notre Seigneur 11 94, le (c 3 des Ides de Juin, l'église de Chartres fut dévastée ce par un épouvantable incendie : les murailles brisées « et minées furent renversées à terre... La Providence « de Dieu et de sa Mère permirent que Alélior, cardi- (( nal de l'Eglise romaine et légat du Saint-Siège, se (c trouvât alors à Chartres et vit de ses yeux cette (( prodigieuse catastrophe. Emu d'une grande compasce sion, il convoqua l'évéque et les chanoines, et après (c leur avoir fait reconnaître dans ces malheurs la (c punition divine, après leur avoir montré la grancc deur du trésor qu'ils avaient perdu, il les excita par « ses discours à la pénitence. Encouragés par ses « exhortations à se montrer généreux, évêque et cha- (c noines résolurent unanimement d'abandonner pence dant trois années une bonne partie de leurs revenus c( pour le relèvement de leur église. Mais le peuple c( chartrain, ne voyant plus la Sainte Châsse de la ce Bienheureuse Vierge Marie, qui, par crainte du feu, c( avait été portée pendant quelques jours dans un ce lieu secret, jugeait inutile de restaurer la ville et ce l'église, si ce précieux trésor ou plutôt cette gloire ce de la ville était perdu. Enfin, un certain jour de fête, ce tout le peuple étant assemblé sur l'appel du clergé, ce dans le lieu où s'élevait jadis Téglise, la Châsse fut
(( tirée de la Crypte. L'évêque et le doyjsn la mon- « trèrent de toutes parts. Il est impossible de dire (( quels furent en les revoyant, les cris d'allégresse, (f d'enthousiasme et de reconnaissance des fidèles. (( Tous et chacun étaient remplis d'une telle joie (( qu'ils pleuraient de bonheur, et que, prosternés à (( terre, ils adorèrent humblement & dévotement « Dieu, qui avait daigné sauver d'un tel incendie le (c trésor incomparable qui faisait la célébrité de leur (c église. Il faut rappeler, en effet, que cette Châsse (c avait été portée par quelques clercs, au moment de (c l'incendie, dans une crypte inférieure dont Touver- « ture avait été placée par la prévoyance avisée des « anciens, tout prés de l'autel de la Bienheureuse « Vierge Marie. Ces clercs, enfermés là, n'avaient pas « osé en sortir pendant que le feu brûlait et ils (C y auraient trouvé la mort sans la protection de la (( Vierge. La porte de fer, qui couvrait la surface de la (( Crypte, n'avait point été cassée par la chute des « poutres enflammées qui tombaient d'en haut; le (C plomb liquéfié ne l'avait point traversée, et les charce bons ardents amassés dessus ne l'avaient point (( endommagée. Aussi lorsqu'aprés que le feu fut ce éteint, ils revinrent sains et saufs, eux que l'on ce croyait victimes du feu ou de la chaleur excessive, ce tous ceux qui se trouvaient là, furent remplis d'une ce telle joie, que versant de pieuses larmes, ils se ce réjouirent avec eux comme s'ils étaient ressuscites ce des morts. Ce miracle de la Bienheureuse Mère de ce Dieu leur fut une première consolation. Ils remeree cièrent tous ensemble le Libérateur et le Sauveur du ce monde, qui, ayant sauvé jadis Noë des eaux du ce déluge, Jonas des profondeurs de la mer, Daniel de ce la fosse aux lions, les enfants de la fournaise ardente, ce avait aussi préservé et gardé ses serviteurs sains et ce saufs, dans un pareil incendie.
« Heureux après tant de tristesse, désireux au-delà « de toute expression de relever son église, voyant par (( la ruine des murs qu'il fallait en rebâtir une (c nouvelle, le peuple chartrain se mit à Toeuvre. On « prépara des chariots pour amener des pierres, et on (c s'excita mutuellement à procurer sans délai tout ce <i qui serait nécessaire à cette entreprise et tout ce que ce demanderaient les architectes. ))
Ce récit fut mis en vers romans en 1262 par Jehan le Marchant. On peut le lire dans le PcèiJie des Miracles de Notre-Dame de Chartres publié par M. G. Duplessix en 1835.
