‹ Petite histoire de Notre-Dame de ChartresChapitre 5 sur 8 · LE BARON DE BUEIL AU XVP SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE BARON DE BUEIL AU XVP SIÈCLE

(Planche X)

Texte du xviii^ siècle. — « Au pied (ïEftal de, cette (( colonne f gauche! efl repréfenté le dedans de cette augufte Eglife (( de NoftreDame, à rentrée de laquelle efl le Baron de Bueil (c qui offre à la Sainte Vierge le boulet de canon dont il avait « eflé frappé au Jiége de Milan en i)2i et miracideufenient (( garanti; car eflant armé de toutes pièces, il portait fous Ja (( cuiraffe une chemise de Chartres bénite; le boulet qui le (( frappa le jeta de fou cheval à terre fort loing, fans quil « jentit autre mal quun engaurdiffement au bras, fa cuiraffe (( fut caffée, fou vêtement & fa chemife furent en partie « brûlei & la chemifette de Chartres, qui eflait entre les deux, (( ne fut nullement endommagée. Le baron vint le cinqfanvier «^ fuivant rendre à la Sainte Vierge les aâions de grâce de fa (c proteâion fi vifible par ce miracle arrivé en Ja perfonne. Il a y apporta et fift voir le refte des habits brûle^ et la Che- « mifette de Chartres toute entière avec le boulet quil fifl (( attacher contre le gros Pillier au-devant du fubé dans la « nef de V Eglife, & cefl. un des deux boulets qui fy voient ce encore enchaîne^. »

Description de la gravure. — Il aut d'abord considérer l'intérieur de la Cathédrale. On aperçoit au fond la partie extrême du chœur, c'est-à-dire les trois dernières clefs de voûte

avec leurs nervures et les fenêtres de l'abside; puis, en revenant, du côté gauche, les premières travées avec leurs rosaces, leurs lancettes et leur triforium : plus en avant, à gauche, trois travées du transept nord, également avec leurs rosaces, leurs tenêtres géminées, leur triforium, leurs arcades et leurs piliers : entre ceux-ci, on aperçoit des fenêtres des bas-côtés. A droite, on ne voit qu'une seule travée du transept méridional.

Puis, c'est le sujet central ou jubé. C'est la seule représentation, avec celle de Rigaut, qu'on ait de ce jubé, qui fut démoli en 1763 ; et par conséquent cette gravure, bien qu'elle ne comporte pas toute l'exactitude qui est aujourd'hui de rigueur, est fort importante.

Ce jubé était une galerie voûtée, présentant, du côté de la grande nef, sept petits toits à pignons aigus : un au milieu, trois de chaque côté. Le pignon central, plus large que les autres, est soutenu par un trèfle qui s''appuie en avant sur deux fortes colonnes à bases rondes et élevées. Des chapiteaux de ces colonnes partent des nervures qui vont retomber par derrière sur deux autres colonnes aussi fortes, lesquelles encadrent la grande porte du chœur par où les chanoines entraient solennellement à l'office. Les trois autres pignons latéraux sont ornés de deux arcs trilobés supportant une rosace quadrilobée; ceux-ci s'appuient à leur rencontre sur une colonnetie et à leurs extrémités sur une grosse colonne. D'autres colonnes et colonneites semblables, adossées à la muraille du fond de la galerie, leur répondent, et reçoivent aussi soit les nervures des voûtes, soit la retombée des arcs trilobés.

A gauche de la porte d'entrée, en avant du premier pignon, s'élève un grand baldaquin, porté par deux colonnettes, sur lequel se dresse la statue habillée de la Vierge noire, dite actuellement Notre-Dame du Pilier. Elle aurait été apportée ici par le chanoine Vasiin des Fougerais au commencement du xvi^ siècle. Rouillard et Sablon disent que cette statue était entourée de colonnes et de traverses de cuivre et qu'elle était sur une colonne ronde d'une pierre fort dure; ils ajoutent que cette colonne était cavée des seuls baisers des personnes dévotes. Ces détails ne se voient pas très bien sur cette gravure.

