CHAPITRE XII
Sommaire. — Mémento historique. — Fêtes données à l'Hôtel de Ville en 1782. — Nouvelle enceinte de la Ville. — Los racoleurs de soldats au dix-huitième siècle. — État des esprits à Paris.
138. Mémento liistoeicine. — A la mort de Louis XV, il eût fallu, pour rétablir les affaires du royaume et le prestige de la royauté, un roi énergique et habile ; or Louis XVI n'était ni l'un ni l'autre. Rempli des meilleures intentions, mais faible et indolent,!] se laissa dominer par sa femme Marie -Antoinette, ef par la noblesse qui l'entourait. 11 renvoya son grand ministre Turgot, qui, par ses réformes libérales, déplaisait aux classes privilégiées, et donna le pouvoir à des ministres qui gaspillèrent l'argent et augmentèrent le déficit. 11 avait appelé au ministère, pour réparer le désordre des finances, le banquier Necker, dont il se sépara bientôt. En 1788 il le rappela, et sur ses instances, convoqua les États généraux. Ce fut le commencement de la Révolution.
139. Fête» données à l'Hôtel de Ville en 1783. — Quoique le roi continuât d'habiter à Versailles, la Cour et la reine venaient fréquemment à Paris pour se divertir: des fêtes nombreuses furent données en leur honneur. Il y en eut une au mois de janvier 1782, à l'Hôtel de Ville, en l'honneur du dauphin qui venait de naître ; à cette occasion Louis XVI vint, contre son habitude, dans sa capitale.
« On a servi, dit Backaumont, chroniqueur de l'époque, une table de soixanfe-dix-huit couverts où il n'y avait que le roi et ses deux frères comme hommes; le reste, la reine, les princesses et femmes de la cour. Les autres tables ont été fort mal servies, non à défaut de
victuailles, mais par le peu d'intelligence de ceux qui présidaient aux distributions. Les ducs et pairs, entre autres,
Fie. if',.— Plan de Paris sous Louis XVI.— Kn 1784. l'enceinte fut reportée aux boulevards extérieurs actuels (V. plan concentrique, a" 5, page 160). A cette époque, Paris avait une superficie de ■'! SUU hectares et sa population dépassait 500 000 hab.
ont diné avec du beurre et des rav s, parce que Sa Majesté, ayant sorti de table promptement, il a fallu lever toutes les tables. Du reste, on peut juger de la profusion de ce jour par la viande de boucherie seule, dont il a été consommé d02 milliers! »
140. Nouvelle enceinte de In ville. — En 1784 les fermiers généraux, dont la charge était de recouvrer les impôts, proposèrent au roi de donner à Paris de nouvelles limites pour y enfermer les faubourgs qui débordaient de toutes parts et assurer la perception des octrois. Ce projet fut adopté.
La nouvelle enceinte est représentée par la ligne circulaire des boulevards dits extérieurs (V. le plan concentrique, n° 5, page 160) qui forment autour de Paris une ceinture d'environ 24 kilomètres1. Sur la Seine, l'enceinte s'arrêtait au pont de Bercy d'un côté, entre ceux de l'Aima et d'Iéna de l'autre côté. Elle laissait en dehors toute une ceinture de gros villages : Auteuil, Passy, Chaillot, Batignolles, Montmartre, la Chapelle, laVillette, Belleville.Ménilmontant, Charonne, Bercy, Montrouge, Vaugirard et Grenelle qui ont été annexés à Paris en 1860. Il reste encore plusieurs pavillons des anciennes barrières construites en 1786 par l'architecte Ledoux, entre autres ceux de la barrière d'Enfer, de la Yillette, de Charenton, du Trône, de Bercy.
141. Les racoleurs de soldats an dix-liuitîème siècle. — Les armées royales étaient, au dixhuitième siècle, plus facilement riches en officiers qu'en soldats : tout fils de famille obtenait aisément un crade,
1. Grâce à cette mesure, furent compris dans la ville les quartiers qui correspondent aujourd'hui aune partielles cinquième, sixième, septième, huitième, neuvième, dixième, onzième, douzième, treizième, quatorzième, quinzième et seizième arrondissements actuels.
soit par la faveur du roi, soit en l'achetantà beaux deniers; il lui fallait des hommes pour former sa compagnie, et c'étaient les racoleurs qui les Lui trouvaient.
Leur centre d'opérations était le Pont-Neuf; chaque fois que l'un d'eux voyait passer quelque paysan récemment arrivé de sa province, il l'arrêtait, lui offrait de l'enrôler en lui faisant mille promesses tentantes. Bien entendu, les racoleurs avaient la plus grosse part du bénéfice de l'opération, et le nouveau soldat était sûr de trouver la plus misérable existence.
C'est sur le Pont-Neuf et au coin de la place de l'École que les racoleurs se trouvaient, il y a quelque vingt ans, pour enrôler les hommes qui faisaient métier de remplacer à l'armée ceux qui avaient de quoi les acheter. Cette industrie a disparu depuis que le service militaire est devenu obligatoire pour tous les citoyens.
142. Eta.t des esprits* à Paris. — Nous sommes à la veille de la Révolution ; de toutes parts fermentent des idées nouvelles de progrès, de liberté, d'égalité sous une loi commune, et Paris a bien le droit de revendiquer la gloire d'avoir été le foyer de ces généreuses idées.
C'est à Paris que vivaient, comme au centre de toutes les lumières, les plus illustres philosophes; presque tous étaient d'ailleurs Parisiens ; les autres avaient fait de la capitale leur patrie d'adoption : Voltaire, d'Alembert, Rousseau, Diderot, Linguet, Helvétius. Dans leurs écrits si remarquables, ils prêchaient l'avènement de la démocratie, qu'on n'appelait encore que Tiers État ou bourgeoisie ; bien souvent ils payèrent de leur liberté le courage avec lequel ils faisaient entendre leurs protestations contre la tyrannie. C'est à Paris que s'imprimait, en cachette, la célèbre Encyclopédie* ; mais à peine le premier volume avait-il paru que son principal auteur, Diderot, étail jeté dans les cachots de la Bastille.
Si la Révolution, en supprimant les privilèges accordés au clergéet à la noblesse, leur relira lesmoyens d'être un État dans l'État, c'est que les philosophes, Voltaire surtout,
avaient combattu par toutes les armes les abus sans nombre qui s'abritaient derrière la religion.
Si la Bastille tomba, le 14 juillet 1789. c'est beaucoup parce que, quelques années avant, l'avocat Linauet avait écrit ses fameux Mémoires sur lu Bastille, où pourtant il se bornait à raconter ce qu'il avait vu et le régime qu'il avait subi.
QUESTIONNAIRE
1 , Quel était le caractère de Louis XVI ? | étaient le* faubourgs qu'elle laissait en
— 2. A quelle occasion fut donnée la réte de l'Hôtel de Ville en 1782? — 3. Par qui lut proposée la nouvelle enceinte «le Paris? — 4. Quel fut le tracé de cette enceinte? — 5. Quels étaient les arrondissements quelle comprenait ?— 6 . Quels
dehors? - 1 En quelle année ces taubourgs furent-ils enclavés dans Paris .' — 8. Comment se faisait le recrutement a
Paris avant 1789? — 9. Dites quelques mots .lu mouvement philosophique au dix-huitième sièule.