C'est après cet incendie que fut bâtie la Cathédrale actuelle. Philippe-Auguste, Richard Cœur-de-Lion, et surtout saint Louis, en furent les bienfaiteurs. Ce dernier fit à lui seul les frais de la façade septentrionale et assista peut-être à sa dédicace, qui eut lieu le 24 octobre 1260. Toutes les classes du peuple y coopérèrent aussi avec magnificence, sous la direction de l'évêque et du Chapitre. Si l'on en juge par les milliers de figures peintes et sculptées qui la décorent, innombrables furent les artistes qui y travaillèrent.
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Extérieur de la Cathédrale
XIII^-XVÎI' SIÈCLE
(Planche IX)
Texte du xvii^ siècle — « Sur le pied cfEJlal de cette (( colonne (de droite^, efi le profil de l'Eglifc de Chartres, (c haftie fur la Grotte avec tant d'art & d'indujîrie que tous « les habiles architectes en admirent lajlruâure, »
Description de la Gravure. — Cette vue de la cathédrale, semblable à toutes celles qui précèdent la Révolution, présente outre les deux grands clochers de la façade, ceux de la croisée et du chœur, qui furent détruits à la Révolution, quand on enleva la couverture. Entre le portail sud et ïâne qui vielle, se voient des maisons qui ont été démolies en 1852. De l'autre côté du portail sont le mur et la porte d'entrée de la Crypte qui furent renversés en 1898. On voit aussi les Acacias qui ont donné leur nom à la rue, avant qu'elle ne fût bordée d'un mur en 1825. A Tabside, s'élève la chapelle de Saint-Piat avec son clocher maintenant détruit et sa tour méridionale.
Description de l'extérieur de la Cathédrale. — Nous donnons ici une description poétique de l'extérieur de la cathédrale à peu près contemporaine de notre gravure et que l'on trouve dans l'histoire de Sablon : elle dépeint assez bien Tceuvre immense du xiii^ siècle.
Sa hauteur et profondeur.
Au centre de la Ville, entre huit avenues, Ce saint Temple s'élève à la hauteur des nues. Et sa base s'enfonce autant dans les Enfers, Que son faîte orgueilleux s'élève dans les Airs.
Dans le vaste univers il n'est pas une roche Dont la pointe superbe à sa hauteur aproche, Calpe même, Abila, ni Tarrogant Atlas, En grandeur avec lui ne se comparent pas ; Et ces monts élevez qui voisinent les nues De l'orgueil sourcilleux de leurs têtes chenues, De tous les autres monts, eux qui sont les Géans, Ne semblent que des Nains, ou plutôt des néans ; Il n'est rien de si haut, de si grand que sa cime, Sa pointe touche au ciel, son pied touche à Tabîme, Et par ces deux Clochers célèbres en tous lieux, Joignant d'un ferme nœud les Enfers et les Cieux, Il donne aux Habitants de la voûte azurée, Du zèle des Chartrains une marque assurée, Et pour la profondeur de ses saints fondemens, Il accroît des Démons la rage et les tourmens.
Son architecture.
Ce Temple est merveilleux en son Architecture,
iMerveilleux en son art, non moins qu'en sa structure,
Merveilleux au-dedans, merveilleux au dehors,
Et merveilleux enfin en tout son vaste corps.
Il est immense et vaste et de structure antique^,
L'ordre Gothique l'orne avec le Mosaïque,
Et par leur ornement et leur antiquité,
Ils le font vénérable à la postérité.
Des entrailles d'un mont sa masse composée,
D^un art ingénieux en croix est divisée.