Il est difficile de dire ce qu'il y avait sous la galerie. Les murailles ne paraissent pas avoir été couvertes de sculptures ; elles sont d'ailleurs obscurcies par l'avancement des baies. Il est difficile de dire aussi ce qu'il y avait dessus. Derrière les pignons en ogive qui n^avaient pas, semble-t-il, grande saillie, courait une muraille verticale ou frise. Cette frise était cou-

ronnée par une traverse en bois (qui existe peut-être encore), sur laquelle s'élevait un grand crucifix avec les statues de la Sainte Vierge et de saint Jean.

Enfin la face antérieure de cette muraille semble avoir été sculptée, et Ton se demande si ce n'est pas là qu'étaient les admirables sculptures peintes du Jubé qui sont conservées à la Crypte.

A gauche, au premier pilier de la grande nef, presque en face de la Sainte Vierge, apparaissent suspendus des ex-volo : sur notre gravure, on aperçoit le rouleau dit du Tour de Ville, et deux boulets. L'un de ces boulets est celui qu'offrit le Baron du Bîieil, qui est représenté à genoux, les mains jointes, non loin de là. D'autres personnes, des femmes, des enfants, des hommes, dans le costume du temps, à genoux ou debout sur le pavé, avec le bâton de pèlerin, tournent les yeux vers la Notre- Dame du Jubé.

D'après Rouillard^, qui écrivait en 1609, il y avait, du côté du chœur, de chaque côté de la porte d'entrée, deux escaliers de pierres de taille, de 25 degrés, permettant de monter sur la plate-forme qui s'étendait derrière la frise et le crucifix. Cette plate-torme mesurait 21 mètres de long sur 4 de large. C'est là qu'on chantait à gauche les Évangiles sur un aigle de cuivre ; au milieu, les épîtres sur un lutrin; c'est là aussi que fut sacré Henri IV, en 1594.

On sait que ce magnifique Jubé fut détruit en 1763, parce qu'il menaçait ruine. On se servit de ses débris comme de dalles aux trois entrées du chœur. C'est là qu'on les a retrouvés en 1849; o^^ ^^^ ^ déposés à la chapelle Saint-Martin de la Crypte, où ils excitent l'admiration des visiteurs. On y voit, outre les scènes de l'Annonciation, des Mages, des Bergers, de la Nativité, de la Présentation, etc., des clefs de voûtes très fines, des basreliefs très curieux, des colonnettes gracieuses, des trèfles, etc. Toute cette sculpture^ qui est polychromée, datait du troisième quart du xiii^ siècle. Le jubé, qui remplaça celai qui est ici représenté, a été enlevé en 1869. Les bas-reliefs et les statues qui Tornaient sont en partie à l'évêché. La grille monumentale sert actuellement de porte à l'Hôtel-Dieu.

HiSTORiauE. — La gravure que nous venons de décrire représente un fait du xvi^ siècle : mais elle nous rappelle accessoirement plusieurs traits du xiv^ et du xv% par exemple, l'offrande en action de

grâces par Philippe le Bel et son fils des armures qu'ils portaient à la bataille de Mons-en-Puelle : cet ex-voto^ dont plusieurs pièces sont encore au Musée, était suspendu, comme on l'a dit, au premier pilier gauche de la grande nef. Là se voyait aussi le rouleau de cire, appelé Tour de Ville, que tous les ans, au 15 mars, les échevins du xvi^ siècle présentaient à la Notre- Dame du Jubé. Mais au xvii^ siècle on se souvenait particulièrement de l'épisode du baron de Bueil, qui fait l'objet de cette gravure, et de celui du Capitaine blessé au siège de Calais, que représente la planche suivante.