Son superbe lambris en arcade ployé
Sur cent fermes piliers a son faix apuié,
Et cent forts arc-boutans faits à plusieurs étages.
Le défendent par tout des vents et des orages.
D'ouvrages si divers l'édifice assorty.
Par un Maître sçavant artistement baty,
Ne se voit point orné de marbre ou de porphire,
Ni de ces ornements que le vulgaire admire ;
Mais l'habile Architecte a voulu faire voir
Qu'il n'est rien qui ne cède à son rare sçavoir.
Son travail délicat de pierres de Bercheres,
A fait de l'univers les pierres les plus chères,
Et par un cizelage où le prodige est joint,
Il a donné du prix à ce qui n'en eût point.
Sa sculpture.
Son esprit employant la juste symmétrie,
D'une laborieuse et sçavante industrie,
Figura dans ces lieux mille divers objets,
Y grava de fameux et d'illustres sujets,
Et distingua si bien en toutes ses images
De ceux qu'il y traça les corpyet les visages,
Q.ue l'homme qui les voit s'imagine aisément,
Qu'ils sont tous animez, qu'ils ont du mouvement,
Tant les sens sont trompez d'une belle imposture,
Qui si parfaitement imite la nature.
Du bas jusques au haut, de l'un à l'autre bout,
L'édifice est orné de sculpture par tout.
Les yeux trouvent par tout des portraits dans des niches,
Par tout de grosses tours, et par tout des corniches,
Et par tout l'on peut voir festons et chapiteaux,
Outre cens ornemens qui sont encor plus beaux,
L'on ne voit en tous lieux que pilastres, qu'arcades,
Plate-forme, balcons, qui sont les promenades,
Où les Chartrains oisifs portent souvent leurs pas,
Et prennent quelquefois leurs innocens ébas.
Ses portails.
En trois endroits divers cette Eglise a neuf portes,
Trois de chaque côté, toutes grandes et fortes.
Trois sont vers le Midi, trois vers où le Soleil
Submergé dans les eaux va prendre son sommeil.
Les trois autres vers où le mary d'Orithie
Nous amène le froid du fond de la Scithie.
Deux grands et longs Porteaux artistement voûtez.
Sur des piliers massifs, s'offrent des deux cotez.
D'une pierre solide, ils ont mille figures
Qui ne craignent des tems la faux ni les injures,
Et mille bas reliefs s'y présentent aux yeux,
Mais si sçavamment faits qu'il ne se peut pas mieux.
Toute la Cour céleste y semble historiée,
Il semble qu'elle y soit toute pétrifiée.
Et d^'entre tant de Saints par le ciseau gravez
Sur de fermes piliers, plusieurs sont élevez :
Là, les Maîtres de TArt chaque jour se vont rendre.
Là, vont cent Ecoliers qui désirent d'aprendre,
Là, chacun d^Hix s'aplique à faire des portraits
Qui puissent de ces Saints exprimer tous les traits.
Pour monter aisément sous ces amples portiques
Que Tartifice rend si beaux, si magnifiques,
De terre on voit sortir deux pompeux escaliers
Qui sont industrieux autant que singuliers,
Et de qui la moitié sous le pavé cachée,
Mériterait bien d'être avec soin recherchée ;
Mais la Porte Royale efface les beautez,
Dont ce grand bâtiment s'orne de tous costez.
Superbe elle s'élève entre les pyramides.
Et étale aux regards cent figures solides.
Qui du grand Artisan déployant les desseins.
Représentent des Rois, des Anges et des Saints.
Ils y sont revêtus tous d'habits à l'antique.
En eux on ne voit rien qui ne soit magnifique,
Et n'était ceux qui sont sous les deux grands porteaux
Je dirois que sur terre ils n'auroient point d'égaux.
Pour tous les détails historiques et artistiques de la Cathédrale, nous renvoyons le lecteur à notre Guide Charîrain.
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Intérieur de la Cathédrale Jubé du xiii^^ siècle