On lira d'ailleurs avec plaisir le procès-verbal, fait par ordre du Chapitre, de la visite du baron de Bueil, et l'enregistrement officiel du miracle dont il fut honoré. En voici la traduction : (c Le 6 Janvier, vint (( à l'église de Chartres le gentilhomme Louis, Baron (c de Bueil. Il s'arrêta d'abord dans la graiïde nef de (c cette église pendant matines, puis il s'avança dans c( le chœur jusqu'au grand autel pour offrir ses (( prières à Dieu et à la Bienheureuse Vierge Marie. (C Ensuite, en présence de vénérables et discrètes perce sonnes, maître Gallot de Montireau, archidiacre du (( Drouais, Jean Forget, Jean Fabri, Michel de Cham- (( prond et Claude de Champeux, chanoines, des mar- (( guilliers et habitués de l'église et de plusieurs cf autres ecclésiastiques et laïcs, il dit, déclara et « affirma comme la vérité qu'il avait été délivré et « préservé de la mort par une Chemisette de la Sainte (( Châsse de cette église, qui lui avait été donnée et (( dont il était vêtu. Cela lui arriva peu après la fête (( de la Toussaint, alors qu'il était avec l'armée royale (( au siège de iMilan. Bien que vêtu de son armure, (( il sentit un coup violent autour et sous le bras (C gauche, et fut projeté au loin par un boulet de fer « lancé par un des canons des assiégeants. La violence

« du choc brisa son armure, déchira son vêtement (( extérieur et h chemise de lin qu'il portait sous la (c chemisette de la Sainte Châsse. Ce vêtement de lin (c fut brûlé et déchiré en morceaux; mais, ni la che- (( misette de Chartres, ni le corps du Baron de Bueil, (( ni aucun autre de ses membres ne furent endom- (( mages. Pourtant le choc fut considérable, puisque (( maintenant encore ce gentilhomme éprouve des (( souffrances au bras gauche et ne peut s'en servir (( librement. Mais, ainsi qu'il l'affirmait, son corps et « ses autres membres n'eurent aucun autre dommage, (C par la protection de Dieu et l'intercession de la (C Bienheureuse Vierge Marie, grâce à cette sainte (C chemisette bénite. Il revint sain et sauf de l'armée (( et se rendit à l'église de Chartres selon qu'il l'avait (( promis. Il y apporta le boulet de fer et les mor- (c ceaux de ses vêtements, qu'il déposa sur le grand (( autel. Le samedi des nones de janvier, le Chapitre ce ordonna que les commis de Toeuvre, si cela se (( pouvait, feraient attacher devant l'Image de la Bience heureuse Vierge Marie, dans la nef, c'est-à-dire au (C pilier où est adossé l'autel du Crucifix, le boulet de (C fer que le mardi précédent le gentilhomme Louis, (C Baron de Bueil, à l'issue des matines, avait déposé

(( sur le grand autel Le Chapitre ordonna qu'une

(C inscription serait faite pour être placée auprès de ce

(C boulet. ))

(Registre du Chapitre, 1523.)

Ce boulet en fonte de fer, pesant 20 à 30 livres, fut vendu comme ferraille le 26 fructidor an II (12 septembre 1798) par M. Barrier, marguillier, pour deux livres.

Il y avait un autre boulet prés de celui-là : c'était celui qui fut envoyé par Henri IV, au siège de Chartres, en 1391, et qui traversa la rosace occidentale en

y causant des dégâts qui ne furent réparés qu'en 1860. Lors de la destruction du Jubé, la Vierge fut mise contre le pilier des ex-voio, sur une colonnette empruntée au monument ruiné; en 1 791, elle fut reléguée à la Crypte et céda la place à Notre-Dame de Sous- Terre. Dés 1796, elle fut ramenée par les soins d'une dame pieuse au même endroit; et, en 1806, elle fut placée au lieu où elle est actuellement.

Un Capitaine protégé par la Chemisette

au siège de Calais

XVP SIÈCLE ( Planche XI )

Texte du xvii^ siècle. ■— « Dans le quatrième car- « touche de la même colonne, du cofié gauche de la planche, « cft le miracle arrivé en la perfonne d'un Capitaine, au ^^ fiège de Calais, en i^J4. Ce gentilhomme qui portait (( atijfi, entre fon veflement & fa chemije, une chemifette de (( Chartres bénite, fut frappé d'un coup de moufquet, dont la (c halle traverfa fon habit & f'applatit contre la Chemifette « de Chartres, fans pajfer plus avant ni le blejfer ; dont il « vint à Chartres rendre grâce à Dieu & à la Sainte Vierge (c & attefler en perfonne ce miracle fignalé ».

Description de la gravure. — On voit au loin la mer sur laquelle flottent deux vaisseaux, puis la ville de Calais et ses remparts. A droite, l'infanterie, avec des lances et des mousquets, se rue à l'assaut des murailles pendant que les assiégés opèrent une sortie. Des morts sont déjà étendus entre les deux armées. Le capitaine miraculé est sans doute ce brave chevalier qui se tient debout à la tête des troupes assaillantes. La cavalerie et l'artillerie soutiennent l'attaque.

HiSTORiauE. — Le chanoine Souchet, dans son Histoire, raconte ce fait dans ces termes : « Je ne parce lerois point du recouvrement de Calais fur le roi (c d'Angleterre, pour ce que cela eft hors de notre c( diocéfe de Chartres, n'étoit à caufe d'un miracle qui

c( f y fit en ce tems là, d'une cheinife de Notre Dame « qu'un capitaine avoit vêtue fur lui. Néanmoins, « pour être inftruit de Taff-iire, je dirai qu'Edouard, (c roi d'Angleterre, aiant enlevé Calais, port de mer, (c sur les François dés l'an 1347, les Anglois f'v (( feroient maintenus jufques à celle année, fans que (( les François y euffent pu rentrer. Le duc de Guife, (C eftant de retour d'Italie, trouva que le roi avait fait ce venir quatorze mille Suifles & quantité d'Allemans, (( auxquels joignant les trouppes qu'il avoit ramenées^ (( en fit un jufte corps d'armée. Sans découvrir davan- (( tage fon defl^ain, il f'en alla à Calais qu'il afliegea (C & print en moins de huit jours, le 7 Janvier, avec (C Guines & toute la comté d'Oye, Hms que les Anglois «: & les Efpagnols puffent la fecourir. Or en cefte (( conjedure, il fe trouva un certain gentilhomme, « duquel j'ai oublié le nom, qui avoit une chemife de « Notre Dame de Chartres, qu'on appeloit la Hiinte (C châffe, vêtue entre Ion pourpoint & fa chemife. Il (C arriva qu'il fut frappé d'un coup de moufquet, la (C balle duquel traverûi le pourpoint, mais f'arrêta & (C f'applatit contre la chemife de Notre Dame, comme (( fil y eut eu un plaftron de fer qui l'eut empêché (( de palier plus outre. Ce qui lut attefté par celui (( même qui receut le coup, lequel vint à Chartres (( rendre action à Dieu Se à la Vierge de fa préferva- (( tion & en fit dreffer un acte par devant Langlois, (( notaire & fecrétaire du Chapitre dudit lieu. » IV, 13. On voit par ce fait et par celui qui arriva au Baron de Bueil combien la chemisette de Notre-Dame passait pour un insigne préservateur chez les gens de guerre. Dés le xiii^ siècle elle avait cette réputation. Le Livre des Miracles de Notre Dame, en 12 10, raconte déjà un cas de préservation semblable aux précédents (mir. 14), et le Poème de Jehan Le Marchand le traduit sous ce titre : D'un chevalier qui fut fauve de mort

à vie, par ce qui! avait veftu lachemijtde Chartres (mir. 21). (( Ce chevalier, craignant des ennemis mortels, vint (( d'Aquitaine à Chartres pour y prier. Comme c'est « la coutume des pèlerins, il passa humblement, la « tête inclinée, le cœur contrit, sous la Sainte Châsse, (c et y fit toucher, avec une piété et une dévotion « naïve, des chemises qu'il avait apportées à dessein, (c dans la ferme confiance qu'une chemise qui aurait (( ainsi touché quelque temps à la châsse où était le (( vêtement sacré de la Sainte Vierge serait sanctifiée (C et rendue inviolable et plus puissante que toute (C cuirasse. De retour en sa patrie, il se servait assiduce ment de ses chemises, et marchait toujours vêtu de (( Tune d'elles comme d'une cotte de mailles, de peur « d'être un jour transpercé par les glaives ennemis. (( De fait, il arriva qu'un jour ce chevalier, attiré par (t les embûches qu'on lui avait tendues, tomba dans (C un groupe de ses adversaires, et se trouva serré de (C si prés qu'il ne pouvait leur échapper. Malgré le (C sauf- conduit qu'il tenait d'un très noble person- (( nage, ceux-ci voulaient l'attaquer. Se jetant donc (C avec leurs armes contre cet homme désarmé ils (( s'efforcèrent de le transpercer, sûrs de sa mort et ce joyeux d'accomplir leur dessein. Mais la pointe de ce leur fer ne put percer la cuirasse spirituelle de ce l'infortuné : comme un mur d'airain, la légère (C chemise repoussa le choc des lances, et au milieu ce des coups furieux qui lui étaient assénés, notre ce homme demeura sain et sauf, lui que deux cuirasses ce n'auraient pas sauvé de la mort. Voyant l'inutilité ce de leurs eflPorts, ces ennemis prirent peur, et de ce guerre lasse, jetèrent leurs armes. Quant au chevac( lier intrépide, il sourit, et s'adressant à ses adverce saires, étonnés et stupéfaits : Que vous êtes fous ce et insensés, leur dit-il, de vouloir transpercer de ce vos glaives la cuirasse de la B. V. Marie! Com-

(( prenant enfin le miracle, ceux-ci non seulement (c pardonnèrent à leur ennemi, mais encore deman- (( dérent pardon à Marie d'avoir tourné leurs armes (( contre son protégé. »

Du xiii^ au xviii^ siècle on voit que les Chemises de Chartres, c'est-à-dire les chemises touchées à la Relique de Chartres, font partie de l'équipement ordinaire des hommes de guerre.

En 1309, lorsqu'on équipe le vicomte de Rohan pour le duel : // aura, dit-on, chemise de Chartres et brague de Bréoul, garnis suffisamment.

En 15 15, dans les comptes d'hôtel de Robert d'Artois, il va 16 sols 6 deniers pour 12 aulnes et demie de toile dont on fijl irais qiieniifes de Chartres.

En 1322, l'inventaire de Jean de Mortimer signale un ahetoii couvert de drap de taffetas, avec une chemise de Chartres.

En 1385, dans les joyaux de Charles V, il y a une chemise de Chartres.

En 1408, quatre chemises de Chartres se trouvent dans le linge de la duchesse d'Orléans.

En 1416, il y a deux chemises, l'une brodée et Vanltre de Chartres, dans l'inventaire du duc de Berry.

En 15 18, Maiftre Jehan Pies de Fer, seigneur d'Espïez, faillit se noyer dans un chemin inondé de Lombardie, et il nous montra, dit J. Lesaige, en son Voyage de Terre Sainte «une petite chemife de Noftre Dame de Chartres, de où il eftoit auffi chanoine, & nous dit qu'il croit que fans ladite chemife qu'il avoit veftue fur fa chair, il eult eftés noies. »

En 1591, l'inventaire de Guillaume de Montmorency porte une « grande chemise de Notre Dame de Chartres de satin blanc. »

Voici un curieux passage de Brantôme sur l'usage des chemisettes dans les duels : « J'ai bien ouï dire qu'on n'efl: point repris pour porter une chemife de N. D. de

Chartres ou quelque fainte relique de Jérufalem, de N. D. de Lorette, & autres chofes faintes, que j'ai ouï dire les confidents & parrains (dans les duels) ne pouvoir ofler, ains les y peuvent laiffer. En quoy pourtant il y a difpute fi l'un f'en trouvait chargé & l'autre non; car en ces chofes il faut que Tun n'aie pas plus d'avantage que l'autre. »

La chemisette, d'ailleurs, sous forme de vêtement ou de médailles, n'était pas propre aux chevaliers : elle était en grand honneur chez tous les fidèles. Nul étranger ne venait à Chartres sans en acheter. M"^^ de Sévigné parle de cet usage à diverses fois; passant à Chartres, elle en prenait pour en distribuer en Bretagne.

Q.uand les rois de France faisaient leur pèlerinage, le Chapitre leur offrait une chemisette en or; aux reines et princesses, il présentait une chemisette de taffetas brune, garnie d'une dentelle d'or. Ces objets, qu'on faisait toujours toucher à la Sainte Châsse et qui étaient bénis par des prières spéciales, ont été souvent l'occasion de miracles de la Très Sainte Vierge, dit M^^ Pie.

On a retrouvé beaucoup de ces enseignes de pèlerinage en métal dans le fond de la Seine.

Notre-Dame de la Brèche

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